Draguignan : un gendarme abat un homme qui tentait de s’évader


article de la rubrique justice - police > Joseph Guerdner
date de publication : mercredi 28 mai 2008
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Le gendarme soupçonné d’avoir abattu, vendredi 23 mai, un homme qui fuyait durant sa garde à vue à Draguignan (Var) a été mis en examen dans la nuit de dimanche à lundi pour coups mortels.

Joseph Guerdner, un gitan sédentarisé à Brignoles (Var), a été touché par trois balles. "La cause de la mort est due à la trajectoire de la balle qui a traversé le thorax" a précisé le procureur de la République, à l’issue de l’autopsie.

L’émotion est grande au sein de la communauté des Gens du voyage.
Les obsèques de Joseph Guerdner se dérouleront à Brignoles, demain jeudi 29 mai à 15 h. Le Collectif des Gens du voyage appelle à une marche silencieuse à Draguignan, après les obsèques.

Dernière minute - Le gendarme a été remis en liberté mercredi soir (28 mai) et placé sous contrôle judiciaire par le juge de la détention et des libertés (JLD) du tribunal de Draguignan. Son incarcération provisoire, dimanche, avait provoqué la colère de collègues gendarmes.


Communiqué de presse du Collectif National des
Gens du Voyage

APPEL A UNE MARCHE SILENCIEUSE POUR JOSE

Le 27 mai 2008

Dans la soirée du 23 au 24 mai s’est produit un drame révoltant qui
touche l’ensemble de nos communautés. José est mort, tué par un gendarme alors qu’il tentait de s’enfuir menotté de la gendarmerie de Draguignan où il avait été amené et placé en garde à vue pour être entendu dans une enquête en cours.

Afin de démontrer notre solidarité à sa famille, mais aussi pour
exprimer notre indignation, les associations du Collectif National des
Gens du Voyage appellent à une marche silencieuse après les obsèques de Joseph Guerdner à Draguignan et dans le respect du recueillement de la famille.

Les suites de l’affaire, évoquée dans la presse et ailleurs depuis
samedi, laissent se développer une argumentation visant à justifier
l’usage sans discernement des armes à feu par les forces de l’ordre. Les
Gens du Voyage, harcelés au quotidien par la police ou la gendarmerie,
ont peur aujourd’hui que leurs enfants ne soient tués ailleurs.

Pour éviter que cela ne se reproduise, nos associations demandent au
gouvernement et aux parlementaires de prendre rapidement une initiative afin d’abolir les règles relatives à l’usage des armes à feu dans la gendarmerie qui datent du début du 20ème siècle et qu’elles deviennent identiques à celles qui sont imposées dans la police.

Nos associations espèrent fermement que l’enquête judiciaire engagée se déroulera sans pression et en toute indépendance afin que le gendarme responsable soit traduit, comme tout citoyen, devant un tribunal pour répondre des actes qu’il a commis.

Nos communautés et nos associations tentent depuis vendredi d’apaiser
les esprits, notamment celui des jeunes, afin que la situation n’empire
un peu partout. Elles regrettent cependant qu’une rencontre souhaitée
avec Mme Alliot-Marie n’ait pas eu lieu et auraient apprécié, au regard
de l’émotion qui a traversé notre pays, une réaction du Président de la
République auprès de la famille de José comme il a su le manifester dans
le passé pour d’autres drames.

Contacts

Fernand DELAGE (France Liberté Voyage) 06 31 45 24 92
Alice JANUEL (Association Nationale des Gens du Voyage Catholiques)
06 20 67 62 90
Mario BAUER (Latcho Drom) 06 28 68 35 74
Franck SICLER (ARTAG) 04 72 04 16 80
Emile SCHEITZ (Association Française des Gens du Voyage d’Ile de France) 06 77 42 85 16
José PUBIL (Les Gitans de France) 06 63 39 25 47 / 06 67 37 33 56

Le corps de José Guerdner rendu à la famille

par Lilian Renard, Var Matin, 28 mai 2008
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Joseph Guerdner, 27 ans, était père de trois enfants. (Ph. Var Matin)

Dans le camp du Vabre, sur la commune de Brignoles, le terrain où vivent la famille et les proches de Joseph Guerdner avait été soigneusement préparé depuis la veille. Devant une caravane aux portes closes, une discrète chapelle ardente était dressée, sous laquelle attendait un simple bouquet de fleurs, déposé sur une nappe blanche balayée par le vent.

Hier soir, pourtant, la dépouille du jeune gitan n’a pu être conduite en ce lieu de recueillement où l’attendaient de nombreuses personnes, gens du voyage venus de loin pour la veiller, parfois de l’Isère ou de la région parisienne.

En milieu d’après-midi, la plus proche famille du jeune homme - sa veuve, sous le choc, et leur avocate - s’était pourtant rendue à l’institut médico-légal de l’hôpital de La Timone, à Marseille, pour récupérer le corps et le transférer au Vabre.

Colère contenue

Mais, après de longues et pénibles tergiversations sur la manière dont serait restituée la dépouille du jeune homme, la justice a finalement refusé que Joseph Guerdner soit ramené parmi les siens. Son corps a donc été conduit à la maison funéraire de Brignoles, où il est arrivé vers 21 heures, portant encore des traces visibles des coups de feu mortels et de l’autopsie, les pompes funèbres n’ayant pas eu le temps de le préparer entièrement.

Dans la petite cour jouxtant le cimetière où le jeune homme devrait être inhumé demain, plus d’une soixantaine de personnes attendaient. Les hommes au visage fermé et aux mots rares, les femmes accablées de douleur, ont accueilli le fourgon mortuaire dans une ambiance de digne recueillement et de colère contenue.

« Si ce gendarme n’est pas sanctionné, il y aura encore des malheurs », redoutait un homme arrivé du Vaucluse pour veiller le défunt. « Lui, il a tué, mais finalement, il est tranquille », protestait un autre, « Mais comment vont vivre les trois enfants de Joseph. L’État devrait être responsable et s’engager à leur porter assistance. »

Toute la communauté des gens du voyage attendait donc hier, que « la justice [leur] prouve qu’elle est juste pour tout le monde. Les gitans méritent d’être traités dignement. » « S’il a voulu se faire un gitan, le tirer à vue, il faut que ça se sache » fustigent les membres de la communauté.

Tous ont donc désormais le regard qui porte vers la prochaine étape judiciaire, l’audience qui décidera, ou non, du placement en détention provisoire du gendarme. Sans le dire, les proches de Joseph Guerdner font aisément comprendre qu’ils prendraient pour une provocation sa mise en liberté.

Mais pour l’heure, toute la nuit, ils s’apprêtaient à veiller le défunt, entrant par petits groupes dans la maison funéraire. Ensuite, après les obsèques, une marche silencieuse et « d’indignation » devrait être organisée par un collectif d’associations des gens du voyage.

L. R.

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Draguignan : les gendarmes annulent leur manifestation prévue mercredi

AFP 27.05.08 | 19h47

Les gendarmes qui avaient appelé à manifester mercredi au Luc (Var) contre l’incarcération de leur collègue de Draguignan ont indiqué mardi à l’AFP qu’ils annulaient cet appel, après avoir rencontré le patron de la gendarmerie nationale.

"Le rassemblement est annulé. Nous avons été entendus", a déclaré l’un d’eux à l’AFP, après que le général Guy Parayre, directeur de la gendarmerie nationale, a fait dans l’après-midi le voyage de Paris au Luc (Var) pour tenter de dissuader les mécontentents d’y participer.

Le rassemblement, auquel 5 à 600 gendarmes étaient attendus, selon ses organisateurs, visait à manifester le soutien des gendarmes à leur collègue de Draguignan mis en examen et placé en détention provisoire après son implication dans la mort d’un homme qui s’évadait menotté, vendredi soir, de la gendarmerie où il était en garde à vue.

"Le père du gendarme mis en cause, lui-même ancien officier de gendarmerie, a appelé à ne pas manifester", a précisé un autre gendarme.

Interrogé par l’AFP, le général Parayre a reconnu que l’affaire avait suscité "émotion" et "incompréhension" chez les gendarmes : "il y a une certaine émotion parmi les gendarmes, ils m’ont fait part de cette émotion, de cette incompréhension face à certaines décisions", a-t-il indiqué.

Il a confirmé qu’il avait demandé aux mécontents de ne pas manifester. Tout en reconnaissant aux gendarmes "un droit d’expression", il a souligné que ce droit devait passer par la voie hiérarchique et administrative.

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L’affaire de Draguignan ravive la grogne des gendarmes

Le Monde du 28 mai 2008

Le gendarme varois qui, vendredi 23 mai, a abattu un homme alors qu’il s’enfuyait de la gendarmerie de Draguignan (Var), devrait être présenté, jeudi 29 mai, au juge des libertés et de la détention. Mis en examen pour "coups mortels" - et non pour "homicide volontaire" comme l’avait d’abord envisagé le parquet de Draguignan -, le militaire, placé en détention, a demandé un délai pour préparer l’audience.

Les résultats de l’autopsie détermineront d’ici là si les trois coups de feu qui ont atteint l’homme, retrouvé agonisant dans une cour d’école, ont bien été mortels.

Vendredi soir, le maréchal des logis âgé de 41 ans, dont vingt-deux ans de service, a tiré à sept reprises sur Joseph Guerdner, 27 ans, qui tentait de s’enfuir, menotté, alors qu’il était placé en garde à vue. Ce jeune gitan, père de trois enfants, résidant dans un campement proche de Brignoles, était sous contrôle judiciaire. Il a été interpellé dans le cadre d’une enquête sur l’agression et la séquestration d’un chauffeur routier. Sa mort a suscité la colère des gens du voyage, qui se sont rassemblés à plusieurs reprises à Draguignan.

D’un autre côté, une délégation de gendarmes mécontents a été reçue, lundi 26 mai, par le préfet du Var, Jacques Laisné. Ils ont déploré l’attitude de la justice qui a requis un mandat de dépôt contre leur collègue, mais aussi la réaction de Michèle Alliot-Marie. Selon eux, en demandant à l’autorité militaire de relever le gendarme de ses fonctions, la ministre de l’intérieur "l’a présenté comme coupable" à l’opinion publique. Dans les rangs de la gendarmerie, où les motifs de grogne s’accumulent depuis plusieurs mois, on estime que Mme Alliot-Marie est allée un peu vite : le passage de l’autorité de tutelle de la gendarmerie du ministère de la défense à celui de l’intérieur n’interviendra qu’au 1er janvier 2009...

"ABSOLUE NÉCESSITÉ"

"Le gendarme a expliqué qu’il s’est senti en situation de danger et qu’il était dans son devoir, a rapporté le procureur de la République Christian Girard, mais il n’a pas pris la bonne décision." Son "intime conviction était qu’il y avait absolue nécessité de faire usage de son arme", en raison de la proximité d’une école, plaide son avocat, Lionel Escoffier, qui devrait être rejoint, sur ce dossier, par Eric Dupont-Moretti.

C’est sur ce point que la justice devra trancher. L’usage des armes à feu par les gendarmes, différent de celui des policiers, est régi par un décret du 20 mai 1903. Celui-ci stipule qu’ils peuvent tirer notamment "lorsque les personnes invitées à s’arrêter par des appels répétés de "halte gendarmerie", faits à haute voix, cherchent à échapper à leur garde ou à leur investigation"... Or, la Cour de cassation, qui s’était penchée sur le cas d’un automobiliste, poursuivi et tué par un gendarme à moto, avait précisé, dans un arrêt du 18 février 2003, que cet usage devait se révéler "absolument nécessaire".

Isabelle Mandraud et Lilian Renard (à Toulon)

Les faits se sont produits vendredi soir. Joseph Guerdner, gardé à vue depuis jeudi dans une affaire de vol à main armée avec séquestration sur un chauffeur routier dépouillé de son chargement il y a quelques semaines, aurait été autorisé à fumer dans l’escalier de la gendarmerie, pendant une pause. La minuterie s’étant éteinte, il en a profité, bien que menotté, pour sauter par une fenêtre, à 4,60 mètres de hauteur. Le gendarme aurait alors fait les sommations et tiré sept coups de feu dans sa direction. Trois projectiles l’ont atteint, dont l’un a perforé le thorax. Il est rapidement décédé. Lors de ses premières auditions, le tireur a indiqué « qu’il s’est senti en situation de danger pour lui-même », selon le procureur. Puis « il a estimé qu’il était de son devoir de mettre fin à sa tentative d’évasion après lui avoir intimé l’ordre de s’arrêter » . « Il n’invoque pas la panique, assure le magistrat. Il pense qu’il a agi comme il devait le faire. » Un projectile est entré par le dos et est ressorti par la poitrine dans une trajectoire « pratiquement horizontale, avec un angle de 10 degrés » , rapporte le magistrat. Le tireur étant à 4 m de hauteur, cela implique que la victime était « semi-fléchie », soit presque couchée à terre.

Michel Henry, Libération du 26 mai 2008

Un gendarme tue un homme qui tentait de s’évader à Draguignan

LEMONDE.FR avec AFP 24.05.08 : 17h47

Michèle Alliot-Marie a demandé samedi 24 mai la suspension d’un gendarme qui a tué vendredi soir un homme qui tentait de s’évader de la compagnie de gendarmerie de Draguignan (Var). La ministre de l’intérieur a aussi appelé à "une enquête interne de la gendarmerie", "sans délai, afin de faire toute la lumière sur les circonstances de cette affaire".

Selon le procureur de la République de Draguignan, Christian Girard, "l’homme interpellé a profité du fait que la lumière de l’escalier s’est éteinte pour sauter par une petite fenêtre. Le gendarme a fait les sommations et a tiré sept coups de feu dans sa direction. Trois projectiles l’ont atteint, dont l’un perforant dans le thorax". Joseph Guerdner, selon le nom et l’orthographe qui figure dans la procédure, est parvenu malgré ses menottes et ses blessures à sauter un grillage donnant sur une propriété voisine et à grimper dans un arbre, d’où il est ensuite tombé. Ainsi retrouvé, l’homme de 27 ans est décédé peu après, en dépit des secours, a indiqué le représentant du parquet.

"Homicide volontaire"

La victime, sans profession et appartenant à la communauté des gens du voyage, vivait dans un campement à Brignoles. Il avait trois enfants âgés de 10 mois, 3 et 7 ans, a précisé sa soeur aînée, Mauricette Cshatz, ajoutant qu’il "avait fait pas mal de bêtises dans le passé" mais était sous contrôle judiciaire et en voie de réinsertion. Son nom était apparu dans un dossier récent concernant l’agression et la séquestration d’un chauffeur routier. Après trois interpellations, les gendarmes de la section de recherche de Marseille étaient sur sa piste. Ils avaient profité de son pointage pour un contrôle judiciaire à la gendarmerie de Brignoles pour l’interpeller puis le transférer à Draguignan.

Le gendarme, un officier de police judiciaire, maréchal des logis-chef de la brigade de recherche de Draguignan, a été placé en garde-à-vue. "On s’achemine vers une ouverture d’information judiciaire du chef d’homicide volontaire et j’ai demandé au président du tribunal de grande instance de désigner un magistrat autre que celui qui instruisait l’affaire dans laquelle la victime était impliquée", a affirmé le procureur. Pour ce dernier, qui a saisi l’inspection technique de la gendarmerie, la question qui se pose désormais est de savoir si les coups de feu procédaient d’une intention de tuer. Le magistrat a également précisé qu’il souhaitait savoir "si l’utilisation de l’arme s’était effectuée dans le respect de la réglementation spécifique aux gendarmes". Alors que pour la police, l’utilisation ne peut se faire qu’en état de légitime défense, "les textes de la gendarmerie sont plus complexes, parce que les gendarmes sont des militaires qui ont le droit de faire usage de leurs armes dans certaines circonstances, notamment dans le cadre d’évasions", a souligné M. Girard.

Le général Georges Chariglione, commandant la région de gendarmerie PACA et le préfet du Var, Jacques Laisné, étaient attendus sur place. Une quarantaine de proches et de membres de la famille de la victime se sont rassemblés devant la gendarmerie de Draguignan, protégée par des forces de l’ordre en tenue anti-émeutes.


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