Clémentine Autain : “qui a une pensée pour la femme de chambre ?”


article de la rubrique discriminations > femmes
date de publication : mercredi 18 mai 2011
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Ci-dessous l’interview donnée le 16 mai 2011 par Clémentine Autain au site Elle.fr, et que l’on peut retrouver sur son blog.

A la suite, une courte vidéo où elle témoigne sur le viol qu’elle a subi à l’âge de 22 ans.


  • Sur votre blog, vous vous interrogez : « Qui a une pensée pour la femme de chambre ? ». Pourquoi ?

J’ai regardé abondamment les informations depuis hier et j’ai l’impression qu’un consensus s’est établi. La plupart de ceux qui réagissent à cette affaire appelle à « penser à l’homme qui traverse cette épreuve ». Il n’y a aucun mot pour la femme qui a déposé plainte, et peut-être, je dis bien peut-être, a été victime d’une agression sexuelle. Ce sont deux poids deux mesures qui me laissent stupéfaite. Ce n’est pas une lecture féministe des choses mais une lecture de classe : la femme de chambre qui est invisible et le patron du FMI qui reçoit des messages d’encouragement. Les faits ne sont pas établis, il faut respecter la présomption d’innocence mais il n’est pas exclu que cette femme ait été violée. Et il faut rappeler que le viol est un crime. Je suis stupéfaite par le manque de considération à l’égard de cette femme de ménage. Tout le monde a le mot « décence » à la bouche mais la décence, ce serait d’avoir au moins un mot pour cette femme.

  • Beaucoup de personnes font aussi l’amalgame entre le viol et les relations extraconjugales ?

Il y a beaucoup d’amalgames et une grosse part de sidération. Il s’agit de prendre du recul car la scène qui s’écrit, la femme de chambre qui piégerait le directeur du FMI, ça ressemble à un thriller. Derrière la sidération, il y a des faits politiques. C’est l’acte de domination d’un sexe sur l’autre. Les femmes qui ont subi des violences n’oublient jamais, il y a des traumatismes gravissimes. Cela me renvoie à des choses dures.

  • Pourquoi à chaque fois qu’une femme dit qu’elle a été victime de violences, on se demande si elle dit vrai ?

Cela déligitime la parole des femmes. Pourtant, c’est un acte difficile de porter plainte, ce n’est pas drôle pour cette femme et sa famille. Dans toutes les campagnes contre le viol lancées par les féministes, on insiste sur le fait qu’il faut briser le silence sur ce sujet là. Dans cette affaire, on parle essentiellement de l’image de la France et des primaires du Parti socialiste. C’est très important mais il est question d’une affaire d’agression sexuelle. Les violences faites aux femmes sont un sujet politique aussi, on doit en parler.

  • Il y une omerta qui pèse sur les hommes de pouvoir selon vous ?

Quelles que soient les conclusions, cette affaire pose les questions de l’abus de pouvoir par un certain nombre de responsables, pas forcément que politiques, qui usent de leurs positions de chef pour obtenir des relations sexuelles. Beaucoup de femmes font des récits, dans le secret, la confidence, où elles expliquent que tel patron les a harcelées, que tel autre leur a mis un coup pour obtenir une relations sexuelle. Ce sont des faits extrêmement banals. Quelles que soient les suites de cette affaire, il faut que la justice fasse son travail, une question doit être soulevée : celle de la violence faite aux femmes. Elle est trop souvent tue, il y a une omerta sur ce sujet. Les femmes ressentent de la honte quand elles subissent du harcèlement ou des violences, elles n’osent parfois pas en parler, il faut pourtant que cela ne soit plus tabou, que ces hommes soient punis, il s’agit d’actes extrêmement graves.

Propos recueillis par Emilie Poyard
Le 16/05/2011




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