Quarantième anniversaire du retour des pieds-noirs à Toulon


article de la rubrique Toulon, le Var > d’une rive à l’autre
date de publication : mercredi 10 juillet 2002
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40ème anniversaire du retour des Pieds-Noirs à Toulon

Pour commémorer l’évènement, la municipalité toulonnaise a organisé une semaine de manifestations, du 17 au 23 juin 2002, en collaboration avec l’UAVFROM - Union des Amicales Varoises des Français Rapatriés d’Outre-Mer, dont le Cercle Algérianiste fait partie.

« Il s’agit de la transmission aux futures générations de ce qu’a été l’œuvre civilisatrice et humanitaire de la France en Algérie. » Lors de l’inauguration, Ghislaine Ruvira, adjointe au maire de Toulon et présidente des rapatriés d’Algérie, affirmait ne pouvoir compter ni sur les universitaires, ni sur les historiens pour développer dans les livrets scolaires l’épopée coloniale de la France ; elle poursuivait en soulignant la nécessité de « dépasser le folklore [...], l’accent, l’humour, la convivialité » pour « aboutir à l’histoire. Sinon, c’est un échec. » [d’après Var-Matin du 19 juin 02 ]


Mercredi 19 juin - Un arbre du souvenir pour les Français d’Algérie

[article paru dans Var-Matin, le 21 juin 02 ]

Dans le cadre de la semaine commémorant le quarantième anniversaire du retour des pieds-noirs d’Algérie, une journée pour le « devoir de mémoire » a été marquée par plusieurs rendez-vous.

« 40 ans après », et toujours l’Algérie au cœur, les pieds-noirs de Toulon ont tenu à marquer cette semaine anniversaire par la succession de plusieurs temps forts. Après les inaugurations de deux expositions lundi, la journée de mercredi était celle du devoir, « le devoir de mémoire ». Sous une chaleur « comme là-bas », la suée générale, mais surtout l’émotion, a transpiré de cet après-midi haut en symboles et commémorations.

Premier rendez-vous à l’ombre d’un clémentinier, planté dans le jardin fraichement taillé de la Maison du rapatrié. D’une durée de vie de 40 ans, « cet arbre est celui du souvenir, par sa richesse étymologique et son histoire », a déclaré Jacques Michel, président du Cercle algérianiste. Le nom de cet arbuste hybride, déposé en 1962 par la société coopérative d’Alger, vient en effet de son « créateur », le frère Clément de Misseghin. « Pendant les 40 ans à venir, cet arbre va représenter notre passage à Toulon, marqué par le devoir de mémoire », a par ailleurs ajouté Jacques Michel.

Pour Ghislaine Ruvira, « c’est une parcelle de notre chère terre que nous retrouvons ici ». L’adjointe au maire et présidente des Rapatriés d’Algérie n’a d’ailleurs pas manqué de remercier la municipalité, représentée, en l’absence d’Hubert Falco, par de nombreux adjoints, à commencer par Jean-Guy Di Giorgio, qui a donné le premier coup de pelle.

L’assemblée s’est ensuite dirigée vers la stèle des martyrs d’Algérie, où les représentants des différents cultes religieux s’étaient rassemblés pour « une prière dans la reconnaissance des générations passées, quelles que soient l’origine et la religion », a souligné le prêtre Febo, lui-même rapatrié.

En présence d’une dizaine de porte-drapeau d’anciens combattants, plusieurs gerbes ont ensuite été déposées, notamment par le député européen Jean-Charles Marchiani, l’adjoint au maire délégué aux Anciens combattants Michel Caméli, et les représentants de l’Union des Amicales varoises des Français rapatriés d’Outre Mer.

Le cortège a également procédé à un dépôt de gerbes et observé une minute de recueillement devant la stèle dressée à la mémoire des harkis.

Le rendez-vous s’est achevé dans une Maison du combattant comble, avec une conférence sur « l’identité des Pieds-Noirs » de Bernard Sasso, historien.

« L’identité des pieds-noirs, marquée par la rupture de 1962, se caractérise d’abord par la multiplicité des référents culturels, des origines. La rencontre entre plusieurs altérités est aussi un marqueur essentiel.

Enfin, la communauté pied-noir, qui réunit des populations d’horizons divers, s’est construite en Algérie », a notamment développé le conférencier. Et d’ajouter : « Cette identité continue de se construire aujourd’hui à travers la recherche permanente de ses origines multiples et variées ».


Deux ouvrages à lire

- Le transfert d’une mémoire de Benjamin STORA - éd. La Découverte, 1999.

- L’invention des Pieds-Noirs de Eric SAVARÈSE - éd. Séguier, 2002.

Qui sont les Pieds-Noirs ? Dans quelles conditions un million d’individus soumis à l’épreuve des rapatriements se rassemblent-ils sous cette bannière ? Quelles sont les stratégies identitaires mises en oeuvre par des porte-parole d’une "communauté" impliquée dans des guerres de mémoire après l’indépendance de l’Algérie ? S’agit-il d’un ensemble homogène d’individus ou d’un groupe de personnes parmi lesquelles il existe des mémoires concurrentes ? Qu’est-ce qu’un "rapatrié" ?

Eric Savarèse montre que les Pieds-Noirs sont le produit d’une histoire entamée dans l’épisode tragique de la guerre d’Algérie, et réinventée par la suite dans l’exil. La construction d’une identité pied-noir s’élabore contre la perception métropolitaine des "rapatriés", et repose sur l’invention d’une tradition forgée dans l’histoire algérienne.

[ d’après la présentation de l’ouvrage en quatrième de couverture ]


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