démission de la France, initiative de la Corse, crispation de l’Europe


article de la rubrique Toulon, le Var > d’une rive à l’autre
date de publication : jeudi 28 juin 2018
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Le 12 juin, la Commission européenne proposait de tripler le budget européen pas pour mieux accueillir mais pour "renforcer" ses frontières.


Le 11 juin, l’Italie et Malte refusaient un port à l’Aquarius, la France faisait comme si elle n’avait rien entendu, seule l’Assemblée de Corse proposait à l’Aquarius de venir accoster dans un port de l’île. (Notons que les ports siciliens ont déclaré, de même, qu’ils étaient ouverts.)

Le 12 juin, la Commission européenne [1], proposait de tripler le budget européen consacré à la crise migratoire et à une meilleure sécurisation des frontières extérieures de l’Union Pas pour ouvrir ses ports, mais pour renforcer ses frontières (extraits du communiqué de la Commission européenne ci-dessous) :

"Plus de 60% des fonds (21,3 milliards d’euros) seront affectés à la gestion globale des frontières, précise le communiqué.

Il s’agit notamment de renforcer massivement l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), dont le personnel passera de 1.000 à 10.000 garde-frontières.

En outre, sera créé un nouveau Fonds pour la gestion intégrée des frontières (FGIF), doté de 9,3 milliards d’euros.

Le FGIF fournira des fonds lors de situations de crise, ainsi qu’une enveloppe pour aider les États membres à se doter d’équipements de contrôle douanier, comme de nouveaux scanners, des systèmes de reconnaissance automatique des plaques minéralogiques, des équipes de chiens renifleurs et des laboratoires mobiles d’analyse d’échantillons." [2]

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Le 11 juin, rejeté par l’Italie et alors qu’il était à une cinquantaine de kilomètres des côtes maltaises, l’Aquarius n’a pas eu le droit d’accoster à Malte ou en France.

*Jacques Toubon intervient : "Le principe de non refoulement prévu par la Convention de Genève impose à la France de donner à l’errance de ces personnes une réponse humanitaire et juridique : les accueillir d’abord, observer leur situation administrative ensuite".

Le Défenseur des Droits a par ailleurs plus généralement déploré que "la peur" et l’idée "fausse" d’une "submersion" migratoire "guident les opinons et les choix politiques". [3]

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Le 11 juin, seuls, les dirigeants corses Jean-Guy Talamoni (président de l’Assemblée de Corse) et Gilles Simeoni (président du Conseil exécutif) ont proposé d’ouvrir un port pour leur porter secours. [4]

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Les trois jours de crise résultant des refus successifs de secourir les naufragés, ont été marqués par le silence assourdissant des autorités françaises, pourtant interpellées par plusieurs ONG.

Dès lundi 11 juin, Médecins du Monde dénonçait l’inaction de la France sur le dossier et le porte-parole de LREM Gabriel Attal estimait que la position italienne était "à vomir", ajoutant "ne pas imaginer que la France ne participe pas à trouver une solution humanitaire".

A l’opposé, sur CNews, le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti clamait qu’"aucun port français" ne devait accueillir l’"Aquarius" : "Aucun port français, ni [en] Corse, ni Nice, ni Marseille. L’’Aquarius’, il a une destination toute trouvée, il faut qu’il retourne vers les côtes libyennes."

Le 12 juin, enfin, un communiqué émanait de Madrid  : "L’Espagne honore les engagements internationaux en matière de crise humanitaire. [...] Il est de notre obligation d’aider à éviter une catastrophe humanitaire et d’offrir un ’port sûr’ à ces personnes". Toutefois, la solution espagnole n’était pas la plus facile pour l’"Aquarius", encore à 1.400 kilomètres du port de Valence.

Arrivés au port de Valence le 17 juin, les réfugiés ont été accueillis aux cris de "Bienvenido" par les espagnols rassemblés sur les quais.

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P.-S.

Le Collectif Migrants 83 dénonce la démission de notre pays qui a refusé d’accueillir les « rescapés » de la Méditerranée. [6]


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