stop à la répression !


article communiqué de la LDH  de la rubrique justice - police > violences policières
date de publication : mardi 3 mai 2016
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Les manifestations contre la loi travail se poursuivent, donnant lieu à des incidents souvent violents impliquant les forces de police. Olivier Fillieule, professeur à l’université de Lausanne et auteur de Police et manifestants (Presses de Sciences Po, 2006), déclare au Monde.fr que « la recherche délibérée d’un pourrissement de la situation est très difficilement contestable », et semble être « une stratégie délibérée de l’autorité civile »
 [1].

Un syndicat de policiers dénonce cette politique en publiant une affiche montrant une flaque de sang dans laquelle marchent des policiers.
Dans un communiqué repris ci-dessous, la LDH demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire.


Communiqué LDH

Paris, le 3 mai 2016

Violences policières : la LDH demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire

Depuis plusieurs semaines, un peu partout en France, les manifestations contre la loi travail ou les initiatives prises dans le cadre du mouvement « Nuit debout » donnent lieu à des incidents souvent violents impliquant les forces de police, dans une escalade de la violence.

Quel que soit le contexte, quelquefois marqué par la présence de groupes cherchant l’affrontement, rien ne saurait justifier les débordements auxquels se livrent régulièrement les forces de l’ordre en faisant un usage disproportionné de la force vis-à-vis de citoyens, souvent jeunes, qui manifestent pacifiquement leur opposition au projet de loi travail ou qui se réunissent pour échanger, discuter, imaginer d’autres façons de préparer l’avenir.

De nombreux témoignages, de multiples vidéos qui montrent de façon répétée des coups portés à des personnes déjà entravées interrogent sur les objectifs des stratégies mises en place par les instances de commandement de fonctionnaires de police qui n’hésitent pas, par ailleurs, à utiliser des balles de défense, arme qui a fait perdre un œil à un jeune manifestant de Rennes.

La LDH rappelle aux responsables de police et aux fonctionnaires sur le terrain que l’article R.434-17 du Code de la sécurité intérieure dispose que « Toute personne appréhendée est placée sous la protection des policiers ou des gendarmes et préservée de toute forme de violence ou de tout traitement inhumain ou dégradant ». Face à la gravité avérée des faits, elle demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire afin que toute la lumière soit faite sur des événements qui, y compris chez les policiers et les gendarmes, ont déjà fait plusieurs victimes et qui ont entraîné par ailleurs des peines de prison ferme.

Dans un contexte de montées de tensions sociales aussi fortes que préoccupantes, le droit de manifester pacifiquement et contester collectivement ce qu’on estime injuste, le droit de se réunir dans l’espace public constituent des libertés fondamentales. Les exercer est un acte de citoyenneté.

Il appartient aux pouvoirs publics de les garantir. Il nous appartient de les défendre : nous n’y manquerons pas.

Violences policières : "On ne peut pas tout mettre sur le dos des casseurs", dénonce la CGT

par Marie-Pierre Haddad, rtl.fr, publié le 3 mai 2016


Une mare de sang et des policiers en rang. La CGT a publié, dimanche 1er mai, une nouvelle affiche afin de dénoncer les violences policières et la répression faite par les forces de l’ordre lors des manifestations contre la loi Travail. Cette affiche est dans la continuité d’une autre publiée en avril dernier. Sur des pavés en sang, une matraque était posée par terre avec un insigne de policier. Le message suivant y était écrit : "La police doit protéger les citoyens et non les frapper ! Stop à la violence". Dans une lettre ouverte adressée à Philippe Martinez, Bernard Cazeneuve estimait que l’affiche mettait "gravement en cause la police nationale".

Cette seconde affiche n’échappe pas à la polémique. Mais cette fois­-ci le message est différent, se défend l’association. Le but n’est pas de "dénoncer des actes de brutalité, comme la première affiche, mais la répression. Il s’agit d’une situation surréaliste où les forces de l’ordre agissent sur des consignes politiques, en empêchant les manifestants d’aller au bout de leur parcours", explique Romain Altmann, secrétaire général d’Info’com CGT, contacté par RTL.fr.

Une répression "généralisée" des manifestants

Les violences et les affrontements provoqués lors des rassemblements à la place de la République ou à Nation à Paris par des casseurs ne sont pas dans le même registre que ce que dénonce le syndicat. "Que les policiers agissent pour le maintien de l’ordre, c’est une chose mais gazer et taper des manifestants, ce n’est pas pareil. Les casseurs restent des actes isolés, contrairement à la répression généralisée. Les moyens employés par la police sont disproportionnés et il faut se poser la question de savoir en quoi la menace est telle, qu’elle nécessite d’avoir recours à des armes (…) On ne peut pas tout mettre sur le dos des casseurs", explique­-t-­il.

L’affiche est mal perçue par le syndicat de police Synergie­Officiers qui se dit "scandalisé" : "Il est désormais clair que la CGT rejoint les camps de casseurs et du totalitarisme de la rue". À l’antenne de RTL, le préfet de police de Paris, Michel Cadot, rappelle que lors des manifestations, "l’objectif de la préfecture de police est de permettre le déroulement normal de ces rassemblements, dans des conditions de sécurité". Si ces casseurs sont à nouveau présents, "notre responsabilité est de les isoler et les encercler, afin qu’ils ne perturbent pas la progression d’un cortège", ajoute­-t-­il.

Les organisateurs ont également la responsabilité de structurer un service d’ordre et de consulter la préfecture de police", pour que tout puisse bien s’articuler. Il poursuit en expliquant que "les policiers sont fatigués", face à ces actes de violence répétés chaque jour. Ces derniers "fatiguent et consomment inutilement les forces de police".

Des forces de l’ordre omniprésentes ?

Mais selon [Romain Altmann], secrétaire général d’Info’com CGT, "on n’est pas anti­policiers. Notre affiche dit ’Stop à la répression’. En aucun cas, nous incitons à la haine. Cependant, on incite les syndicats à avoir une autocritique de leur profession et à remettre en cause les abus". Et le syndicat assure que cette nouvelle affiche est le reflet de "commentaires qui ne sont pas déconnectés de la réalité que l’on voit. Romain Altmann collecte de nombreux témoignages envoyés "par des parents qui décrivent les violences dont ont été victimes leurs enfants".

La CGT a d’ailleurs lancé une pétition pour dénoncer ces violences qui a recueilli environ 5.000 signatures. Et si la tension entre les
policiers et les manifestants est à son paroxysme c’est à cause de "l’omniprésence des forces de l’ordre qui ne fait qu’attiser les tensions. Il
y a une volonté d’aller au contact. En règle générale, les policiers sont présents mais à distance", indique Romain Altman.

Notes

[1Référence « Images de violences policières en ligne : le vrai du faux », LeMonde.fr le 3 mal 2016.


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