vade retro, Téléthon !


article de la rubrique extrême droite > l’extrême droite catho
date de publication : vendredi 8 décembre 2006
version imprimable : imprimer


Sous le titre « la foire du tronc », le Canard enchaîné du 6 décembre 2006 consacre un long article à la croisade des évêques contre le Téléthon.
Avant de le lire (vous le trouverez ci-dessous), nous vous proposons de revenir sur quelques aspects de cette entreprise.

[Première publication, le 6 déc. 06,
mise à jour, le 8 déc. 06.]

Les premières escarmouches de la guerre antitéléthonique se sont déroulées dans le diocèse du Var. En effet, c’est une lettre du président de la commission bioéthique de ce diocèse qui, évoquant une « stratégie eugéniste », a qualifié la collecte de fonds pour la recherche contre les maladies génétiques de « grand show médiatique » et qui a demandé aux fidèles de réserver leur générosité à une « médecine éthique » – et pourquoi pas à la Fondation Jérôme-Lejeune ?

Les liens filiaux de Jean-Marie Le Mené, président de la Fondation Jérôme-Lejeune avec feu le professeur Jérôme Lejeune sont du domaine public (il est l’un de ses gendres) [1]. En revanche, les attaches politiques du président de la commission bioéthique du diocèse du Var sont moins connues : Pierre-Olivier Arduin [2] figurait en 25ème position sur la liste « Alliance royale » pour la région Sud-Est, lors des élections européennes du 13 juin 2004,
en compagnie de Charles Bourgoin (en 9ème position), délégué pour le Var de l’Alliance royale [3].

A l’époque où l’extrême droite régnait à la mairie de Toulon, Charles Bourgoin s’était signalé à l’attention des Toulonnais par des prises de position particulièrement compréhensives à son égard. Elu conseiller municipal en 1995 sur la liste RPR-UDF, démissionnaire du RPR en 1997, il avait déclaré en 1997 « être contre l’opposition systématique » à la municipalité d’alors [4].

GIF - 1.9 ko
Charles Bourgoin

Voila pourquoi il serait bon que l’évêché de Toulon réponde à la demande de Jean-Christophe Parisot. Ce diacre du diocèse d’Amiens, lui-même myopathe, « a décidé d’interroger publiquement l’évêque du Var sur la dimension politique de l’affaire téléthon. [...] L’Eglise du Var demande la transparence éthique du téléthon, elle doit s’appliquer à elle-même cette exigence » et « éclaircir ses liens avec l’extrême-droite » [5].

On ne saurait mieux dire ...

GIF - 15.9 ko
Lefredi-Thouron (Le Canard enchaîné du 6 décembre 06).

Ça grenouille dans les bénitiers. Les attaques à coups
de crosse de plusieurs évêques contre le Téléthon annoncent d’autres
interventions du même type.

par Patrick Lestrohan, Le Canard enchaîné du 6 décembre 06

Pour ceux qui n’auraient pas encore saisi la manoeuvre, l’histoire du Téléthon menacé de boycott catho n’est apparemment qu’un épisode d’une offensive beaucoup plus ample : une fraction de la sainte et apostolique Eglise française entend, de toute évidence, interférer de plus en plus dans les débats de société. Voilà deux mois, c’étaient les hauts cris de Mgr Cattenoz, l’archevêque d’Avignon, sur ces écoles catholiques (et subventionnées) mais dépourvues de profs et d’élèves catholiques. Tout porte à croire que les campagnes électorales de 2007 s’enrichiront de sévères sermons contre le mariage homosexuel. Dans l’immédiat, plus médiatiques, quelques mitrés ont choisi de s’en prendre au plus gros collecteur de dons humanitaires (104 millions d’euros l’an dernier, très loin devant le Secours catholique et les Restos du coeur).

Tout démarre dans le diocèse de Fréjus-Toulon — appellation officielle du diocèse du Var —, qu’administre Mgr Dominique Rey, 54 ans. Ex-fonctionnaire de la Direction générale des impôts, Rey, qui cultive une certaine conscience de ses mérites, ne penche pas vraiment pour la gauche de la gauche catholique. Tenant du mouvement charismatique, une branche de la maison au moins traditionaliste, il a été pendant plusieurs années (sous Lustiger) curé de la paroisse de la Trinité (IXe), à Paris. Sitôt dans le Midi, il y a monté un Observatoire de la vie civile, le seul que la hiérarchie catholique ait créé en France, sous cette forme-là au moins. Au sein de cette instance, la commission bioéthique se distingue par son activisme
. Elle a tenu le 18 novembre dernier des « assises », qui accueillent, en invité d’honneur, ou tout comme, un garçon pas trop porté non plus sur la révolution permanente : Jean-Marie Le Méné, consultant occasionnel du Vatican et surtout président de la Fondation Jérôme-Lejeune, fer de lance du combat anti-IVG. C’est là que s’esquisse l’offensive anti-Téléthon, au motif que ces dons — pour moins de 2 % seulement, comme l’a ensuite relevé le bien plus modéré évêque d’Evry, Mgr Dubost — servent « massivement » (rien que ça !) à financer des recherches sur l’embryon, dans le cadre de la fécondation in vitro. Arrière, Satan ! On touche là au sacré, hurlent nos crosses militantes ; pas question d’entrer dans « Le meilleur des mondes » [6].

L’affaire grimpe, bien sûr, d’un cran quand s’en empare l’archevêque de Paris, André Vingt-Trois. Et non pas « Mgr Troisgros », comme, saisi sans doute d’une petite faim, l’appela un jour et à deux reprises le ministre des Cultes Sar- kozy lors d’une rencontre avec la presse religieuse. Vingt-Trois souffre d’un handicap. Des malveillants se répandent en effet sur son compte de manière bien peu charitable : « Si Lustiger (aujourd’hui à la retraite) l’a imposé à l’archevêché de Paris, suggèrent ces affreux, c’est qu’il ne tenait pas avoir un successeur trop brillant qui éclipserait son souvenir. » C’est délicat...

Vingt-Trois, il est vrai, a un peu prêté le flanc à la critique : familier de Lustiger dès 1969, propulsé évêque coadjuteur de Paris, il a joué avec constance les chiens courants du cardinal, au point de s’attirer le sobriquet de « Sancho Pança » (ou, plus banal, de « la voix de son maître »). Entre autres combats, le numéro deux s’était notamment déchaîné — y compris contre d’autres instances catholiques — pour maintenir en vie KTO, la très souffreteuse télé de Lustiger. Devenu numéro un, Vingt-Trois se débat aujourd’hui dans les retards du nouveau siège de l’archevêché, au Quartier latin. De quoi se chercher un dérivatif : ça tombe bien, depuis un moment notre évêque s’est spécialisé dans les questions de moeurs — on dit plus chrétiennement « familiales ». Il y a consacré un bouquin, préside une commission sur le sujet, etc.

Précision : alors que se multipliaient ces derniers jours les prises de position anti-Téléthon (après le sémillant di Falco, désormais évêque de Gap, le primat des Gaules Barbarin, un temps présenté comme papabile), l’épiscopat français, l’assemblée des évêques, en quelque sorte, se refusait à toute déclaration. « Des évêques ont exprimé des avis nuancés  », répète sa dircom’ dans une langue de bois dont le Kremlin de Brejnev n’aurait pas rêvé. « La vérité est qu’ils (une majorité de prélats) ont la trouille, estime un observateur, sûrement désabusé, du monde catholique. En Espagne, les évêques descendent dans la rue. Ici, beaucoup ont la pétoche d’être accusés de perturber la vie sociale. »

Certains, pas tous. En estimant, pour contrer l’argumentation de la présidente de l’AFM [7], que « tout ce qui est légal n’est pas moral », Barbarin pourrait bien, d’un avis répandu, avoir fait mouche chez les cathos. Et ouvert tant de perspectives !

Le tout est affaire d’appréciation. Commentaire d’un actif militant catholique parisien : « Les évêques anti-Téléthon ont pris le risque de se piéger. Si leur appel est entendu, leurs adversaires laïques s’empresseront de souligner que cette Eglise antiscientifique est indécrottable. Si ça n’a aucun effet, les mêmes pourront proclamer que l’avis des cathos n’a strictement aucune importance. » Même pas à titre embryonnaire ?

Patrice Lestrohan

JPEG - 27.6 ko
Fécondation in vitraux (© Philippe Geluck).

Notes

[2Le journal La Croix du 7 décembre 2006 confirme nos informations : « Pierre-Olivier Arduin, instituteur de 34 ans, titulaire d’un master en bioéthique, est proche de la Fondation Jérôme-Lejeune ; il a figuré sur une liste royaliste pour les élections européennes de 2004, tout en indiquant aujourd’hui ne plus avoir de lien avec ce groupe. »

Lors des élections présidentielles de 2002, Pierre-Olivier Arduin était le délégué départemental sur le Var de Christine Boutin, fer de lance de la bataille contre le Pacs. Sur le blog de cette dernière, il a publié à la date du 30 septembre 2006 : «  je reste très attaché à votre personne et ai une confiance inébranlable en vos convictions », avant de déplorer les «  compromissions » de Mme Boutin avec un parti qui ne défend pas ses convictions bio-éthiques personnelles.

[3Voici la liste complète de l’Alliance royale pour la région Sud-Est, lors des élections européennes du 13 juin 2004 : M. Christian AUDIC, Mme Jacqueline DE BARRY, M. Frédéric FACHON, Mme Béatrice DE GUBERNATIS, M. Alain ALEXANDRE, Mme Yolande MENEGUZZI DE BANC, M. Aimé-Pierre ROSE, Mme Josette AUBERT, M. Charles BOURGOIN, Mme Marie-Annick VEILLEROT, M. Philippe DU ROY DE BLICQUY, Mme Sophie TOUCHARD, M. François MONTALAND, Mme Marie-Marguerite LARTIGAU, M. Jean-Jacques BARONNIER, Mme Dominique GREVILLET, M. Patrick MICHEL, Mme Alexia BROSSET, M. Jean GREVILLET, Mme Laure ALEXANDRE, M. Bernard LONGET, Mme Christiane ALEM, M. Jean BRISSET, Mme Sylvie THEVENET, M. Pierre-Olivier ARDUIN, Mme Catherine RAIBALDI (source : l’arrêté du 28 mai 2004 NOR : INTA0400388A).

Le site Internet de l’Alliance royale : http://www.alliance-royale.com/.

[6D’Aldous Huxley. Appelé à la rescousse par Mgr Vingt-Trois, Orwell ne s’est jamais risqué dans la bioéthique. [Note du Canard.]

[7Laurence Tiennot-Herment, présidente de l’Association française contre les myopathies, qui parraine le Téléthon et qui a donc reçu le soutien de Chirac. [Note du Canard.]


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP