solidarité avec les chrétiens d’Irak


article communiqué de la LDH  de la rubrique international
date de publication : lundi 28 juillet 2014
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Les centaines de familles chrétiennes qui habitaient encore à Mossoul, dans le Nord de l’Irak, tombée le 10 juin aux mains de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), ont été poussées à partir jeudi 17 juillet, en une poignée d’heures. Il leur était demandé de se convertir, payer l’impôt et se soumettre à la loi du califat, ou partir sous peine de passer par le fil de l’épée. Poussés par la peur des djihadistes, beaucoup se sont réfugiés dans la zone autonome du Kurdistan.

[Mis en ligne le 28 juillet 2014, mis à jour le 1er août]



Communiqué LDH

Solidarité avec les chrétiens d’Irak

Le sort réservé aux chrétiens d’Irak appelle notre totale solidarité car il constitue une violation d’un des droits essentiels de l’Homme : la liberté de conscience. S’en prendre à des individus au seul motif de leur foi n’est pas seulement une manifestation d’obscurantisme imbécile, mais aussi un déni évident du droit de chacun de pratiquer une foi ou de n’en pratiquer aucune. Notre attachement à la liberté de conscience, dont nous n’oublions pas qu’elle n’a été admise qu’au cours du XXe par les autorités religieuses chrétiennes, n’est pas simplement une pétition de principe. Elle est aussi l’expression de notre certitude qu’en l’absence de liberté de conscience, il ne peut y avoir de liberté d’aucune manière qu’elle soit.

Devant une violation aussi évidente du droit international, nous appelons la communauté internationale à garantir le droit de chacun de pratiquer la foi de son choix, ou de n’en pratiquer aucune, ou d’en changer. Nous appelons tous les gouvernements concernés à adopter des législations qui prohibent absolument toute discrimination, quelle qu’elle soit.

La LDH souhaite, enfin, que chacun puisse se retrouver autour des principes fixés par la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Les droits de l’Homme valent aussi bien en Irak qu’en France, ou partout ailleurs dans le monde. Ce serait affaiblir leur portée et donner raison à ceux qui les bafouent que de les instrumentaliser au profit d’une cause ou d’une autre.

C’est pourquoi elle engage des démarches pour favoriser l’expression la plus large de la solidarité nécessaire, et répondra positivement à toute démarche unitaire reposant sur ces principes.

Paris, le 28 juillet 2014

Tragique exode des chrétiens du monde arabe

Editorial du Monde, le 25 juillet 2014


Pour la première fois depuis près de 2 000 ans, il n’y a quasiment plus de chrétiens dans l’antique cité de Mossoul, dans le nord de l’Irak, l’un des premiers lieux d’implantation du christianisme. Ce n’est qu’un pas de plus dans une tragédie que rien, depuis trente ans, ne semble devoir arrêter : l’extinction des chrétiens dans ce Proche et Moyen-Orient qui vit naître le deuxième grand monothéisme.

Cette disparition se fait dans l’indifférence, dans l’impuissance, notamment de l’Union européenne. Une part d’histoire est gommée, emportée dans la tourmente de ce siècle, dans un Proche-Orient en proie à une crise de régression politico-religieuse aiguë.

Les nouvelles de Mossoul, qui abritait une communauté de 5 000 à 25 000 chrétiens, sont plus qu’attristantes. La ville, tout comme les vieux villages assyro-chaldéens des environs, est aux mains de l’« Etat islamique » – ce « califat » décrété par les djihadistes qui se sont emparés d’une partie de l’Irak et de la Syrie.

Les djihadistes ont dessiné un « N » sur chaque maison visée – pour nassarah, chrétiens en arabe. Par tract et haut-parleurs, les miliciens ont donné quelques heures aux chrétiens pour choisir : se convertir à l’islam, payer un impôt spécial pour non- musulmans ou partir. Les maisons ont été « confisquées ».

Les chrétiens ont fui de Mossoul et des localités alentour. Au dernier checkpoint avant le Kurdistan voisin, les djihadistes « ont pris l’argent, les bijoux, les téléphones, et même les sacs de vêtements et de nourriture », ont raconté les réfugiés à l’envoyé spécial du Monde. Le Vatican croit savoir que les djihadistes ont brûlé l’archevêché syriaque de Mossoul.

LIBAN EXCEPTÉ, C’EST TOUTE LA RÉGION QUI SE VIDE DE SES MINORITÉS CHRÉTIENNES

Générosité de gens de la montagne, sens de l’hospitalité traditionnelle ou solidarité d’anciens persécutés, les Kurdes, musulmans sunnites, accueillent les chrétiens d’Irak. Irbil, la capitale du gouvernement régional du Kurdistan d’Irak (KRG), est sans doute la dernière ville du Proche-Orient où l’on construit des églises…

De passage à Paris, Fouad Hussein, le directeur de cabinet du président du Kurdistan d’Irak, Massoud Barzani, observait que le KRG, pour son hospitalité, ne recevait aucune aide – pas plus de l’ONU, du Vatican ou de l’Union européenne…

L’exil de ces familles de Mossoul est le dernier épisode du drame vécu par la population chrétienne d’Irak, l’une des plus anciennes de la région. Selon plusieurs estimations, l’Irak comptait près d’un million et demi de chrétiens à la fin des années 1980 (sur 20 millions d’habitants).

Les années d’embargo onusien vont en pousser beaucoup à émigrer. En 2003, au moment de l’intervention américaine, ils n’étaient plus que 800 000. Considérés comme « pro-américains », ils vont être la cible privilégiée de violences commises au nom de la lutte contre l’occupant. Combien sont-ils aujourd’hui ? Peut-être encore quelques dizaines de milliers.

Liban excepté, c’est toute la région qui se vide de ses minorités chrétiennes – victimes de la montée de l’islam politique, des guerres qui ravagent le monde arabe, acculées à l’exil par les difficultés économiques et un climat politique marqué par l’intolérance et le fanatisme.

Les Arabes chrétiens ne sont pas les seules victimes de cette épuration religieuse : c’est le monde arabe dans sa totalité qui s’ampute.

Communiqué du Gisti

Des larmes de crocodile sur le sort des chrétiens d’Irak ...
pour masquer la fermeture des frontières à tous les persécutés du Proche-Orient

La décence aurait voulu qu’au moins ils se taisent. Est-ce la gêne devant leur propre incurie qui a poussé Laurent Fabius, le ministre français des affaires étrangères, et Bernard Cazeneuve, son collègue de l’intérieur, à s’exprimer le 28 juillet ? « La situation des Chrétiens d’Orient est malheureusement dramatique », ont-ils observé. « La France est révoltée […] ». « Nous venons en aide aux déplacés qui fuient les menaces de l’État islamique et se sont réfugiés au Kurdistan. Nous sommes prêts, s’ils le souhaitent, à en favoriser l’accueil sur notre sol au titre de l’asile. Nous avons débloqué une aide humanitaire exceptionnelle pour leur porter assistance ». Pas un mot sur la Syrie. Et pas la moindre considération pour les victimes de confession musulmane, les fidèles de multiples minorités confessionnelles ou les athées. Le Proche-Orient serait-il soudain limité à l’Irak et aux chrétiens ?

L’ennui de cet affichage d’une solidarité sélective, c’est que, dans les faits, ce gouvernement ne fait rien ou presque pour les personnes en quête de protection, pas plus les chrétiens que les autres. Pour mieux verrouiller les frontières à celles et à ceux qui demandent un visa, il a ôté le pouvoir de décision aux diplomates pour le donner en catimini au ministère de l’intérieur. Et l’on ne compte plus les refus opposés aux Syriens et aux Irakiens, toutes confessions confondues.

L’ennui, c’est que lorsque le HCR exhorte sans relâche les États européens à ouvrir leurs portes aux réfugiés syriens (presque trois millions ont fui leur pays depuis 2011), le président de la République annonce solennellement , fin 2013, que la France en accueillera… 500. Six mois plus tard, moins de cinquante personnes ont bénéficié de ce programme. Et pour éviter toute arrivée spontanée, le gouvernement français impose depuis 2012, au nom de la lutte contre l’« afflux massif de migrants clandestins », un « visa de transit » aux Syriens – y compris chrétiens – pour les empêcher de solliciter l’asile en France à l’occasion d’une escale aérienne.

Dans ce contexte, les déclarations du gouvernement français à l’égard des chrétiens d’Irak, non seulement sont peu crédibles, mais masquent mal le calcul : d’une part, aux yeux d’un État avare de sa protection des persécutés, et qui prépare une réforme en vue d’une politique plus restrictive encore de l’asile, mieux vaut évidemment faire mine de se préoccuper des minorités que des majorités ; d’autre part, sans doute mieux vaut-il aussi manifester une sympathie vertueuse à l’égard d’une religion culturellement dominante en France pour éviter de se mettre à dos la partie la moins tolérante de l’opinion hexagonale.

Oui, MM. Fabius et Cazeneuve auraient dû se taire.

1er août 2014


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