lettre ouverte à Hubert Falco : « l’autre 8 mai »


article intervention de la section de Toulon de la LDH  de la rubrique Toulon, le Var > d’une rive à l’autre
date de publication : vendredi 7 mai 2010
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La section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme s’est adressée le 27 avril 2010 à Hubert Falco, maire de Toulon et secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens combattants pour rappeler que le jour anniversaire de la victoire sur le nazisme est également celui de la répression sanglante à Sétif d’une manifestation de nationalistes algériens.

Comme l’ambassadeur de France en Algérie l’a déclaré, le 27 avril 2008, lors de son passage à l’Université du 8 mai 1945 de Guelma, en évoquant les massacres dans le Constantinois : « aussi durs que soient les faits [...] la France n’entend pas, n’entend plus, les occulter. Le temps de la dénégation est terminé ».


Voir en ligne : il y a 5 ans, nous avions appelé...

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A la une de La Marseillaise du 8 mai 2010 (édition du Var).

à
Hubert Falco
Maire de Toulon
Secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants

L’autre 8 mai

Monsieur le Maire,

Vous allez, le 8 mai prochain, célébrer le 65ème anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie.

L’armée française qui a libéré la France, en commençant par Toulon en août 1944, comportait de nombreux combattants coloniaux – notamment des Algériens – dont beaucoup perdirent la vie au cours de cette guerre.

Le 8 mai 1945, on fêta la capitulation allemande. Mais, alors que la cantatrice Lili Pons chantait la Marseillaise sur la place de l’Opéra dans un Paris en délire, à Sétif, une manifestation de nationalistes algériens fut réprimée dans le sang. Rappelez-vous !

Le 8 mai 1945, à Sétif, les Algériens veulent également célébrer la chute du nazisme. Dès 8 heures la foule envahit les rues. En tête du défilé, les drapeaux des pays alliés et soudain des pancartes surgissent portant des slogans, « Nous voulons être vos égaux » et « A bas le fascisme et le colonialisme », « Vive l’Algérie libre et indépendante » et Aïssa Cheraga, chef d’une patrouille de scouts musulmans, brandit ce qui allait devenir le drapeau algérien. La police veut s’en emparer. Il est maintenant entre les mains d’un autre jeune, qui résiste. Un commissaire de police tire, Saâl Bouzid s’effondre, mort sur le coup. Aussitôt d’autres policiers ouvrent le feu. La colère s’empare des manifestants algériens. Ils s’en prennent aux Européens. La révolte va se répandre comme une traînée de poudre ; elle gagnera l’ensemble de la région.
La répression sera d’une brutalité extrême, faisant des dizaines de milliers de victimes algériennes dans l’Est algérien, à Sétif, Guelma et Kherrata, pour une centaine de morts européens. En avril 2008, l’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, a reconnu à Guelma la « très lourde responsabilité
des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière ». Les massacres de mai 1945 furent le début de la terrible guerre d’Algérie.

Dans son discours de Constantine, le 5 décembre 2007, le Président Sarkozy ira plus loin en évoquant « le système colonial […] injuste par nature » et qui « ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation. » Pour reprendre vos déclarations du 25 avril 2010, lors des
cérémonies du 65e anniversaire de la libération des camps de concentration que vous avez présidées en tant que secrétaire d’Etat à la Défense, « nous n’avons pas le droit d’oublier » que ce jour anniversaire de la victoire sur le nazisme est également celui de l’atrocité du colonialisme. Nous pensons avec vous, Monsieur le Maire, que « la mémoire de la déportation nous apprend que tout peut basculer en un seul instant, que rien n’est jamais acquis et qu’il n’existe pas de vaccin contre la barbarie humaine, si ce n’est un sursaut permanent d’humanité », et nous faisons appel à vous pour amplifier à l’occasion de cette commémoration les efforts de vérité de notre pays sur son passé colonial.

Alors que la France a du mal à assumer cette page de son histoire, la section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme tient à rappeler les deux aspects de la journée du 8 mai 1945. Elle s’associera notamment à l’hommage que le peuple algérien rendra aux victimes de ces massacres.

Compte tenu de la gravité du sujet, vous comprendrez, Monsieur le Maire, que nous rendions publique cette lettre.

Toulon, le 27 avril 2010

La section de Toulon de la LDH


Plusieurs associations sont cosignataires de cette lettre :

  • Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre [1]
  • Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis [2]
  • Varois pour la paix et la justice en Méditerranée (VPJM)
  • Espace Franco-algérien PACA
  • Réseau France Orient Culture

L’espace franco-algérien PACA et ses amis commémorent les massacres du 8 mai 1945 en Algérie en organisant un grand rassemblement à Marseille :

Vieux Port de Marseille (Quai d’Honneur)
samedi 8 mai 2010 à 10h30

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Jean-Marie, Mounir et Soraya, à Marseille, le 8 mai 2010 (photo J.-M. A.)

P.-S.

Var Matin, dans son édition du 7 mai 2010, et La Marseillaise, le 8 mai, ont repris de larges extraits de cette lettre ouverte.

Le quotidien algérien Liberté y a consacré un article le 8 mai : http://www.liberte-algerie.com/edit....

Notes

[14acg : http://www.4acg.org/.

[2ANPNPA : http://www.anpnpa.org/


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