Carqueiranne : le fondamentalisme catholique cherche à s’implanter


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date de publication : mercredi 11 avril 2007
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L’éventualité de l’installation dans des locaux paroissiaux, avec la bénédiction du diocèse de Toulon-Fréjus, d’une antenne de l’école Anne de Guigné proche des milieux traditionalistes, continue à provoquer une levée de boucliers qui dépasse les frontières de l’agglomération toulonnaise. C’est la politique de l’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Rey, suspecté de vouloir faire de son diocèse un « laboratoire du fondamentalisme catholique », qui se trouve une fois de plus mise en cause [1].

Nous vous proposons ci-dessous le point sur la situation, une dizaine de mois après le « coup de force » de juin 2006.

[Première publication le 7 mars 2007, mise à jour le 11 avril 2007]

Voir en ligne : Var, terre de mission et de tradition(alistes)

Le point, dix mois après le coup de force

Mardi 21 juin 2006, l’aumônerie du Collège Joliot-Curie de Carqueiranne était priée par le curé de la paroisse de quitter dans les 24 heures le local que la paroisse mettait à sa disposition depuis 35 ans.

Il s’agissait de laisser la place pour permettre le transfert à Carqueiranne d’une antenne de l’établissement d’enseignement réputé traditionaliste "Anne de Guigné" qui était hébergée jusqu’alors dans des locaux de l’église toulonnaise Saint-Pie X.

Des Carqueirannais de tous horizons religieux et politiques réagissent : une pétition de protestation est remise à l’évêque, avec près de 500 signatures, et un Collectif carqueirannais pour le respect de la laïcité est créé. Une tentative de prise de contact avec l’évêché se heurte à un mur de silence.

Le projet, établi en catimini, ayant été rendu public, ses initiateurs renoncent à s’installer pour la rentrée 2006 ; ils estiment prudent de se mettre en règle avec la législation.

Le 4 août 2006, une demande de permis de construire concernant l’immeuble situé 16 avenue Jean-Jaurès (cadastré AZ 166) est déposée au nom de la paroisse Sainte-Madeleine de Carqueiranne. Le permis est accordé le 9 novembre 2006 par la mairie de Carqueiranne, en dépit d’un avis défavorable de la Commission départementale d’accessibilité aux handicapés, mais accompagné d’une demande de « modifier le projet dans les meilleurs délais par le biais d’un permis modificatif » [2].

Les recours

Depuis lors, deux recours gracieux contre ce permis ont été déposés, auprès de la mairie et de la préfecture, par Armand Conan, voisin du local paroissial [3], et par l’Observatoire de la laïcité du pays d’Aix [4].

Les recours contestent la légalité du permis de construire en s’appuyant sur les éléments suivants :

  • le demandeur du permis est la paroisse de Carqueiranne, alors que le véritable propriétaire des lieux est l’association diocésaine de Fréjus Toulon,
  • il s’agit d’un changement de destination et d’affectation de locaux affectés jusque là aux activités cultuelles de la paroisse,
  • de plus, en vertu de la loi du 9 déc 1905 de séparation des églises et de l’Etat, et des accords passés entre le Saint-Siège et la République française en 1923-1924, une association cultuelle (que ce soit une paroisse ou une association diocésaine) ne peut avoir une activité d’enseignement,
  • le manque de sécurité par rapport à l’environnement, la maison étant située au coeur du centre ville, encerclée par la circulation,
  • les personnes handicapées se trouveront dans l’impossibilité d’accéder à certaines parties de l’établissement.

Et maintenant ...

Les recours gracieux, n’ayant pas reçu de réponse dans le délai légal, sont considérés comme rejetés.

Samedi 17 mars, lors de la journée portes ouvertes de l’école Anne de Guigné, installée dans l’église Saint-Pie X de Toulon, il a été affirmé sans ambiguïté que cette école, de la maternelle au CM2, s’établirait bien dans la Maison paroissiale de Carqueiranne à la rentrée prochaine.

Le Collectif pour le respect de la laïcité a donc décidé d’introduire une procédure auprès du Tribunal administratif.

La tentation traditionaliste en débat à Carqueiranne

[Extraits de Var-Matin - mardi 27 fevrier 2007]
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Beaucoup de monde pour débattre.

Laïcité et conceptions communautariste

En partenariat avec l’Observatoire de la laïcité du pays d’Aix en Provence, un débat était organisé récemment au centre de la Valérane, à l’initiative du Collectif carqueirannais pour le respect de la laïcité, constitué à la suite de cette affaire.

Face à une assistance nombreuse, plusieurs orateurs, dont Robert Lazennec de l’Observatoire et Me François Racan, avocat à la cour, sont revenus sur les grands principes de la laïcité et les dangers de la conception communautariste. La conférence était suivie d’un débat.

Le Cours par correspondance hors contrat de l’Education Nationale « Anne de Guigné » (une petite fille très pieuse morte à 12 ans), dans la mouvance de la communauté Saint-Martin, et actuellement installé dans une crypte de la paroisse toulonnaise Saint-Pie X, fait partie d’un réseau affilié à une « Ecole Sainte-Anne » siégeant à Paris. « Un milieu très équivoque, souligne à la tribune Daniel Denoix, il n’y a pas de professeur sur place mais des répétiteurs ou des parents qui font travailler les enfants. C’est un système qui tend à s’implanter un peu partout en France. Le diocèse de Marseille a refusé ». Le même refus a été opposé par le conseil paroissial de La Loubière.

« Des histoires de sorcières... »

Par-delà les questions de sécurité, de contenu pédagogique et d’accueil des enfants, le projet de la création de cinq classes à la Maison paroissiale de Carqueiranne pose un problème de légalité selon les juristes présents. Les associations diocésaines sont statutairement cantonnées à la seule gestion des biens du culte, ce qui exclut toute
compétence en matière scolaire.

Lors du débat, deux parents d’élèves inscrits au cours Anne de Guigné sont venus défendre leurs positions. « Nous ne sommes ni intégristes, ni communautaristes. Les programmes de l’Education nationale se sont considérablement érodés, nous n’y retrouvons pas les valeurs que nous voulons transmettre à nos enfants », a expliqué un jeune père de cinq enfants, qui avoue se sentir « dans un terrible abandon » face à la polémique.

« L’an dernier, l’un de mes enfants était au CP. Je voyais ses cahiers, des histoires de sorcières... il s’ennuyait, explique un autre papa. Des amis m’ont parlé de cette école. Il y avait une journée portes ouvertes, j’y suis allé à reculons. J’ai vu qu’on apprenait de belles poésies : Molière, La Fontaine... de beaux tableaux avec des dates, de beaux cahiers d’histoire, ce que j’avais connu à l’école publique ».

Commentaire d’un participant :
« Vous ghettoïsez vos enfants en les mettant dans des écoles trop ciblées ». [...]

N. Brun

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Le permis de construire du 9 novembre 2006

Notes

[1Dans la page que la revue Golias consacre à Carqueiranne ou l’école de la discorde sur son site internet, elle pose la question : « où s’arrêtera Mgr Rey, l’évêque de Toulon, après son appel au boycott du Téléthon et la mise en coupe réglée de son diocèse devenu un laboratoire avancé du fondamentalisme catholique ? »

[2La lettre du maire de Carqueiranne accompagnant l’acceptation du permis de construire :

Veuillez trouver ci-joint mon arrêté de ce jour concernant votre projet de changement de destination sis 16, Avenue Jean Jaurès à Carqueiranne.

Je vous informe qu’à ce jour le non respect des règles d’accessibilité ne peut valablement entrainer le refus du permis de construire (circulaire n°94-55 du 8 Juillet 1994).

Toutefois, je vous informe que toute infraction à l’article L 111-7 du Code de la Construction et de l’Habitation – disposant que les établissements recevant du public doivent être accessibles à tous – peut faire l’objet de dispositions pénales.

Aussi, vous voudrez bien produire à réception de la présente, votre engagement à respecter les règles relatives à l’accessibilité dans les ERP, et modifier votre projet dans les meilleur délais par le biais d’un permis de construire modificatif, faute de quoi, je me verrai dans
l’obligation de dresser procès verbal.

Vous en souhaitant bonne réception je vous prie d’agréer ...

A la date du 21 février 2007, il semble que les services de la Mairie n’avaient pas reçu de projet modificatif.

[3Il se trouve que Armand Conan est un ancien maire de Carqueiranne.

[4L’Observatoire de la laïcité du pays d’Aix possède un site Internet : http://www.observatoirelaicite13aix.org/.


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