les mairies FN du Sud-Est recrut[ai]ent en priorité parents et amis


article de la rubrique Toulon, le Var > Toulon sous le FN
date de publication : janvier 1998
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par Michel Samson, Le Monde, 10 Janvier 1998.


De Toulon à Vitrolles, les exemples de favoritisme sont nombreux

[...] le favoritisme familial ou politique est monnaie courante dans les embauches et les promotions, à Toulon comme à Orange ou Vitrolles.

Une spécialité du Front national aux affaires : le clientélisme. Quelques exemples pris à Vitrolles, Toulon ou Orange donnent une idée de l’ampleur de cette pratique.

La première forme du clientélisme frontiste s’apparente au népotisme. A Toulon, l’adjoint à la sécurité, Jean-Claude Lunardelli, figure « historique » locale de l’extrême droite, a fait embaucher sa soeur au poste de secrétaire générale adjointe, responsable du personnel. Les époux Soccoja, tous deux élus au conseil, ont placé leur fille Frédérique au service stratégique « vie des quartiers », où elle joue un rôle d’encadrement et de prosélytisme politique et syndical, sous l’étiquette CFTC, bien plus important que son statut de simple agent ne le laisse supposer.

Dans ces deux cas, il s’agit de coups doubles : on sert sa famille et on renforce l’encadrement politique du personnel. Un peu comme avec le mari de l’ex-secrétaire administrative du groupe FN, Martine Dumont-Maliverg, qui est retraitée et désormais chargée de mission au cabinet du maire. Dans d’autres cas on a plus simplement fait embaucher les siens : le fils et la belle-fille de l’adjoint chargé du personnel, Richard Lopez, sont désormais agents de la ville, tout comme la fille de l’adjoint au nettoiement, Gérard Bauer, et le fils d’une conseillère, Anne-Marie Itoïz.

Vitrolles, où l’équipe Mégret n’est en place que depuis quelques mois, suit le même exemple. La fille du maire de la cité voisine, Marignane, Daniel Simonpieri, coordonne les maisons de quartier et aura la responsabilité du « cyber-espace » que la mairie va installer en lieu et place du café-musique, le Sous-marin. Le chargé de mission « organisation et management », responsable du personnel, Jacques Douris, a fait embaucher sa femme, tandis que le chef du service informatique, Jean-Marc Defargues, a fait travailler son fils pour des missions de surveillance des matériels.

Ancien judoka et colistier de Catherine Mégret, André Agostini, devenu éducateur sportif à la ville, a vu sa femme obtenir aussi un poste. A Orange, le neveu de la femme du maire, Jacques Bompard, est responsable de l’office du tourisme, et il est récemment devenu chef de cabinet du maire. L’épouse du secrétaire général de la mairie, recrutée cependant sur concours, est chargée d’un audit financier au service animation-loisir. Ces faveurs familiales ne sont pas exclusives d’un clientélisme politique, avoué presque naïvement par le maire de Toulon, Jean-Marie Le Chevallier, qui déclarait lors d’une conférence de presse le 6 novembre 1996 : « Avant, on servait les copains. Nous n’avons pas les mêmes amis. »

Les huissiers d’étage récemment embauchés, comme tous les nouveaux venus au service des sports ou au service jeunesse, dirigé par un militant issu de la fédération de Saint-Denis, sont au moins connus pour avoir tenu les bureaux de vote, au nom du Front national, lors des récents scrutins. Et la politique est la même pour les promotions : sept agents administratifs qui travaillaient pour la droite et qui ont continué pour l’extrême droite ont été augmentés au printemps, alors que les quatre agents au service des goupes PCF, PS et de la droite classique, à qualification et ancienneté égales ou supérieures, ne l’ont pas été.

A Vitrolles, les recrutements par affiliation politique ne manquent pas non plus : le nouveau responsable de la Maison du droit, Jean-Pierre Liparotti, est venu de Toulon, où il était resté responsable du parti quand tous ses amis s’étaient installés à la mairie. Un conseiller municipal frontiste de Marignane, Michel Troquier, est devenu chargé de mission. A Orange, signale notre correspondante dans le Vaucluse, Monique Glasberg, les trois gardes du corps qui assuraient la protection rapprochée du maire pendant les élections législatives sont en voie d’intégration dans la police municipale. Le nouveau responsable de la SAUR, filiale de Bouygues qui gère l’assainissement de l’eau, était le responsable d’une association culturelle créée par M. Bompard.

On n’a cité dans cette recension incomplète que des gens dont l’appartenance politique est publique. Syndicalistes et opposants politiques, dans les villes concernées, affirment qu’il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg. Ils rappellent que, dans le même temps, avec fracas à Vitrolles ou Orange, plus discrètement à Toulon, ont été licenciés, écartés ou écoeurés la plupart des cadres intermédiaires, dans tous les services non exclusivement techniques.


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