autodéfense : danger !


article de la rubrique justice - police > voisins vigilants
date de publication : jeudi 19 septembre 2013
version imprimable : imprimer


Mercredi 11 septembre 2013, vers 8h45, un bijoutier du centre-ville de Nice ouvre son magasin quand deux hommes font irruption et le menacent d’une arme. Ils se font ouvrir le coffre, ramassent des bijoux avant de prendre la fuite en scooter. C’est alors que le commerçant se saisit d’une arme de poing, pour laquelle il n’avait pas de permis, s’accroupit, et fait feu à trois reprises en direction des malfrats. Le passager, touché au moins une fois au dos, succombera peu de temps plus tard sur le pavé.

Il ne s’agit pas ici de “légitime défense” [1], mais d’un nouveau drame de l’autodéfense. Il illustre le danger inhérent à la possession d’armes. L’exemple des États-Unis – 300 millions d’armes pour 300 millions d’habitants – montre que la détention des armes en grand nombre a pour effet non pas d’assurer la sécurité des personnes mais de multiplier les tueries.

En France, on peut craindre que des organisations telles que les Voisins vigilants n’évoluent pour devenir des “milices d’autodéfense”.
C’est à la police et à la gendarmerie qu’il revient d’assurer la sécurité publique !


JPEG - 21.5 ko
15 000 « voisins vigilants » sont mobilisés en France contre les cambrioleurs dans 3 000 quartiers. (Photo DNA DR)

Délinquance : la tentation de l’autodéfense

par Patrice Barrère, DNA, le 19/09/2013


Commerçants armés, villageois menaçant des Roms, voisins qui s’organisent contre le cambriolage : les citoyens prennent leur sécurité en main, là où les pouvoirs publics semblent absents. Enquête.

« J’ai déjà été cambriolé. J’ai une bijouterie dans un quartier très sensible. Pourquoi je détenais une arme ? Pour me défendre c’est très simple. » Hier, sur Europe 1, Stephan Turk, le bijoutier niçois qui a abattu un des braqueurs de son magasin le 11 septembre, a expliqué son geste comme un acte d’autodéfense. « Pourquoi serais-je coupable ? Je me défends. C’est lui qui décide de venir chez moi avec des armes et m’agresser. Il a violé mes droits au magasin. Il a pris mes marchandises, mais c’est un accident », a-t-il ajouté tout en regrettant la mort du jeune homme multirécidiviste.

Commerçants armés

Le fait divers de Nice n’est pas une surprise pour les spécialistes de la protection des commerces. De nombreux gérants et propriétaires de magasins qui manipulent de l’argent liquide possèdent des armes. Légalement ou pas. Les buralistes et cafetiers, les plus durement touchés par la criminalité, auraient au minimum un nerf de bœuf derrière le comptoir… « Les bijoutiers ne sont pas des fanas des armes », souligne Doron Lévy, consultant pour l’Union française de la bijouterie-joaillerie et orfèvrerie. « On leur recommande de ne pas s’équiper. Une arme augmente considérablement le risque d’homicide. En même temps que les primes d’assurance… »

Roms : population aux aguets

À l’autre bout de la France, dans le Nord, lundi dernier, problème différent mais réaction identique d’une population qui se substitue à la police et à la justice ; le maire de Croix a tiré la sonnette d’alarme sur la gestion d’un camp de Roms installé sur un terrain privé depuis l’évacuation d’un squat à Lille. « Je sens une population qui est aux aguets et qui, je crains, peut commettre des choses très graves en légitime défense », dit l’élu. Cette fois, les pouvoirs publics sont accusés de ne rien faire contre les vols et surtout de ne pas avoir anticipé et prévu un plan d’hébergement des populations nomades.

Voisins vigilants

Avec entre 20 % et 40 % de cambriolages en moins, selon le ministère de l’Intérieur, « Voisins vigilants » commence à faire ses preuves. [2].

Devenue un modèle d’organisation citoyenne, l’association créée en 2002 a vu le nombre de ses adhérents « exploser » depuis dix-huit mois. Elle compte 15000 membres repartis sur 3 000 quartiers. Le principe est simple. « On ne peut pas mettre un policier devant chaque maison. En revanche, on a tous un voisin qui peut surveiller son logement. Les cambrioleurs sont organisés en réseau, à nous de faire la même chose », explique Thierry Chicha, cofondateur des Voisins vigilants qui propose de nombreux services gratuits.

Chasse aux dealers

Dans les cages d’escaliers occupés par des dealers, les mobilisations des résidants se multiplient. En janvier, à Wazemmes, dans un quartier de Lille et à Sevran en Seine-Saint-Denis, les habitants d’immeubles ont fait la chasse aux dealers. Avec succès : ils ont quitté les lieux. Là encore, ils reprochaient aux autorités de ne pas être suffisamment présents.

Quelles solutions ?

« Les Français doivent retrouver confiance en l’État », répond Bruno Le Roux, président du groupe PS à l’Assemblée nationale et spécialiste de la sécurité. « Les pouvoirs publics n’ont pas renoncé. De nombreuses décisions ont déjà été prises. Avec les collectivités locales, il faudra remettre en place une police de proximité. Un élu digne de ce nom ne doit pas cautionner les actes d’autodéfense. Et surtout pas l’emploi des armes. C’est quand on a autour de soi des civils armés qu’on est en insécurité ».

Notes

[1Voir le blog de Maître Eolas.

[2Note de LDH-Toulon – Comme nous l’avons déjà signalé, ces affirmations ne reposent sur aucune justification sérieuse.


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP