à Toulon les minots disent “Non, au base élèves”


article de la rubrique Big Brother > base élèves, non !
date de publication : samedi 28 juin 2008
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Le mouvement est parti de l’école Jules Muraire du centre-ville : les parents d’élèves ont appelé à un rassemblement vendredi 27 juin à 17 h 30, place de la Liberté à Toulon. La rencontre a été particulièrement joyeuse — voyez le JT de France 3 du vendredi 27 juin, entre les instants 2 min et 2 min 40 s — et elle a permis de recueillir plus d’une centaine de signatures de la pétition de la LDH. Une première manifestation, certes d’ampleur modeste, mais le signe d’une prise de conscience qui annonce une mobilisation plus importante pour la rentrée.

La section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme, que le développement incontrôlé des fichiers d’Etat inquiète — le dernier exemple ayant été révélé à l’occasion de la mise en place du “passeport biométrique” — avait apporté son soutien et était présente avec son information, ainsi que des syndicats d’enseignants (SUD éducation, la FSU et le SNUipp.)

A noter que l’annonce de cette manifestation (dans cet article de Var Matin) a fait réagir l’Inspection académique qui a demandé à bénéficier d’un droit de réponse. Nous avons repris ci-dessous l’intégralité de ce que le journal en a publié le 28 juin 2008.

[Première mise en ligne le 25 juin 2008, complétée le 28 juin]

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(DR)

Des parents déterminés

par Gisèle Koson-Dray, Var Matin, le 28 juin 2008 [1]

Une soixantaine de parents, accompagnés de jeunes enfants, ont scandé des slogans sous les banderoles explicites, à l’appel des parents de l’école Jules-Muraire, de la Ligue des droits de l’Homme et des syndicats du premier degré.

« Nos enfants ne sont pas vos indics », « fichier = casier » autant d’expressions qui soulignaient l’inquiétude des manifestants quant à l’avenir des écoliers et de leurs familles.
« Nous nous y sommes pris tellement tard que je pensais être seule avec ma banderole », souligne une maman. Et les enfants n’étaient pas les moins motivés dans l’histoire.

Pour Bruno Suzanna, représentant le Snuipp et les syndicats du premier degré, « cette manifestation montre que les parents et les enseignants marchent ; dans la même direction. C’est important de le signaler. La rentrée prochaine ne sera pas comme les autres et je pense que parents et enseignants vont continuer de tirer la sonnette d’alarme ».

Pour les représentants de la Ligue des droits de l’Homme, il s’agissait d’informer sur le contenu de « base élèves » et « l’augmentation constante des fichiers informatiques, presque toujours détournés de leurs objectifs initiaux ».

[...] les parents présents étaient déterminés à étendre l’alerte durant l’été, à tous les parents des établissements toulonnais. Une pétition circule, déjà signée par de nombreuses personnes. [...]

Gisèle Koson-Dray

Les parents de l’école Jules Muraire organisent un rassemblement ce soir à 17h30, place de la Liberté.

par Marielle Valmalette, La Marseillaise du 27 juin 2008

« Nos enfants ne sont pas des indics »

« La semaine dernière, je suis allée à la Nuit de l’école, une réunion avec les enseignants en pensant bêtement qu’on allait parler du programme scolaire de l’année prochaine. En fait, les enseignants nous ont expliqué pourquoi ils avaient fait grève et ce qu’était la Base-élèves. Je suis ressortie de là en me disant qu’il fallait absolument en parler aux autres parents d’élèves qui n’étaient pas au courant  », raconte Ouassila Belkacem, parent d’élève à Muraire.

Depuis 2004, l’Éducation nationale a mis en place, d’abord sous forme expérimentale, le fichier Base élèves regroupant des données personnelles sur les élèves. Avec la loi de prévention de la délinquance, le maire peut désormais croiser ce fichier avec d’autres, comme ceux de la CAF.

« Interrogatoire »

« C’est très grave car on demande directement aux enfants de quelles origines ils sont, quelle langue ils parlent à la maison, si leurs parents sont homosexuels ou même s’ils ont des papiers, Nos enfants n’ont pas être des indics du gouvernement », s’indigne Manuela Plaquevent, également parent d’élèves à Muraire.
« Les enfants se retrouvent pris au coeur d’un interrogatoire. Moi je croyais que l’école, c’était pour apprendre. En plus, ça peut être lu par n’importe qui. Certains sur Internet en ont fait l’expérience et ont réussi à avoir accès à ces données », poursuit Ouassila.

Pire, ces informations pourraient être détournées. « Moi, ce que je crains surtout, ce sont les réseaux pédophiles. Si demain j’arrive en retard à l’école et qu’un pédophile a pu se procurer des détails sur mon gosse, il peut le mettre en confiance en lui racontant des choses qu’il aura pu lire dans son dossier », explique Manuela.

Très inquiètes, elles ont alerté les parents des écoles toulonnaises et les ont invités à se joindre à elles ce soir place de la Liberté.

Marielle Valmalette

Toulon : Les enfants seront fichés les parents protestent

par Gisèle Koson-Dray, Var Matin, mercredi 25 juin 2008

Le fichier « base élèves », après avoir fait l’objet d’opérations pilotes dans plusieurs villes, sera obligatoire dans les établissements primaires à la rentrée 2008. Ainsi en a convenu l’administration de l’Éducation nationale, malgré les réticences des parents d’élèves.

À l’origine, ce fichier demande [2] aux directeurs d’école de recueillir des informations très personnelles concernant chaque élève : origines, langue parlée à la maison, difficultés scolaires, absences, suivis pédagogiques ou psychologiques, situation des parents. Si elles pouvaient être connues, ces données avaient vocation à rester confidentielles. Or, dans ce cas précis, les informations seront fichées sur internet et consultables. Quid de la vie privée des familles, des possibilités d’évolution des enfants, de leur droit « à grandir dans la dignité ? ».

Difficultés mais pas délinquance

À l’école Jules-Muraire à Toulon, parents d’élèves, enseignants, membres de la Ligue des Droits de l’homme, ont exprimé clairement leurs inquiétudes quant à cette mise en place. Sous couvert de lutter contre une certaine forme de délinquance, ce fichier risque, selon les parents, de stigmatiser les difficultés de certaines familles.

D’autres inquiétudes planent. Ainsi William Blain s’interroge : « Ce fichier va être consultable par n’importe qui sur internet. C’est la porte ouverte à tous les abus ». Manuela Plaquevent craint « l’infiltration des réseaux pédophiles. On connaît déjà des cas de spécialistes en informatique qui piratent des fichiers. Comment vivre dans cette angoisse ».

Pour Marie-Christine Mieze « cette inquiétude s’ajoute à la suppression des postes, à la surcharge des classes. On s’oriente vers une école à deux vitesses. Et, l’élève est toujours au coeur de ces problèmes ».

Sylvie Mazzoni, enseignante, se pose la question « Jusqu’où pourra-t-on mener l’utilisation de ce fichier. Il n’y a aucun garde-fou. Les enfants qui connaissent des difficultés ce ne sont pas pour autant des délinquants ».

Rassemblement vendredi place de la Liberté

François Nadiras de la Ligue des Droits de l’Homme est perplexe : « Comment garantir l’utilisation future de ce fichier ? C’est là tout le problème posé par la démarche ».

Forts de tous ces arguments, les parents d’élèves de Jules-Muraire lancent donc un appel à leurs collègues toulonnais.

« Il faut prendre conscience de la gravité de la situation. Nous ne serons plus dans une école républicaine et laïque », insiste Wassila Belkacem, pour dire non à ce fichage systématique.

Un rassemblement est prévu vendredi 27 juin à 17 h 30 place de la Liberté à Toulon. La mobilisation paie puisque le ministre est revenu sur le renseignement de certaines données « inutiles » dans la base élèves [*].

[*] Le ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos a modifié le périmètre de la base de données, enlevant les critères ethniques des familles et ne gardant « que ce qui est nécessaire à la gestion des effectifs ». Un arrêté devrait le stipuler prochainement [3].

Gisèle Koson-Dray

P.-S.

Droit de réponse : l’inspecteur d’académie réagit

publié dans Var Matin le 28 juin 2008

Suite à la parution de notre article en date du 25 juin, intitulé« les enfants seront fichés, les parents protestent », l’inspecteur d’académie Dominique Muller tient à apporter quelques précisions :

« Contrairement à ce que vous écrivez, cette application informatique a été créée dans le but unique de gérer administrativement et pédagogiquement les élèves dans le cadre d’une liaison entre les différents acteurs du système scolaire premier degré. Ensuite, les informations citées « origine, langue parlée à la maison, difficultés scolaires [...] ont soit disparu de la base depuis le mois de novembre 2007, soit vont être supprimées très rapidement comme l’a indiqué Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, dans une lettre adressée aux fédérations de parents d’élèves le 12 juin dernier [...] En outre le fichier n’est pas consultable “ par n’importe qui sur Internet ”. Actuellement l’authentification est assurée par deux facteurs de sécurité et va être renforcée très prochainement par des boîtiers spécifiques qui garantiront trois facteurs. De même, l’hypothèse formulée selon laquelle l’application pourrait être infiltrée par des “ réseaux pédophiles ” risque de susciter “ la peur chez les parents ”. Ainsi d’autres services publics utilisent une application informatique de gestion qui recense l’identité et les coordonnées des enfants. Or, il me semble qu’à ce jour aucune association de parents ne se soit insurgée contre ce fait.

Par ailleurs, souligner dans votre article que l’utilité de l’application “ base élèves premier degré ” se résume à fournir l’identité de futurs “ délinquants ” relève d’une profonde méconnaissance de cet outil ».

Une mise au point de la section de Toulon de la LDH

Nous nous réjouissons que l’Inspection académique du Var se soit manifestée.

En effet, la section LDH de Toulon avait organisé le 27 mai 2007 une rencontre d’information au sujet de Base élèves avec des syndicats d’enseignants ; nous y avions convié l’Inspection académique. Celle-ci n’ayant pas jugé « opportun » d’y participer, nous avons accepté la proposition de son secrétaire général d’une rencontre à un moment qui lui conviendrait. Nous attendons toujours ...

Notes

[1[Note de LDH-Toulon] - Nous avons repris des extraits de l’article paru en page 9, à la rubrique Toulon, sous le titre « Faible mobilisation des parents d’élèves », mais nous avons choisi le titre « Toulon : parents déterminés » de la brève qui évoque le même sujet en page 21 du même quotidien, à la rubrique Var infos.

[2[Note de LDH-Toulon] - Dans la mesure, où Base élèves a subi de nombreuses modifications depuis un an, nous dirions plutôt : « À l’origine, ce fichier demandait ... ».

En effet le ministère de l’Education nationale assure que la nationalité de l’enfant ne figure plus dans Base élèves. Il n’y a aucune raison de mettre cette déclaration en doute. Mais rien ne garantit contre le rétablissement de cette information par un des successeurs de Xavier Darcos.

De plus, il est quasiment impossible aujourd’hui d’obtenir des informations très précises concernant Base élèves : tout se passe dans l’opacité des ministères et de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés, censée protéger la vie privée et les libertés individuelles).

[3Voir cette page.


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