les réformes Darcos pour le primaire sont toujours contestées


article de la rubrique Big Brother > base élèves, non !
date de publication : mercredi 2 septembre 2009
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Réunis à Montpellier pour leur université d’été, mercredi 26 et jeudi 27 août 2009, les “enseignants du primaire en résistance pédagogique” ont réaffirmé leur détermination à lutter contre les réformes engagées l’an dernier dans l’enseignement primaire. Ils ont notamment adopté une charte de la résistance pédagogique que vous trouverez ci-dessous.

Les sanctions tombent sur ceux qui refusent Base élèves : Bastien Cazals et Isabelle Huchard ont été démis de leurs fonctions de directeurs d’école par l’Inspection académique de l’Hérault, le 27 août, sans être mutés d’école ; le 2 septembre, François de Lillo, directeur d’école dans l’Ariège, a appris qu’il sera muté d’office, comme Jean-Yves Le Gall. Le Collectif national de résistance à base élèves proteste contre ces sanctions infligées à des enseignants pour leur refus d’utiliser le logiciel “base élèves” jugé non conforme aux recommandations du Comité des droits de l’enfant de l’ONU.

[Première mise en ligne le 27 août, mise à jour le 2 septembre 2009]



Communiqué du CNRBE [1]

Les membres du Collectif National de Résistance à Base Elèves tiennent à faire savoir leur indignation face au retrait de fonction de directeurs d’école d’Isabelle Huchard et Bastien Cazals, décidé aujourd’hui par l’inspection académique de Montpellier.

Nous redisons que l’Education Nationale est dans l’illégalité en demandant aux directeurs d’école de remplir le fichier informatique "Base Elèves", sans aucune consultation des parents d’élèves, et en dépit des précautions prévues par la loi Informatique et Libertés, et des recommandations du Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU.

Nous encourageons tous les directeurs d’école à ne pas renseigner ce fichier, dont l’utilisation pourrait devenir incontrôlable, voire un outil de surveillance et de ségrégation aux conséquences liberticides et inégalitaires.

Le 27 août 2009.

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A Montpellier, jeudi 27 août 2009.

Les enseignants du primaire "en résistance" déterminés à poursuivre leur lutte

[AFP – MONTPELLIER – le 27 août 2009 à 18h]


A quelques jours de la rentrée scolaire, les "enseignants du primaire en résistance" ont réaffirmé jeudi, à l’issue des deux jours de leur université d’été à Montpellier, leur détermination à lutter contre les réformes engagées l’an dernier dans l’Education nationale.

"Notre détermination n’est pas entamée", a lancé lors d’un point presse un des leaders du mouvement, Alain Refalo, devant des banderoles proclamant notamment "Quand l’école est en danger, résister est un devoir".

Enseignant à Colomiers (Haute-Garonne), Alain Refalo est revenu sur les réformes de l’ex-ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, qui ont motivé le mouvement de protestation de ces enseignants : les nouveaux programmes qui "privilégient les automatismes au détriment de la réflexion", l’aide personnalisée — "un dispositif inapproprié" pour lutter contre les difficultés scolaires— et le fichier base élèves.

Le nouveau ministre Luc Chatel "s’inscrit dans la continuité de Xavier Darcos", a assuré M. Refalo. "Il a déclaré que c’était un homme d’écoute et de dialogue. Alors il doit entendre le mécontentement" des enseignants à l’égard de son prédécesseur.

"On est là pour continuer à se battre", avait affirmé mercredi Véronique Decker, directrice d’école à Bobigny (Seine-Saint-Denis), qui juge l’école publique en danger, avec ces réformes et les milliers de suppressions de postes prévus. "On ne peut pas voir sa destruction sans réagir", avait-elle dit.

Pour structurer leur mouvement et l’ouvrir au plus grand nombre, le "réseau des enseignants du primaire en résistance" nouvellement créé a rédigé une "charte de la résistance pédagogique".

Celle-ci, proposée à la signature sur internet, doit se substituer aux lettres personnelles ou collectives que les professeurs envoyaient l’an dernier à leur Inspection académique —au risque d’encourir des sanctions— pour signifier leur rejet des dispositifs lancés par Xavier Darcos.

L’an dernier, plus de 2.800 lettres ont ainsi été envoyées à l’Education nationale, selon le réseau.

La charte "remet l’enfant au centre de l’Education", a commenté Diane Combes, enseignante à Eguilles (Bouches-du-Rhône), et liste huit points que les professeurs s’engagent à respecter "pour construire une école du respect, de la coopération et du progrès pour tous".

Au programme, "favoriser l’autonomie et la responsabilité de l’enfant", "contribuer à la construction de sa pensée par une pédagogie privilégiant la coopération et le raisonnement plutôt que la compétition et la simple répétition d’automatismes".

A l’issue des journées montpelliéraines, le réseau a aussi créé une Caisse nationale de solidarité afin de faire face aux sanctions financières qui, l’an dernier, ont touché une centaine d’enseignants.

Les tribunaux administratifs de Marseille et de Montpellier ont suspendu des retenues sur salaires à l’encontre de trois d’entre eux, mais le ministère a engagé des pourvois devant le Conseil d’Etat, selon le réseau.

Alain Refalo a été sanctionné en juillet d’un abaissement d’échelon après avoir refusé d’appliquer le dispositif d’"aide personnalisée".

Après leur refus de remplir le fichier base élèves, les fonctions de directeur d’école ont été retirées jeudi à Bastien Cazals et Isabelle Huchard, lors d’une réunion à l’Inspection académique de Montpellier. Les deux enseignants héraultais n’ont toutefois pas été mutés.

Hervé Gavard


Charte de la résistance pédagogique des enseignants du primaire [2]

Les « réformes » structurelles et pédagogiques imposées par le ministère de
l’Education Nationale ne permettent pas de construire une école équitable,
humaine et respectueuse de tous les enfants. Elles conduisent à la
déconstruction de l’école publique en vue de l’ouvrir au secteur marchand.
Notre devoir est d’y résister.

En adhérant à la présente charte, je m’engage à agir dans le sens d’une éducation et
d’un enseignement qui visent à :

  1. respecter les droits de l’enfant tels que définis dans la Convention
    Internationale des Droits de l’Enfant, notamment le droit à une éducation de
    qualité pour tous, le droit à l’épanouissement et au développement harmonieux
    de l’enfant.
  2. favoriser l’autonomie et la responsabilité de l’enfant, être doué de raison et
    de conscience.
  3. contribuer à la construction de sa pensée par une pédagogie privilégiant la
    coopération et le raisonnement, plutôt que la compétition et la simple répétition
    d’automatismes.
  4. apprendre à s’exprimer, lire, écrire, compter aux élèves en les mettant en
    situation de réflexion et d’échanges.
  5. assumer une autorité éducative, opposée à l’autoritarisme, fondée sur le
    respect de la liberté de conscience, le respect mutuel et la légitimité de règles
    élaborées ensemble.
  6. réaliser des évaluations constructives qui permettent de mesurer réellement
    les progrès des élèves et de favoriser l’estime d’eux-mêmes.
  7. créer les conditions de coopération au sein de la communauté éducative
    (Enseignants-RASED-Parents...) et au sein de la classe qui aident chaque enfant
    à entrer dans les processus d’apprentissage et à surmonter ses difficultés.
  8. promouvoir une réflexion sur l’aménagement du temps de vie de l’enfant à
    l’école qui respecte ses rythmes chrono-biologiques.

En signant cette Charte, j’entre en résistance en n’appliquant pas tout ou
partie des dispositifs contraires aux valeurs de respect, de coopération et de
progrès. Je revendique, en conscience, par loyauté envers le service public
d’éducation, et au nom de la liberté pédagogique inscrite dans la loi, la
possibilité de mettre en place toute alternative pédagogique dans l’intérêt des
enfants.

Nom Prénom Ecole Ville N° Département Adresse mail

Notes

[1Cette première réaction du CNRBE a été complétée par la suite en une version plus détaillée.


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