Var : le scandale des décharges illégales


article de la rubrique Toulon, le Var
date de publication : lundi 27 mai 2013
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Le département du Var ne compte que quelques décharges agréées face à des dizaines de décharges illégales, véritables poubelles à ciel ouvert qui constituent une menace pour la Méditerranée par la pollution qu’elles engendrent.

Les pouvoirs publics ne paraissent pas très actifs pour combattre ces atteintes à l’environnement. Certains élus semblent compréhensifs ... Difficile de ne pas pressentir une certaine connivence. Quoi qu’il en soit, la situation actuelle permet aux entreprises de faire de substantielles économies.

Ci-dessous, un reportage vidéo récent, puis une étude générale et, pour terminer, le cas du Balançan.


Le sandale des décharges illégales, deux ans après … [1]

Après un premier reportage sur les décharges illégales dans le Var et particulièrement au Beausset, l’équipe de “Envoyé Spécial” est revenue pour voir si quelque chose avait été fait. Triste constat : pas grand chose n’a changé.

Sur ces quelques hectares de campagne varoise flotte comme un parfum de scandale.

Quand il s’y promène, Erik ne prend pas le temps d’admirer le superbe panorama sur la Méditerranée toute proche, impatient de montrer au visiteur l’un des vestiges du saccage dont ce coin de pinède a été le théâtre, selon lui. « Regardez cette colonne de béton. Ce n’est pas une colonne de temple gréco-romain, mais un morceau d’une passerelle [de Six-Fours] dont la destruction a été payée par le contribuable. L’entrepreneur s’en est débarrassé comme ça, dans la forêt ».

Autour de lui, Erik attire notre attention sur ces arbres presque ensevelis sous les gravats. Ici, un vallon a disparu sous des tonnes de rebuts de chantier déversées en toute illégalité. Il y a deux ans, “Envoyé Spécial” avait révélé l’existence de ces dizaines de décharges sauvages qui remodèlent les paysages de l’arrière-pays varois. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Notre équipe a repris en filature quelques camions-bennes chargés de pierres et de béton qui sillonnent actuellement les routes de ce département touristique. Ont-ils changé d’itinéraire ? Prennent-ils désormais le chemin des structures autorisées où ces déchets doivent être stockés ou recyclés ? L’État a-t-il intensifié sa lutte contre ces entrepreneurs qui continueraient à prendre la campagne pour une vaste décharge ?


L’émission “Envoyé Spécial la suite” du samedi 4 mai à 14h sur France 2


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Le Var croule sous les déchets de chantiers

par Gilles van Kote, Le Monde du 21 novembre 2012


Depuis des mois, au volant de la Clio blanche de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), Sylvie Fantin sillonne le Var, à la recherche de sites où enfouir ces déchets du bâtiment et des travaux publics (BTP) dont le département ne sait plus que faire. "Le Var en produit 2,6 millions de tonnes par an pour une capacité de stockage quatre à cinq fois inférieure", note la chargée de mission “déchets inertes” des services préfectoraux.

Tout est dit : le recyclage étant encore marginal, le reste s’évapore dans la nature. Plus précisément : dans la quarantaine de décharges illégales cachées dans la garrigue ou dans ces remblais sauvages qui se multiplient dans la basse vallée de l’Argens, y aggravant les risques d’inondations.

En cette douce journée de novembre, Sylvie Fantin se rend sur la décharge municipale de déchets inertes (bétons, gravats et autres déchets ne faisant pas l’objet de modifications chimiques, physiques ou biologiques avec le temps) de Saint-Maximin, au pied du massif de la Sainte-Baume. Un site qui fonctionne en marge de la légalité depuis 2005, date de la création du statut d’Installation de stockage de déchets inertes (ISDI).

Mais le maire, Alain Penal, a décidé qu’il était temps de régulariser et d’agrandir sa décharge, située le long de l’autoroute A8. "Avant qu’elle existe, on récupérait ces déchets sur le bord des chemins, raconte-t-il. Mais nous avons été totalement dépassés par les volumes, je n’en reviens pas."

"L’AMICALE DES DÉCHETS DU BTP"

A une vingtaine de kilomètres plus au sud, au Beausset, se situe une décharge illégale connue de tous, puisque ses propriétaires, qui se déclarent agriculteurs, ont été condamnés en 2011, après un arrêt de la Cour de cassation, à 10 000 euros d’amende chacun et à la remise en état d’un vallon comblé au fil des années par le déversement de déchets du BTP. Les deux hommes ont toujours affirmé effectuer un "terrassement" dans le but de planter des oliviers.

"En avril, quand nous avons survolé le site, les déversements continuaient allègrement", assure Robert Durand, président de l’association Environnement Méditerranée, qui repère les décharges en filant les camions chargés de déchets à la sortie des chantiers.

Le phénomène est national. Le ministère de l’écologie estime à "un peu moins de 400" le nombre de décharges illégales de déchets inertes dans l’Hexagone. Mais l’arc méditerranéen est particulièrement touché, en raison d’une activité de construction soutenue, de l’insuffisance des installations et de pratiques que Robert Durand n’hésite pas à qualifier de "mafieuses".

"C’est l’amicale des déchets du BTP ", résume Jean-Pierre Bacchiolelli, de la Someca, une entreprise varoise candidate à la transformation d’une de ses carrières en ISDI. Le secteur du BTP est accusé, en plus de remplir les sites illégaux, d’en être souvent à l’origine. Se débarrasser illégalement de ses déchets peut coûter jusqu’à quatre fois moins cher (environ 2 euros la tonne) que par la voie légale.

"Il existe des gens plus ou moins bien intentionnés dans la corporation, reconnaît-on à la Fédération départementale du BTP. Le problème, c’est que dans le Var il est très difficile de se débarrasser de ses déchets dans des conditions réglementaires satisfaisantes."

"ENGAGEMENT MASSIF"

Dans ce contexte, fermer des décharges illégales ne conduit qu’à repousser le problème dans le vallon voisin. Or une circulaire ministérielle de décembre 2011 donne aux préfets la consigne de régulariser ou de fermer ces installations pour la fin 2012. Un objectif impossible à tenir dans le Var : "Il faudra plusieurs années pour régulariser la situation", dit Nicolas Jeanjean, directeur par intérim de la DDTM.

Les moyens mis en oeuvre par les services de l’Etat sont limités : les déchets inertes ne représentent qu’un quart des missions de Sylvie Fantin et celle-ci est contrainte, pour faire dresser un procès-verbal, de solliciter un agent d’une autre direction. Une opération d’envergure a cependant été menée en avril à la fameuse décharge du Beausset, où sept contraventions ont été dressées.

Le Var ne compte que quatre installations de stockage légales, auxquelles s’ajoutent quatre carrières pouvant accueillir des déchets inertes. Quatre nouvelles ISDI devraient bientôt être autorisées. Ce sera loin d’être suffisant, d’autant que ces installations sont généralement éloignées des principales zones de production des déchets : l’agglomération toulonnaise et la région de Fréjus et Saint-Raphaël. Or, pour des questions de coût, il est irréaliste de vouloir faire parcourir de grandes distances aux déchets du BTP. Et les terrains disponibles font défaut à proximité des bassins d’activité, où la pression foncière est particulièrement élevée.

Longtemps ignorés, les déchets du BTP sont devenus un sujet explosif. "Il ne sera pas résolu sans un engagement massif de l’ensemble des acteurs concernés", estime un expert varois. L’actualisation en cours du plan départemental de gestion des déchets du BTP, placé sous la responsabilité du conseil général, sera l’occasion de mesurer la réelle volonté de ces acteurs.

Gilles van Kote


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Le site du Balançan

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La décharge du Balançan, au Cannet-des-Maures (Var)

Le Cannet-des-Maures (Var) s’inquiète d’une prorogation de l’exploitation du centre d’enfouissement. [2]

En quarante ans d’existence, plus de dix millions de tonnes de déchets ont été enfouies sur [ce] site remarquable de la plaine des Maures, « zone pourtant surprotégée ». Le président [de l’association Éthique environnement] Paul Garcia rappelle aussi que « l’exploitant (Pizzorno-Sovatram) a été condamné pour non-respect des dispositions légales des installations classées. Puis en août 2010, jugé coupable de deux délits avec condamnation pénale pour exploitation non conforme et sans autorisation. »

C’est en présence et à la demande de la commune du Cannet que le cabinet Vernet Expertises avait, en novembre 2011, procédé aux prélèvements et analysé les écoulements. « Présence d’agents chimiques et métaux lourds, ruissellements des eaux non maîtrisés, pollutions des eaux souterraines et de surface, contamination des couches sédimentaires… » Pour l’expert « l’impact est certain sur les deux versants qui encadrent le site. »

Face à ce constat, Éthique environnement estime posséder suffisamment d’éléments pour porter, une nouvelle fois plainte au pénal. « C’est notre devoir, les fautes et délits caractérisés doivent cesser », indique Paul Garcia qui rappelle l’État à ses obligations. Par voie parlementaire, « nous allons poser une question orale au gouvernement lors d’une prochaine séance de l’assemblée ».

Compléments

Notes

[1Article de Jean-Paul Klein suite au reportage télévisé de Morgane Courgeon, publié le 17 mai 2013 dans Actualité du GL Sud Ste Baume Agriculture : http://var.eelv.fr/2013/05/17/cote-....

[2Extraits de « Le Cannet repart en guerre contre le site du Balançan », Var-Matin, le 7 mars 2013 : http://www.varmatin.com/brignoles/l....


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