suicide d’une gendarme : la famille dépose plainte


article de la rubrique justice - police > police
date de publication : mercredi 20 juin 2012
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Qui a tué Myriam Sakhri, cette gendarme franco-algérienne retrouvée morte dans son domicile de fonction proche de Lyon ? Cette jeune femme
de 32 ans, aimable et souriante, mais aussi compétente et consciencieuse, a été découverte un matin avec une balle dans la poitrine. Sur le sol, les enquêteurs ont saisi un bout de papier dans lequel elle met en cause son supérieur hiérarchique l Qui a donc mis fin aux jours de Myriam ? Qui est derrière sa mort soudaine et incompréhensible ?


Suicide d’une femme gendarme à Lyon.
Sa famille dépose plainte pour meurtre et « harcèlement moral »

20minutes.fr avec AFP, le 13 juin 2012


La famille d’une femme gendarme de 32 ans qui s’est suicidée le 24 septembre 2011 dans son appartement de la caserne de Lyon, selon l’enquête conduite par le parquet, a déposé plainte contre X pour « homicide volontaire » et « harcèlement moral », a indiqué ce mercredi son avocat.

Cette plainte avec constitution de partie civile, qui fait suite à une plainte simple déposée fin octobre, entraîne la désignation d’un juge d’instruction qui peut choisir de mener l’enquête, de « refuser d’informer », de se déclarer incompétent ou de juger la plainte irrecevable.

La thèse du suicide, « hâtivement avancée »

La famille de Myriam Sakhri, retrouvée morte avec son arme de service à proximité, « souhaite qu’une information judiciaire vienne définitivement élucider les circonstances précises » de ce décès, explique dans son texte David Metaxas. Les proches de la jeune femme estiment en effet que la thèse du suicide, « hâtivement avancée », reste « difficilement explicable » au vu de la personnalité de la fonctionnaire, et rappellent qu’elle intervient dans un contexte professionnel « pour le moins particulier ».

A l’appui du chef « d’homicide volontaire » qu’il propose, Me Metaxas s’étonne « qu’aucun témoin ne se soit manifesté » alors que le coup de feu mortel a été tiré dans la caserne, et insiste surtout sur le « tempérament affirmé, combatif et déterminé » de la jeune femme.

Des « actes répétés d’intimidation, d’injures à connotation raciste »

Selon une source judiciaire, l’enquête a révélé que les appartements mitoyens étaient vides lors du décès, survenu dans la nuit de vendredi à samedi. Et d’après les sonomètres posés chez les voisins pendant la reconstitution, « un tir à bout touchant » était moins audible qu’une porte claquée.

Par ailleurs, Myriam Sakhri a été retrouvée avec un « taux d’alcoolémie élevée », a appelé son avocat de l’époque dans la nuit pour lui dire qu’elle allait très mal, et a laissé un mot visant un de ses responsables, « Merci à G... le connard », a précisé la même source. Mais l’essentiel de la plainte est consacrée aux accusations de « harcèlement moral », évoquant des « actes répétés d’intimidation, d’injures à connotation raciste souvent », dont la dénonciation se serait heurtée à l’inertie de la hiérarchie, selon Me Metaxas.

« Sa souffrance morale qui résultait de son travail »

« Ainsi, il a été reproché à Myriam Sakhri de dénoncer les attitudes ouvertement racistes de ses collègues, affectés comme elle au centre d’appels, à l’encontre d’administrés », explique l’avocat, rappelant que sa cliente avait été placée en arrêt maladie « en conséquence des agissements subis ».

Peu après le décès, l’Association de défense des droits des militaires (Adefdromil), qui revendique 1.500 adhérents, avait révélé que Myriam Sakhri l’avait contactée à deux reprises « pour lui faire part de sa souffrance morale qui résultait de son travail ». Selon la source judiciaire, la fonctionnaire faisait par ailleurs l’objet de deux procédures : l’une pour usage frauduleux de fichiers après avoir renseigné une amie de sa mère sans nouvelles de sa fille, et l’autre pour « abus d’autorité » après avoir brièvement placé en garde à vue une adolescente sans en avoir le droit.

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Sa famille rejette la thèse du suicide.
Qui a tué la gendarme franco-algérienne Myriam Sakhri ?

par Yacine Farah et Walid Mebarek, El Watan, le 19 juin 2012


Si l’Etat français, avec ses services de gendarmerie, n’arrive toujours pas à répondre à toutes ces questions d’une manière convaincante, l’affaire, quant à elle, chauffe de plus en plus sur le réseau Twitter. Dans le reportage d’investigation qui a été consacré à cette affaire par une chaîne de télévision française, la famille de Myriam Sakhri ainsi que ses amis et certains de ses collègues disent ne pas croire du tout à la thèse du suicide. Interrogé dans le reportage, un gendarme, qui était dans la même unité que
Myriam, a avoué, de façon anonyme, que la défunte vivait « un mal-être au niveau de l’unité où elle travaillait », estimant au passage qu’elle était victime « de harcèlement moral et de discrimination raciale ».

Gendarme modèle, belle et intelligente, l’objectif de Myriam, une fois en fonction, était, selon sa sœur Fatima, de faire de la prévention et non pas de la répression. Serviable, dynamique, elle a reçu des félicitations de la part de sa hiérarchie, notamment pour avoir sauvé un homme blessé lors d’une bagarre.

Faire éclater la vérité

Mais la vie de cette jeune fille a soudainement basculé lorsqu’elle a été mutée à la caserne Delfosse, à Lyon, où elle y travaille comme opératrice dans un central téléphonique de la gendarmerie. C’est dans ce service qu’elle découvre le racisme au quotidien. Comme, par exemple, des gendarmes qui traitent les usagers d’origine étrangère qui appellent pour avoir un renseignement de « bougnoules », de « boukak », de « youpin », ou lorsqu’ils leur raccrochent au nez en leur demandant de rappeler une fois qu’ils auront appris à parler convenablement le français.

Dégoûtée par ce genre de comportements, Myriam décide alors d’adresser une lettre à son supérieur en vue d’attirer son attention sur ces dérapages verbaux. Elle donne même les noms de trois collègues qu’elle accuse de racisme. Malgré cette lettre, rien ne change. Pis encore, son supérieur refuse de la recevoir et les pressions à son égard montent, au point qu’elle devient la cible de ces gendarmes racistes qui ont juré de lui pourrir la vie.

Justice à géométrie variable

Venue de Paris pour enquêter, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), a conclu, elle aussi, à un suicide. Or, pour sa famille, c’est tout sauf un suicide. Sa sœur Nadhira, qu’El Watan a contactée par email, a estimé que d’une manière ou d’une autre, Myriam a été « éradiquée » parce qu’elle dénonçait des faits honteux qui se produisaient dans les locaux de la gendarmerie de Delfosse de Lyon. « Nous avons la preuve irréfutable que ce qu’elle disait était vrai et ceux qu’elle mettait en cause avaient réellement commis des fautes inqualifiables à son encontre, ainsi que vers d’autres personnes, notamment les gens qui appelaient les secours en composant le 17 », a écrit Nadhira dans son message destiné à El Watan.

Close, l’affaire a été rouverte par le procureur de la République lorsque la famille de Myriam a découvert une deuxième douille percutée dans son appartement. Mais, encore une fois, c’est la gendarmerie qui se charge de l’enquête. Une flagrante contradiction qu’a relevée David Metaxas, le nouvel avocat de la famille Sakhri qui s’est demandé, assez justement, comment l’enquête peut-elle être menée par l’autorité de la gendarmerie alors que ce sont les gendarmes qui sont mis en cause.
Organiquement, selon cet avocat, il y a un gros problème. Mais la famille ne désespère pas de connaître la vérité. Elle veut que les honneurs soient rendus à Myriam et que justice soit faite pour qu’elle puisse faire le deuil.

Ce n’est pas la première fois que des enquêtes sur les discriminations ou relatives à la mort de Français d’origine étrangère soient classées sans suite. L’affaire de Sihem Souid, policière d’origine tunisienne, qui a dénoncé, dans un livre intitulé Omerta dans la police, le racisme ordinaire dont elle fut victime lorsqu’elle était policière à Orly est encore fraîche dans la mémoire. Ou Ali Ziri, cet Algérien interpellé par la police en juin 2009 à Argenteuil puis décédé à la suite des coups que la police lui auraient portés. Autant d’interrogations qui montrent qu’au pays des droits de l’homme, la démocratie et la justice peuvent aussi être des notions ethniquement variables.

Lutte contre les discriminations : des associations montent au créneau

Plusieurs dizaines d’associations et de personnalités ont demandé vendredi la création d’un ministère de l’Egalité des droits et de la Lutte contre les discriminations, dans un communiqué commun adressé au gouvernement.« Quelques semaines après l’élection de François Hollande à la présidence de la République, un espoir est né : celui d’une France qui reprendrait ce chemin vers l’égalité interrompu par cinq années de stigmatisations haineuses », soulignent plusieurs dizaines d’associations nationales et locales, dont le CCFD-Terre Solidaire, France Liberté, Ni Putes Ni Soumises, le Mrap ou SOS Racisme qui avaient réclamé ce ministère dès la nomination du gouvernement. « Mais pour que ce rêve français puisse se réaliser, une condition sine qua non doit être remplie, celle de l’existence d’une politique publique de promotion de l’égalité et de la lutte contre les discriminations », insistent les signataires.

Yacine Farah, Walid Mebarek



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