stabilité de la délinquance et baisse du sentiment d’insécurité en Ile de France


article de la rubrique justice - police > le tout-sécuritaire
date de publication : lundi 31 août 2009
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Depuis 2001, la région Ile-de-France finance tous les deux ans une enquête visant à mesurer le sentiment d’insécurité et les atteintes dont les Franciliens sont victimes. Cette enquête de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France complète les statistiques officielles de la délinquance enregistrée par les services de police et de gendarmerie nationale. Les premiers résultats de l’enquête 2009
ayant été publiés au début de l’été, on dispose désormais d’une série 2001-2009, que l’on peut comparer aux statistiques de police.

A en croire ces dernières, les atteintes aux personnes auraient fortement augmenté entre 2001 et 2008 : + 25 % en Ile-de-France. Mais les enquêtes de victimation de l’IAURIF démentent cette évolution : la proportion de Franciliens déclarant avoir été victimes d’une agression de tout type est restée stable de 2001 à 2009.

Un autre résultat marquant de cette enquête : la préoccupation principale des Franciliens concerne le chômage et la pauvreté, loin devant la délinquance : 41 % des personnes interrogées souhaitent que l’État lutte prioritairement contre le chômage et près de 40 % contre la pauvreté, alors qu’ils ne sont que 12,6 % à citer la délinquance. En 2001, ils étaient 39,2 % à mettre la lutte contre la délinquance en tête des priorités assignées au gouvernement.


L’augmentation des violences interpersonnelles est infirmée par les enquêtes de victimation

par Laurent Mucchielli (CNRS, CESDIP)


La quasi totalité des commentateurs du débat public (personnel politique, journalistes,
essayistes divers) continuent année après année à appeler « statistiques de la délinquance » les
statistiques de police et de gendarmerie. Ces dernières sont pourtant le résultat de
l’enregistrement (d’une partie) de l’activité des forces de l’ordre et non une enquête sur la
délinquance et ses victimes. Pour mesurer la réalité, il est aujourd’hui évident qu’il faut se
tourner vers les enquêtes de victimation qui interrogent directement les citoyens sur ce dont
ils ont pu être victimes, qu’ils aient ou non porté plainte.

Depuis 2001, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la Région d’Île-de-France (IAURIF)
réalise tous les deux ans la plus importante enquête de victimation en France. Portant sur la
seule région francilienne, elle dispose en effet d’un échantillon représentatif de 10 500
ménages interrogés. De surcroît, son questionnaire et son mode de recueil n’ont pas changé au
fil des ans. Elle fournit ainsi des connaissances plus fines que n’importe quelle autre enquête
de ce type. Les premiers résultats de l’enquête 2009 ayant été publiés au début de l’été, on dispose désormais d’une série 2001-2009, que l’on peut comparer avec les statistiques de police.

Les enquêtes démentent les statistiques de police

A en croire les statistiques de police, les atteintes aux personnes ont fortement augmenté entre
2001 et 2008 : + 25 % en Ile-de-France. La tendance et les proportions sont nationales. Or les
enquêtes de victimation de l’IAURIF démentent cette évolution. Comme on peut le voir sur le
tableau ci-dessous, la proportion de franciliens déclarant avoir été victimes d’une agression de
tout type est ainsi passée de 6,7 % en 2001 à 6,4 % en 2009 (ce qui constitue une différence
non significative au plan statistique). Et cette stabilité parfaite se retrouve sur tous les types de
violences physiques ou verbales.

Tableau : proportion de personnes déclarant avoir été victime dans les trois années précédent l’enquête (en %)

Source : IAURIF, enquête « Victimation et sentiment d’insécurité en Île-de-France » 2001 et 2009

Comment expliquer cette divergence entre les enquêtes et les données administratives, et
quelles leçons en tirer ? Retenons au moins deux idées générales :

  • La première est que les statistiques de police ne sont définitivement pas le meilleur
    outil de mesure de l’évolution de la délinquance, n’en déplaise aux politiques qui ont
    basé toute leur communication dessus (du moins quand ça les arrange).
  • La seconde est que l’augmentation des plaintes pour des faits de violence n’est pas la
    conséquence d’une augmentation des comportements violents. Elle relève d’autres
    explications et invite à réfléchir sur les processus de judiciarisation qui traversent
    notre société.
Laurent Mucchielli


Le sentiment d’insécurité est une notion complexe, que les enquêtes de victimation évaluent à l’aide de deux types d’indicateurs :

  • la préoccupation envers les problèmes de délinquance, appelée préoccupation
    « sécurité »,
  • les peurs personnelles en différents lieux, plus dépendantes de facteurs
    environnementaux, individuels ou encore du risque réel d’être victime.

Chômage et pauvreté : une préoccupation grandissante [1]

Depuis 2003, la délinquance n’est plus la principale préoccupation des Franciliens. Après
avoir été relayée au deuxième rang des priorités d’actions assignées au gouvernement par
les enquêtés en 2003, puis au troisième rang à partir de 2005, elle ne concerne plus que
12,6 % d’entre eux en 2009. Ils étaient 39,2 % à la mettre en tête en 2001.

Dans un contexte social de plus en plus difficile marqué par la crise économique, l’enquête
de 2009 montre que le désintérêt des Franciliens pour les questions de sécurité s’est
encore accentué au profit d’une insécurité « sociale » grandissante :

  • le chômage reste la principale préoccupation des enquêtés, cité par 40,9 %
    d’entre eux (+3 points par rapport à 2007),
  • la pauvreté arrive juste derrière, inquiétant 39,8 % des enquêtés (+6,9 points par
    rapport à 2007).

Répartition des enquêtés selon la priorité d’action qu’ils assignent au gouvernement (principale préoccupation).

P.-S.

Pour aller plus loin, des sites Internet :

et des articles scientifiques :

  • Mucchielli L. (2008), « Une société plus violente ? Analyse socio-historique des violences
    interpersonnelles en France, des années 1970 à nos jours », Déviance et société, 32 (2), p.
    115-147.
  • Robert Ph., Zauberman R., Nevanen S., Didier E. (2009), « L’acteur et la mesure. Le
    comptage de la délinquance entre données administratives et enquêtes », Revue Française
    de Sociologie, 50 (1), p. 31-62.

Notes

[1Extrait de la page 7 du rapport de l’IAURIF.


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