Jean-Charles Marchiani, “détenu méritant”, bénéficie d’une grâce présidentielle partielle


article de la rubrique justice - police > Jean-Charles Marchiani
date de publication : mercredi 24 décembre 2008
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La grâce présidentielle « partielle » dont l’ex-préfet « escroc » du Var vient de bénéficier lui permet de déposer une demande de libération conditionnelle.

La CGT-pénitentiaire avait dénoncé dès le 11 décembre « les critères de méritocratie du pouvoir » : « Quel acte de bravoure que de séjourner dans le quartier VIP de la prison de Paris-la-Santé ? » [1]

Jean-Charles Marchiani avait été condamné à trois ans et un an de prison ferme pour avoir perçu des commissions occultes dans des affaires d’attribution de marchés publics. Il était détenu à la prison de la Santé depuis le 12 mai 2008, après le rejet de ses pourvois par la cour de cassation. Il comparaît actuellement devant le tribunal correctionnel de Paris dans une affaire de vente d’armes présumée illicite vers l’Angola. Pour en savoir plus : Le roman de l’aventurier.

Un commentaire : En prison, destins croisés : Rouillan retrouve sa cellule, Marchiani la quitte. Normal….

[Première mise en ligne le 3 avril, dernière mise à jour le 24 décembre 2008]

Nicolas Sarkozy gracie partiellement Jean-Charles Marchiani

[AFP, 23 décembre 2008 16:40]

Le président Sarkozy a accordé une grâce partielle équivalant à 6 mois de remise de peine à l’ex-préfet du Var Jean-Charles Marchiani, condamné à 3 ans de prison, qui peut désormais demander une libération conditionnelle, a-t-on appris mardi auprès du parquet de Paris, confirmant une information de LCI.

Un décret présidentiel accordant une grâce de six mois à M. Marchiani, incarcéré depuis le 26 mai à la prison parisienne de la Santé, a été notifié mardi au parquet de Paris, a-t-on ajouté de même source.

Jean-Charles Marchiani, 65 ans, a été condamné, dans deux affaires de commissions occultes, à trois et un an d’emprisonnement ferme. Les deux peines, qui ont été confondues, sont devenues définitives après le rejet de ses pourvois par la Cour de cassation, le 19 mars.

La grâce présidentielle partielle équivaut à une remise de peine de 6 mois en faveur de M. Marchiani, qui avait déjà accompli 6 mois de détention provisoire. Sa peine doit s’achever le 6 octobre 2009, a précisé le parquet de Paris.

M. Marchiani peut néanmoins d’ores et déjà déposer une demande de libération conditionnelle, a-t-on ajouté.

Il figure parmi les 42 prévenus du procès de l’Angolagate, où il comparaît détenu depuis le 6 octobre.

"Peser le pour et le contre" sur la demande de grâce de M. Marchiani

par Pascale Robert-Diard, Le Monde du 26 avril 2008

Faut-il gracier le "soldat" Jean-Charles Marchiani ? A cette question posée, jeudi 24 avril, lors de son entretien télévisé, Nicolas Sarkozy a opposé une réponse prudente. "Il m’a été soumis un dossier, je suis en train de l’étudier, d’y réfléchir, de peser le pour et le contre et je ferai connaître la décision", a-t-il déclaré, en soulignant : "On me demande de rayer d’un trait de plume ce que la justice vient de décider, ce n’est pas rien ! Je ne suis quand même pas très enthousiaste sur l’idée du droit de grâce".

A quelques jours du vingtième anniversaire de la libération des otages français au Liban – Jean-Paul Kaufmann, Marcel Carton, Marcel Fontaine et, avant eux, Jean-Louis Normandin et Roger Auque – l’ancien préfet du Var joue son va-tout. En 2004, alors qu’il était détenu, M. Marchiani avait reçu le soutien public de Jean-Paul Kaufmann qui, dans nos colonnes, avait dénoncé "l’abandon en rase campagne" dont son libérateur était l’objet.

Après le rejet de son pourvoi en cassation, le 19 mars, les deux condamnations de M. Marchiani à trois ans et un an de prison ferme pour avoir perçu des commissions occultes dans des affaires d’attribution de marchés publics, sont devenues définitives. Son dossier a été transmis au parquet général de Paris qui étudie avec son avocat, Me Jacques Tremolet de Villers, les conditions de l’exécution de sa peine.

Le parquet général a indiqué que le placement en détention de M. Marchiani pourrait avoir lieu d’ici fin mai. Dans cette hypothèse, il comparaîtrait détenu au procès dit de l’"Angolagate", en septembre à Paris, dans lequel il est poursuivi, au côté de Charles Pasqua pour trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux.

Le peu d’enthousiasme manifesté par M. Sarkozy s’explique sans doute par le précédent de la mesure d’amnistie individuelle accordée en 2006 par Jacques Chirac à son ami Guy Drut, condamné dans l’affaire des marchés publics d’Ile-de-France et qui avait suscité de nombreuses protestations. Peut-être M. Sarkozy a-t-il en mémoire la phrase de M. Chirac, recueillie par Pierre Péan dans L’Inconnu de l’Elysée (Fayard, février 2007) à propos de la nomination de M. Marchiani comme préfet du Var : "Un grand tort dans ma vie".

"Dans toutes les histoires d’otages où il s’est attribué un rôle, c’était largement bidon", expliquait M. Chirac, ajoutant : "Marchiani réclamait sans cesse de l’argent –que je ne lui donnais pas. Pasqua, lui, voulait que je prélève sur les fonds spéciaux de Matignon".

Pascale Robert-Diard

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Marchiani , l’homme de l’ombre qui embarrasse Sarkozy

par Renaud Lecadre, Libération du 26 avril 2008

Agent secret. Jean-Charles Marchiani, 64 ans, natif d’un petit village corse voisin de celui de Charles Pasqua, a été un authentique agent secret. Du moins jusqu’en 1970, où il sera évincé du SDECE (ancêtre de la DGSE, Direction générale de la sécurité extérieure) en marge de l’affaire Markovic. Depuis, il cultive ses réseaux parallèles, un pied dans le public, l’autre dans le privé, la tête Dieu sait où mais toujours dans l’orbite de Pasqua. Ses comptes offshores ? Destinés selon lui à « défendre les intérêts et la sécurité de la France », en Afrique et dans les pays arabes, au nom d’une conception parfois toute particulière de la nation.

Ce petit jeu a pris fin en décembre 2005. Le tribunal correctionnel condamne alors l’électron libre à trois ans de prison, pour avoir perçu des commissions en marge de la vente de chars militaires au Moyen-Orient, et prononce son oraison funèbre : « Son appât du gain entretient sciemment, et en permanence, la confusion entre l’intérêt général et son intérêt privé. » Quelques semaines plus tard, il est encore condamné à un an de prison dans une autre affaire de commission occulte, perçue en marge d’un marché portant sur la sécurisation des bagages à Roissy.

Depuis, Marchiani a joué la montre, mis en avant son immunité de parlementaire européen sous l’étiquette RPF, sa stature d’ancien préfet, fait appel, s’est pourvu en cassation. Le 19 mars, la Cour de cassation a rejeté ses ultimes recours. Marchiani doit purger sa peine de prison. Le parquet, chargé de l’exécution des peines, fait savoir que son incarcération interviendra… « relativement rapidement ». Car tout est évidemment relatif, suspendu au fait du prince.

Guerre civile. Marchiani redoute par-dessus tout de devoir comparaître détenu lors du procès-fleuve de l’Angolagate, qui s’ouvrira en octobre pour une durée de six mois, susceptible de lui asséner le coup de pied de l’âne. Il est soupçonné d’avoir perçu des fonds à l’occasion de ventes d’armes en Angola au milieu des années 1990, en pleine guerre civile. La diplomatie française était alors officiellement neutre, mais Pasqua, ministre de l’Intérieur débordant du cadre de ses fonctions, avait une petite idée sur la question. Selon l’accusation, Marchiani aurait perçu des fonds en vue de faciliter la vente de matériel militaire post-soviétique.

Une note saisie dans les bureaux de l’intermédiaire fait état de virements à un surnommé « Robert » : « Nous avons avancé 450 000 dollars, ils en attendent encore un million. Nous croyons savoir que cet argent devrait être utilisé pour la campagne au parlement européen » de 1999, celle du RPF. Marchiani dément être le « Robert » en question, en contradiction avec plusieurs protagonistes. Un général angolais lui écrira ainsi cette lettre à la veille de la présidentielle de 1995 : « J’aimerais vous apporter encore une fois mon soutien dans ces élections et nous continuerons à faire de notre mieux pour que les bonnes personnes soient aux bonnes places. »

Interrogé en tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé a affirmé sur PV : « Je découvre en consultant ce dossier une sorte de diplomatie parallèle. » Et de dénoncer ces « initiatives personnelles qui n’engagent pas l’Etat et le pays ». Egalement poursuivi, Charles Pasqua s’est souvent contenté d’un : « Je ne souhaite pas répondre. » Dans une précédente affaire valant condamnation de Marchiani, Pasqua avait fini par concéder : « Ces agissements sont anormaux et inadmissibles. » [...]

Renaud Lecadre

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La cour de cassation rejette les pourvois de Jean-Charles Marchiani, qui devra aller en prison

[LEMONDE.FR avec AFP et Reuters, le 19 mars 2008]

La cour de cassation a rejeté, mercredi 19 mars, les pourvois formés par l’ancien préfet du Var Jean-Charles Marchiani, rendant définitive sa double condamnation à de la prison ferme pour avoir perçu des commissions occultes dans deux affaires d’attribution de marchés. L’ex-homme de confiance de Charles Pasqua ne disposant plus d’aucun recours judiciaire, il devrait logiquement être incarcéré et purger ses deux peines de un et trois ans d’emprisonnement.

Selon une porte-parole du parquet général, auquel il revient de mettre en application la peine, il faudra plusieurs semaines, voire plusieurs mois, en raison de diverses formalités administratives, pour que M. Marchiani soit incarcéré. Son avocat, Me Jacques Trémolet, a assuré que son client demanderait une grâce présidentielle. L’avocat a également indiqué que son client, actuellement préfet hors cadre au service du ministère de l’intérieur, ne se soustrairait pas à la décision de justice, sans préciser où il se trouvait.

COMPTES BANCAIRES DANS UNE DOUZAINE DE PAYS ÉTRANGERS

Ancien agent des services secrets, âgé de 64 ans, Jean-Charles Marchiani, qui a toujours contesté les faits qui lui sont reprochés, a été un homme de l’ombre du pouvoir dans les années 1980 et 1990, intervenant notamment dans les négociations pour la libération des otages français au Liban. Il a été l’homme de confiance de Charles Pasqua au ministère de l’intérieur (1986-1988 et 1993-1995), préfet du Var (1995-1997) et député européen (1999-2004).

Dans le premier dossier où il est condamné, M. Marchiani a été reconnu coupable d’avoir perçu l’équivalent de 1,25 million d’euros au milieu des années 1990, en monnayant son influence pour favoriser un contrat d’armement entre le groupe public français d’armement Giat Industries et la société allemande Renk. Dans le second dossier, il a été condamné pour avoir reçu, entre 1991 et 1994, 1,47 million d’euros de l’entreprise néerlandaise Vanderlande, pour une intervention en vue de l’attribution d’un marché d’Aéroports de Paris (ADP) pour un système de tri des bagages à l’aéroport de Roissy.

Jean-Charles Marchiani est visé dans plusieurs autres affaires, dont celle des ventes d’armes à l’Angola, en 1993. Selon les enquêtes, M. Marchiani disposait en 2004 de comptes bancaires dans une douzaine de pays étrangers, dont six en Suisse et crédités à eux seuls en décembre 2004 de 9,386 millions d’euros.

P.-S.

Pour des compléments, consulter le menu de gauche.

Notes


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