la LDH du Rhône contre les “voisins vigilants”


article de la rubrique justice - police > voisins vigilants
date de publication : vendredi 19 août 2011
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La fédération du Rhône de la Ligue des droits de l’Homme réagit vivement à la candidature de quatre communes du département pour expérimenter le programme “Voisins Vigilants” [1].
Elle vient d’adresser au maire de chacune de ces communes une lettre que nous reprenons ci-dessous.

La démarche est appuyée par la délégation régionale Rhône-Alpes de la LDH, qui voit dans le dispositif une étape supplémentaire vers la privatisation de la sécurité publique, alors que la sécurité des personnes relève des missions de l’État. « Dans cette entreprise, il ne s’agit pas tellement de lutter contre une insécurité largement instrumentalisée par le pouvoir en place, mais bien d’ancrer au plus profond des esprits un sentiment d’insécurité qui permet à nos dirigeants de faire adopter nombre de lois liberticides. »

Cette position est partagée par le député Jean-Louis Touraine. Selon le premier adjoint au maire de Lyon, en charge de la Sécurité Publique, l’Etat cherche à mettre en place une « philosophie inquiétante et erronée qui vise à dresser les Français les uns contre les autres, à désigner des boucs émissaires plutôt que de rassembler les gens et tenter d’améliorer le vivre-ensemble ». Le député du Rhône dénonce également la politique sécuritaire du président de la République et de son ministre Claude Guéant, regrettant le retrait de policiers au profit d’un « succédané de milice » [2].


Fédération du Rhône de la Ligue des Droits de l’Homme
5 place Bellecour, 69002 Lyon
ldh.rhone@gmail.com

Lyon, le mercredi 10 août 2011


Objet : Mise en place du dispositif « Voisins Vigilants »

Monsieur le Maire

Nous nous permettons de nous adresser à vous, suite aux interrogations qui nous sont revenues après l’annonce du choix de votre ville pour expérimenter sur le Rhône le dispositif « Voisins Vigilants ».

Rejoignant les craintes et doutes qui nous ont été communiqués, la Fédération du Rhône de la Ligue des Droits de l’Homme émet ses plus vives réserves quant au dispositif.

Tout d’abord, ce n’est sans ironie que nous notons que le Gouvernement qui a le plus supprimé de postes d’agents de l’ordre, policiers ou gendarmes, en appelle maintenant à chaque citoyen pour assurer un rôle de vigilance et de fait de maintien de l’ordre.

Au-delà, nous n’estimons pas qu’il revienne à chaque individu de se substituer, sans formation ni travail de réflexion et déontologique, aux forces de l’ordre.
Chaque citoyen, témoin d’un acte délictueux ou criminel est, naturellement, appelé à le signaler.

Faut-il prétendre aller plus loin et demander à chacun d’être dans une logique pro-active et d’être à la recherche de ces délits ou crimes ? Après les citoyens volontaires auxiliaires de police, maintenant les voisins vigilants, et demain ? Le Gouvernement n’a-t-il d’autre réponse à l’insécurité que la mise en place ensuite de milices d’habitants ? Faut-il donner raison aux « milices citoyennes » violentes d’extrême droite qui, il y a quelques mois, prétendaient assurer une
tranquillité « civique » sur les Berges du Rhône à Lyon ?

Enfin, la Fédération du Rhône de la Ligue des Droits de l’Homme s’inquiète de la philosophie même qui tend ce projet. Avec les « Voisins Vigilants », nous faisons un pas supplémentaire dans la société de la suspicion. Chacun est appelé à voir en l’autre un délinquant ou un criminel potentiel, à douter en permanence de l’innocence de l’autre, à surveiller et s’auto-surveiller en permanence, comme aux meilleurs années de régimes hautement condamnés par tous les démocrates.

Le dispositif « Voisins Vigilants », déjà expérimenté et aujourd’hui généralisé sans bilan de ces expérimentations, ce n’est pas la sécurité, c’est la société de la surveillance et de la suspicion, c’est un projet de société bâti sur la présomption de culpabilité.

Association républicaine, la Ligue des Droits de l’Homme est très attachée au maintien de la sécurité républicaine. Cet attachement profond explique le ressenti vif lorsque la Fédération du Rhône à l’impression que cette question fondamentale, qui interpelle nos concitoyens dans leur quotidien, est traitée par notre Gouvernement de manière médiatique et inefficace. Les forces de
l’ordre républicaines et une Justice avec des moyens enfin amplifiés sont la seule réponse à l’insécurité ; des « milices citoyennes » ne peuvent se substituer à une police de proximité et à un travail de prévention et de suivi efficace qui se prolongent chaque fois que nécessaire par une répression proportionnée.

Vous ayant communiqué nos réserves, dans un travail de réflexion, nous sommes intéressés par toute réponse que vous pouvez y apporter.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions, Monsieur le Maire, ...

Le président de la fédération du Rhône de la LDH

Dispositif « Voisins vigilants » : Touraine craint le retour des milices...

par Gérald Bouchon, Lyon 1ère, 11 Août 2011


« La sécurité résulte d’une coproduction : Etat, Ville et Citoyens. Chacun a le droit à la sécurité s’il accepte de devoir y contribuer en portant plainte chaque fois que nécessaire et en signalant à la Police Nationale ou Municipale, comme la loi l’impose, tout crime porté à sa connaissance ». Mais, dans le communiqué adressé à la rédaction de Lyon 1ère, Jean-Louis Touraine met en garde contre certains dispositifs défendus par le gouvernement, condamnant « des mesures beaucoup plus extrémistes, confinant à la surveillance permanente de ses voisins, à la délation, à l’instauration d’un succédané de milice, avec leurs conséquences de haine, de mésentente, de violences, de représailles ».

C’est l’un des éléments-clés de la politique de prévention de la délinquance relancée par Claude Guéant depuis son arrivée au ministère de l’intérieur en février : la « participation citoyenne ». Le système de “Voisins vigilants”, qui existe depuis 2007, surtout pour prévenir les cambriolages, concerne 29 départements en juin.

Dans une circulaire du 22 juin, le ministre de l’intérieur Claude Guéant a annoncé aux préfets sa volonté d’« étendre la mise en œuvre du dispositif » en leur demandant de "promouvoir le concept ». Le but : faire diminuer, « dans les quartiers, les lotissements ou les zones pavillonnaires », les "cambriolages, démarchages conduisant à des escroqueries, dégradations et incivilités diverses » grâce à des habitants interlocuteurs privilégiés de la police ou de la gendarmerie.

Le ministre va jusqu’à envisager de transformer les volontaires en « collaborateurs occasionnels du service public ». Ce statut, autorisé dans le domaine de la sécurité par la Loppsi 2 du 15 mars, rend possible une rémunération.

Jean Louis Touraine, le premier adjoint de Gérard Collomb, en charge notamment de la Sécurité Publique, parle d’un « aveu d’échec dans le domaine de la sécurité pour Monsieur Sarkozy, successivement Ministre de l’Intérieur puis Président de la République ! »

« Après avoir fait de cette question une exigence prioritaire, pour ne pas dire une obsession, il est amené à constater que les violences aux personnes s’aggravent, que les Français n’ont jamais été aussi inquiets de l’insécurité ambiante et que la Cour des Comptes a fait un rapport très rigoureux dénonçant les carences, insuffisances et échecs de la politique récente de sécurité publique ».

L’élu dénonce le nombre de policiers en baisse et la fin de la police de proximité. « Cela est aussi le fait d’une philosophie inquiétante et erronée, visant à dresser les Français les uns contres les autres, à désigner des boucs émissaires plutôt que de rassembler les gens et tenter d’améliorer le “vivre ensemble”. »

Notes

[1Il s’agirait de Ecully, Caluire, Gleizé (Beaujolais) et Saint-Pierre-la-Palud (Nord-Ouest).


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