vidéoprotection : quelle efficacité ? ... au doigt mouillé, ça marche


article de la rubrique Big Brother > vidéosurveillance
date de publication : mercredi 20 avril 2016
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Ci-dessous, la reprise d’une interview, publiée le 11 avril 2016, par le quotidien La République de Seine et Marne, d’une l’adjudante-chef de gendarmerie, « référente sûreté en prévention technique de la malveillance et vidéoprotection ». Nous la faisons suivre d’un commentaire de la section de Nice de la LDH.


Vidéoprotection : 4 questions à Isabelle Roitel, adjudante-chef référente sûreté en prévention technique de la malveillance et vidéoprotection pour la gendarmerie de Seine-et-Marne

par Nicolas FILLON, La République de Seine et Marne, le 11/04/2016


  • Comment expliquez que la vidéoprotection soit fortement demandée désormais en zone rurale ?

Pour les élus, la vidéoprotection est un moyen de lutter contre la délinquance de voie publique. Certes, de l’extérieur, on peut avoir l’impression qu’elle est moins présente en zone rurale. Mais rapportée à la densité de population, lorsque par exemple une dizaine de faits, même sur une seule année, se produit à l’intérieur d’une commune de 300 habitants, l’impact quant au sentiment d’insécurité est important. Notamment en zone rurale, où nous luttons en grande majorité contre le cambriolage, un type de délit difficilement vécu par les habitants qui parfois le ressentent comme un viol de leur intimité. Il ne faut pas non plus négliger la crainte de ces communes rurales de voir la délinquance, échaudée par les zones urbaines où la vidéoprotection est bien installée, migrer vers les villages. D’autant plus que le réseau routier, assez dense et offrant un bon maillage des territoires, peut permettre aux délinquants de passer rapidement d’un département à un autre en transitant notamment par les zones rurales.

  • Comment sont choisis les endroits où sont implantées les caméras en zone rurale ?

Dans un premier temps, ce sont les élus qui nous sollicitent en amont pour que nous puissions leur apporter notre expertise. L’implantation des caméras se fait en fonction des configurations et problématiques des villes et villages sur lesquels nous sommes amenés à nous prononcer afin d’établir le besoin en vidéprotection, par le biais d’une étude réalisée en lien avec nos collègues de la brigade territoriale. Tout dépend du type de délinquance, et des zones les plus impactées de la commune, comme un quartier qui sera plus en proie aux cambriolages, un parking davantage sujet aux vols de véhicules, et des bâtiments publics plus exposés aux dégradations. Cela nous permet de définir les emplacements les plus stratégiques et d’anticiper le type de matériel qui sera utilisé : caméra fixe ou mobile, grand angle ou restreint, capable de visualiser une plaque d’immatriculation ou de reconnaître un visage… L’éventail est large, sachant que nous exposons également aux élus les contraintes législatives et réglementaires liées à l’installation de la vidéoprotection.

  • Comment se déroule la saisie d’images dans le cadre d’une enquête ?

En zone gendarmerie, c’est un officier de police judiciaire qui va remettre une réquisition au responsable du dispositif de vidéoprotection, en général un élu qui désigne trois ou quatre personnes de son équipe qui sont les seules habilitées à accéder aux enregistrements. De là, les images seront exportées sur un support numérique, un DVD ou une clé USB, placé sous scellé et joint à la procédure judiciaire.

  • Quel est l’impact de la vidéoprotection sur la délinquance de voie publique ?

Pour les quelques communes de zone gendarmerie qui ont installé la vidéoprotection de manière réfléchie et pertinente, et depuis suffisamment longtemps pour qu’émerge un retour d’expérience solide, une baisse de la délinquance quasi immédiate et durable est ressentie. L’effet est d’abord dissuasif auprès des délinquants au cours des premiers mois. Mais dès lors que des enquêtes s’élucident grâce à la vidéoprotection, et que ça se sait par le biais des médias ou autres, la délinquance se déplace et évite de se rendre sur les communes vidéoprotégée. Je n’ai pas de chiffres précis, mais généralement, on ressent une baisse pérenne de 30 à 40 % de la délinquance de voie publique dans les communes de zone rurale où les dispositifs de vidéoprotection ont été installés de façon pertinente et performante.

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Commentaires de la section de Nice de la LDH [1]

Les réponses faites au journaliste sont particulièrement symptomatiques de la façon dont les laudateurs de la vidéosurveillance en vantent les mérites.

Il n’est nullement question de données statistiques établies par un organisme indépendant travaillant avec des chercheurs compétents, mais d’un « ressenti » (répété deux fois dans le même paragraphe) éminemment subjectif. D’ailleurs, avoue l’adjudante « je n’ai pas de chiffres précis » ce qui ne l’empêche nullement de se contredire grossièrement en annonçant « une baisse pérenne de 30 à 40 ».

Dans le domaine de la vidéosurveillance, la technique des statistiques pro domo établies « au doigt mouillé » a encore de beaux jours devant elle.

Notes


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