“le déshonneur du sabordage” de la Flotte en 1942 et les valeurs de la Marine, par l’amiral Gillier


article de la rubrique Toulon, le Var > histoire
date de publication : mercredi 28 juillet 2010
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Nous reprenons, avec sa permission, un article que Jean-Dominique Merchet a consacré sur son blog Secret Défense à un texte de l’amiral Gillier où ce dernier évoque notamment – et de façon directe – le sabordage de la Flotte française à Toulon le 27 novembre 1942.


Voir en ligne : novembre 1942 : sabordage à Toulon de la flotte française, par Jean-Marie Guillon

Amiral Gillier : “le déshonneur du sabordage” de la Flotte en 1942 et les valeurs de la Marine

La sabordage de la Flotte à Toulon, le 27 novembre 1942, a longtemps été un sujet tabou parmi les officiers de marine... à l’exception de ceux issus des Forces navales françaises libres. « Quitte à être un peu provocateur », le vice-amiral Marin Gillier revient sur cet épisode détestable dans un long texte consacré aux « valeurs de la Marine ». L’article parait dans le dernier numéro du Lien, alors que Marin Gillier quitte à l’été le poste d’Alfusco (amiral commandant la force maritime des fusiliers marins et commandos) pour prendre d’autres fonctions. Un article qui ne se réduit pas à cette question historique, même si celle-ci sert d’accroche à une réflexion plus générale sur les valeurs de la Marine. On peut le lire au long en cliquant ici.

L’amiral cite l’historien Marc Bloch, résistant fusillé par la Milice, à propos de l’Etrange Défaite de 1940 : « Jusqu’au bout notre guerre aura été une guerre de vieilles gens ou de forts en thème. Le monde appartient à ceux qui aiment le neuf. C’est pourquoi, l’ayant rencontré devant lui, ce neuf, et incapable d’y parer, notre commandement n’a pas seulement subi la défaite. Il l’a acceptée ! » Pour l’amiral Gillier, « c’est dans cette acceptation de la défaite que réside le déshonneur de la Débâcle, du Sabordage. Nous devons y réfléchir lorsque nous décidons de promouvoir un officier. Est-il bon pour résoudre des intégrales triples ? Sans doute, c’est sur ce critère qu’il a été recruté. Mais est-ce ce dont la Marine aura besoin demain ? » Et de citer à nouveau Marc Bloch : « Toutes les guerres nous apprennent qu’il y a des militaires de profession qui ne seront jamais des guerriers ».

« Né le 27 novembre 1957, quinze ans jour pour jour après le Sabordage de la Flotte, je récuse cet héritage » affirme l’amiral Gillier. « Je tente d’agir dans l’honneur et la discipline, conformément à mes valeurs ». Il cite en exemple « les cinq sous-marins (qui) bravent les ordres et parviennent à franchir les passes du port militaire à travers les champs de mines magnétiques, sous les bombardements, pendant que la Flotte se saborde du côté du Mourillon ».

Certes, Marin Gillier n’entend pas « stigmatiser l’amiral de Laborde [qui a ordonné le sabordage], ni tous les chefs de la Marine de l’époque, ni les chefs militaires et politiques qui les ont promus dans la décénnie qui a précédé », mais il souhaite en « tirer les leçons pour préparer (...) le prochaine crise paroxystique ».

Une réflexion plus générale

A cet égard, l’amiral décline les quatre valeurs de la Marine “Honneur, Patrie, Valeur, Discipline” à partir d’exemples tirés des opérations des commandos-marine au Rwanda, en Afghanistan ou dans la lutte contre la piraterie. S’interrogeant sur la Patrie, il constate, amer, qu’après l’affaire du Rwanda, « elle laissa ses officiers se faire traiter de génocidaires dans l’indifférence totale, sinon suspicieuse, de nos concitoyens ». Quant à la discipline, l’amiral Gillier ironise sur « nos catalogues de ROE (rules of engagement) longs comme un drap de lit »... « Il faut ne pas se laisser entraîner par le tendance actuelle des Armées, qui veut sérier les domaines de compétences (verticaux) et les niveaux de responsabilités (horizontaux) conduisant à une organisation matricielle dérésponsabilisante, prévient l’amiral. La valeur individuelle est alors sublimée, dans chaque case de la matrice, mais au détriment du sens de l’équipe, et chacun en se concentrant sur des tâches spécifiques d’un niveau précis finit pas manquer de visibilité sur les fins dernières de l’action commune ».

Le 21juillet 2010

Jean-Dominique Merchet



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