hommage à Gabriel Péri


article de la rubrique Toulon, le Var > histoire
date de publication : jeudi 30 décembre 2021
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Hommage rendu par l’ANACR en présence des élus toulonnais et de la section LDH Toulon-la Seyne.



Gérard Estragon, président de l’ANACR rend hommage à Gabriel Péri

15 décembre 2021 : allocution du DR Gérard Estragon. Président de l’ANACR VAR et du Comité de TOULON.

Monsieur le Préfet, Mr le préfet maritime mesdames les députées Mr le représentant du conseil régional, du conseil départemental monsieur le maire de toulon, mesdames messieurs les élus, mesdames et messieurs présidents et présidentes d’associations, cher e s ami e s, de l’ anacr je vous remercie d’avoir répondu à l’invitation du Comité toulonnais de l’ANACR et de leurs amies s que je représente ici.

Qu’est-ce que l’Anacr ? : c’est le sigle de l’association des anciens combattants de la Résistance, laquelle réunit les Résistant e s de toutes appartenances et de toutes familles de pensée, et leurs Ami (e)s, c’est-à-dire celles et ceux qui n’ont pas connu la deuxième guerre mondiale, mais qui défendent et défendrons après eux, les justes causes pour lesquelles les Résistantes et les Résistants ont combattues.
Nos rangs sont ouverts à ceux qui estiment que la démocratie, la paix tout comme la république constituent un fragile équilibre qui peut être rompu sous la pression de forces hostiles dont sans cesse nous dénoncerons les dangers.
S’il est important d’honorer la mémoire de Gabriel Péri, Honore d’ESTIENNE d’Orves, et d ’Esther Poggio dans un même fervent hommage, il est urgent de se mobiliser contre les sinistres revenants du passé et de défendre sans faiblir notre attachement à la liberté, l’égalité et la fraternité pour lesquelles ces 3 héros toulonnais se sont sacrifiés.

Il y a 80 ans jour pour jour, Gabriel Péri était fusillé comme otage, par les occupants nazis avec la complicité de l’Etat français.
Il suivait dans la mort un autre résistant, méridional comme lui, le lieutenant de vaisseau Honoré d’Estienne d’Orves chef du 2eme bureau des forces navales françaises libres, abattu 7mois auparavant au Mont Valérien dans les mêmes conditions .

Gabriel Péri ce méditerranéen, né à Toulon le 9 février 1902 au 51 du Cours Lafayette de parents issus de la diaspora corse par son grand père et italienne par sa grand-mère maternelle . Journaliste surdoué, député d’Argenteuil, spécialiste des questions internationales, occupe une place importante dans la conception, la rédaction et l’évolution du journal l’HUMANITE.
On apprécie ses analyses sur les remaniements profonds d’après la guerre de 14 18 qui bouleversent les équilibres européens.
Il se voit confier des responsabilités importantes au sein du Parti communiste français, son Parti, et même si son indépendance de pensée ne fait pas toujours l’unanimité parmi les dirigeants, il influencera souvent la ligne politique du PC en matière de politique étrangère. Il l’incarnera même, au moment de la discussion parlementaire autour de la signature des accords de Munich en 1938 qu’il qualifiera de « Sedan diplomatique ».
Je le cite s’adressant à ses collègues parlementaires : « Vous venez d’accomplir quelque chose de grave, vous avez tué cet élément de la force des démocraties, La Confiance des peuples » mots forts à la forte résonance actuelle alors que depuis quelques années la défiance des peuples vis à vis des institutions et de leurs représentants va s’accroissant, et les livre désemparés, aux démagogues sans scrupules et aux populistes irresponsables.

Journaliste engagé, :il soutient la République espagnole assaillie par les troupes du Caudillo Franco, dénonce le fascisme mussolinien, condamne sans appel le nazisme hitlérien.
Il voit monter les périls en Europe, il met en garde ceux qui alimentent les conflits, les alliances douteuses, il suggère des solutions pour maintenir la Paix qui est au cœur de ses combats.
Antifasciste de la première heure, puissamment engagé dans la dénonciation de cette lèpre qui menace l’Europe, le 23 août 39 il sera la proie d’un véritable déchirement à l’annonce de la signature du pacte germano soviétique et l’invasion puis la partition de la Pologne qui s’en suivit.
Mais il était de cette sorte d’Homme pour qui idéal, détermination, ténacité et fidélité sont les piliers inébranlables de leur éthique personnelle. Son esprit d’abnégation fait qu’il ne se désolidarisera pas des dirigeants de son parti.
Malgré une santé fragile qui l’avait fait réformer à 18 ans, il se présente fin septembre 39 au bureau de recrutement comme engagé volontaire pour aller combattre avec les français appelé sous les drapeaux. Il sait, lui, le journaliste lucide que la guerre qui s’annonce n’est pas comparable à celle de 14/18 elle a une autre dimension, elle concerne les hommes et les femmes attachées aux libertés démocratiques et on ne peut renvoyer dos à dos les belligérants, c’est une guerre idéologique, elle porte dans ses flancs un mal redoutable qui se nomme le nazisme, idéologie criminelle désireuse de s’imposer au monde entier. Gabriel est pacifiste, mais ni aveugle, ni sourd, il veut lui, l’intellectuel, se battre physiquement, non pas contre le peuple allemand, mais contre le Reich Hitlérien. L’interdiction brutale de son parti lui impose la clandestinité.

Déchu de son mandat de Député le 21 janvier 40, il agit dans l’ombre comme éditorialiste de l’Humanité clandestine et est condamné par contumace à 5 ans de prison pour reconstitution de parti interdit.
Il sera un des rares dirigeants clandestins à être encore à Paris le 14 juin 40 quand les Allemands rentrent en vainqueurs dans la capitale.

Le 10 juillet 40 alors que les parlementaires votent les pleins pouvoirs à Pétain, Gabriel Péri, recherché depuis 39, allant de planque en planque, écrit les premiers textes antinazi de la presse clandestine et commence son ouvrage magnifique « le nazisme n’est pas le socialisme », cela lui coûtera la vie : les stylos sont des armes redoutables, les dictateurs sont sans pitié pour ceux qui les bravent avec des mots justes

Le jour même de la trahison des 569 parlementaires siégeant à Vichy, le lieutenant de vaisseau Honoré d’Estienne d’Orves qui fait partie de l’état major du vice –amiral Godefroy, quitte son navire « le Duquesne »à Alexandrie, et rallie la France-libre à Londres Ce descendant de la noblesse provençale, le Conte D’Estienne d’Orves, polytechnicien à 22ans, brillant officier de Marine, attaché depuis l’enfance à Toulon, ville dans laquelle il servira plus tard, désire poursuivre le combat. Son sens du devoir et sa loyauté vis-à-vis de la Marine Nationale et de ses chefs ne l’empêcheront pas de refuser l’obéissance à Vichy. IL atteindra l’Angleterre le 27 septembre 1940 à Londres pour se mettre sous les ordres du général de Gaulle et du glorieux lorrain, l’Amiral Muselier. Il retourne en France pour développer un réseau de renseignements. Trahi par un des siens, arrêté le 22 Janvier 41 il est condamné à mort par une cour martiale allemande le 23 mai, et sera fusillé le 29 août. Les lettres qu’il nous a laissées sont empreintes d’une bouleversante foi en Dieu qui lui a permis de toiser la mort sans frémir. Foi qui n’avait d’égale que son amour pour la France, sa famille et le peuple de France.
Une autre foi anime Gabriel Péri, mais tout aussi fervente, il croit au Progrès et au progrès social qui lui est attaché En mai 41,dénoncé, il est arrêté par la police française, interrogé en vue d’un procès qui n’aura jamais lieu, il sera finalement livré aux allemands et porté sur une liste d’otages.
Il est fusillé le 15 décembre après avoir refusé de signer une déclaration condamnant les actes de résistance de certains de ses camarades qui, des fin 40, avaient choisi la lutte armée . Fidèle à en mourir. C’est ce qu’il écrira avant d’être assassiné :
« Que mes amis sachent que je suis resté fidèle à l’idéal de ma vie, que mes compatriotes sachent que je vais mourir pour que vive la France »

Comme vous pouvez l’entendre, chers amis, nous ne pouvons absolument pas séparer dans nos mémoires et dans nos cœurs Gabriel et Honoré. Ils ont trop de points communs, le même âge, toulonnais tous les deux, l’un Gabriel par sa naissance, l’autre Honoré par son enfance et sa carrière ( en tant qu’officier il est immatriculé à TOULON.) Ils ont la même détermination patriotique, la même attitude de hauteur intransigeante face à la mort qu’ils ont rencontré au même endroit, la même année, tous deux, trahis par un des leurs.

Alors qu’en Europe, aujourd’hui en Paix, d’inquiétants bruits de bottes se font entendre, nous voyons ressurgir des idéologies mortifères, alimentées par le racisme, l’anti sémitisme et la xénophobie, alors que des groupuscules extrémistes aux méthodes violentes que nous croyions à jamais disparues tentent d’entraîner dans des aventures néo fascistes ou néo nazis des masses désorientées par la crise, la mondialisation, les progrès technologiques fulgurants, le chômage, la pauvreté et l’injustice sociale, nous avons, si nous voulons respecter la mémoire et l’engagement du toulonnais Péri et du provençal d’Estienne d’Orves, un devoir de vigilance à exercer sans faiblesse et à lutter contre toutes les résurgences de ces maux redoutables qui firent le malheur de nos parents et grands parents. Résolument Optimistes, nous savons qu’en France, en Europe, il existe des jeunes de cette trempe, prêts à affronter les défis complexes qui s’annoncent et à puiser dans l’esprit de l’internationalisme qui animait Péri la volonté de tendre la main à la jeunesse du monde entier et d’œuvrer en commun.

LOUIS Aragon a, pour l’éternité, rassemblé Gabriel et Honoré dans un poème en forme de bouquet : la fleur rouge de l’idéaliste socialiste, la fleur blanche du croyant patriote. Depuis quatre ans nous ajoutons à cette composition, le bleu de la lavande provençale en la personne d’Esther Poggio, femme résistante, revendeuse aux Halles de Toulon . C’est le 75eme anniversaire de son lâche assassinat. Cette toulonnaise issue de l’émigration italienne, ses parents étaient maraichers au Pont de Suve, membre du réseau Combat dans les Alpes maritimes, agent de liaison d’un groupe dirigé par un résistant monégasque, lieutenante FFI, raflée le 3juillet 44, abattue le 15 aout44, le jour du débarquement en Provence, avec 25 autres résistants dans un terrain vague sur les rives du Paillon. . Au jour d’hui dans sa ville, au cœur palpitant de Toulon, les halles qui portent fièrement son nom et où jadis elle travailla, sont réhabilitées, une véritable renaissance que nous espérions depuis très longtemps, un symbole fort, une preuve matérielle que la mémoire de la Résistance ne meurt pas et que ceux et celles qui l’ont incarné demeureront présents dans nos vies quotidiennes, dans l’esprit et le cœur de nos représentants.

Esther avait 22ans. Honoré et Gabriel 41.
3 origines différentes, 3 classes sociales , 3 destins, 3 parcours : le journaliste/ député de la République, l’officier de marine polytechnicien, la petite revendeuse , une seule exigence, la liberté, une seule force, le patriotisme servi par une admirable détermination
Un intellectuel athée, un noble, officier catholique, une représentante du petit peuple toulonnais, issue de l’immigration, mais une même aspiration à une FRANCE libre et indépendante.
Ils étaient jeunes, vivant dans une des périodes les plus sombres de notre histoire, dans un pays vaincu, déchiré, occupé, bombardé, nos concitoyens, affamés, traqués, tortures déportés, fusillés, et pourtant ils ignoraient le désespoir dont parait il, est affligée notre jeunesse européenne, ils croyaient malgré tout en leur avenir, à la libération de la France, à des jours meilleurs dans la paix retrouvée, aux lendemains qui chantent. Ils savaient que l’avenir ça ne se réclame pas , ça se construit et dans des circonstances graves, ...ça se construit ensemble !
Nous n’oublierons jamais Gabriel Péri, ni le Comte Honoré d’Estienne d’Orves pas plus que la revendeuse Esther Poggio. l’Esprit de Résistance qui les animait nous devons l’entretenir dans nos cœurs et dans nos consciences, il doit guider nos actions, nos engagements, comme nos refus ; il est intemporel !
A nous de veiller à ce que l’ Avenir de la France et de l’Europe qu’il faut construire, c’était le vœu de Péri, soient à la hauteur de l’espérance qui fit résister, c’est à dire vivre intensément, ces 3 français d’exception.

Vive Toulon et le Var, vive la République, vive la France


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