quelques monuments toulonnais


article de la rubrique Toulon, le Var > histoire
date de publication : vendredi 18 juin 2004
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Traces d’un passé qui n’est pas vraiment passé.


Cuverville - officiellement dénommé "Le génie de la navigation" - date de 1847.

De son oeuvre, le sculpteur Louis Joseph Daumas disait : "Le génie de la navigation, rappelant la mémoire des grands marins, semble dire par sa composition, c’est là-bas ... bien loin qu’il faut aller, dans l’immensité, chercher, combattre et triompher. La statue rappelant le passé montre à nos jeunes marins leur avenir." [1]

Le piédestal est décoré de quatre bas-reliefs exécutés également par Daumas :

- l’Histoire et la renommée gravant au burin les noms des marins illustres,

- le barbare recevant au-delà des mers les bienfaits de la civilisation en foulant à ses pieds les attributs de la barbarie pour s’armer du symbole du commerce et de la paix,

- la représentation des périodes de la navigation,

- Toulon personnifié en Gaulois gravant sur un bouclier la date de l’inauguration du monument.

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Le bas relief côté nord du socle de Cuverville.

L’inauguration eut lieu le 1er mai 1847, à 8 heures du matin, en présence du maire, Paul Garnier, qui souligna l’importance de l’allégorie : « éclairer et civiliser le monde, voilà le seul empire que doivent ambitionner les nations. »

Voici Cuverville à la libération de Toulon, à la fin de l’été 1944 :

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Cuverville en 1944
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Cuverville grand mutilé de guerre.

Le même, vu de face [2] :

 

 

 

Avec le texte suivant écrit à la craie sur son ventre :

JE SUIS UN GRAND MUTILE

VICTIME DE CETTE GUERRE.

MAIS JE SERAI HEUREUX

DE VOIR LA CAPITULATION NAZI

PAR LA VOLONTE

DES PEUPLES LIBRES.

 

 

 


Une plaque, place de la Liberté

 

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Plaque commémorative, Place de la Liberté à Toulon

Après le débarquement de Provence, le 15 août 1944, la bataille pour libérer Toulon fut violente. Du 18 au 28 août, selon le général de Lattre, les pertes françaises se sont élevées à 2 700 tués ou blessés, 8 000 Allemands ont été tués et 17 000 faits prisonniers. [3]

" Les débarquements de Provence et de Normandie, puis la campagne de France de la 1ère Armée, sont menés à 50% par des troupes africaines (125 000 hommes sur un effectif total de 250 000). Les seuls tirailleurs nord-africains déplorent 14 000 tués et 42 000 blessés en 1944-45. Au total, entre 1939 et 1945, 200 000 tirailleurs d’Afrique noire et de Madagascar et 320 000 tirailleurs maghrébins se sont battus pour défendre la France, chiffres auxquels il faut ajouter les effectifs restés sur place. Au total, les pertes des colonisés mobilisés sont aujourd’hui estimées, selon les sources, entre 80 000 et 120 000 morts. " [4]

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La plaque commémorative sur une digue fermant les plages du Mourillon
de cette rade
le 25 mai 1830
sur ordre du Roi Charles X
une flotte commandée par l’Amiral Duperré comportant 103 bâtiments de guerre
et 500 navires de commerce armés par 20.000 marins,
transportant un corps expéditionnaire de 35.000 hommes
aux ordres du Général de Bourmont, Ministre de la Guerre,
appareilla vers Alger afin de rendre la Liberté à la Mer et de faire de l’Algérie
une terre de progrès que plus d’un siècle de travaux et de combats en commun
devait unir à la France par des liens de fraternité.

Le monument aux Martyrs de l’Algérie française, porte d’Italie

Un monument, de plus de 2 mètres de haut sur 6 mètres de large, a été érigé en 1980. A l’origine, un bas-relief y représentait un parachutiste couché, dont les épaulettes sont arrachées, avec la formule "Pour une parole donnée" (allusion à la promesse de garder l’Algérie française). D’après le journal Le Monde du 19 juin 1980, beaucoup avaient reconnu dans ce parachutiste Roger Degueldre [5].

Le monument a été détruit par un attentat le dimanche 8 juin 1980, quelques jours avant son inauguration. Une inauguration officielle a cependant eu lieu le jour prévu, samedi 14 juin 1980, cent cinquantième anniversaire du débarquement des troupes françaises en Algérie, à Sidi Ferruch ; environ 2 000 personnes y ont participé.

Le général Jouhaud [6], MM. Dominati secrétaire d’Etat chargé des rapatriés et Arreckx député-maire de Toulon, ont déposé une gerbe sur les débris du monument tandis que retentissait la sonnerie "Aux morts" suivie de la "Marseillaise" et du "Chant des Africains" . Mais, avant que les gerbes ne soient déposées, il y eut plusieurs allocutions. La première fut prononcée par M. Arreckx qui expliqua : " Nous sommes ici pour honorer la mémoire de ceux qui ont versé leur sang pour pacifier, fertiliser et défendre l’Algérie française".

Dans l’allocution qu’il prononça ensuite le général Jouhaud, président d’honneur du Front national des rapatriés, rappela notamment « la mémoire de trois camarades de prison exécutés sur ordre du gouvernement français : Degueldre, Piegts et Dovecar [7] fusillés le 7 juin 1962. ». Il avait ajouté : « Ils sont tombés au champ d’honneur. J’étais à la prison de la Santé à leurs côtés. Je me rappelle comment ils sont partis au poteau en criant : “ Vive la France ! ” » Auparavant, après avoir rappelé l’histoire de l’Algérie française, le général Jouhaud avait déclaré : « Comment ne pas penser à nos camarades de la métropole qui, avec courage et résolution, se sont engagés dans la lutte menée pour l’Algérie française ? Ils ont connu la sévère vie des clandestins. Ils ont eu des camarades de combat arrêtés, et parmi eux le colonel Bastien-Thiry [8]
, qui fit le sacrifice de sa vie. » (Le Monde du 19 juin 1980)

Par la suite, un nouveau monument a été érigé. Vous pouvez le voir, porte d’Italie :

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monument aux martyrs de l’Algérie française, porte d’Italie à Toulon

Les débris du monument plastiqué ont été conservés sur place, au pied du monument ; le visage du parachutiste a été remplacé par une petite plaque sur laquelle on lit :

Ce monument, hommage à ceux qui voulaient conserver un empire à la France, a été partiellement détruit à l’aube du 8 juin 1980 par un attentat inspiré d’un sectarisme aveugle.

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Carrefour "général Raoul Salan" à Toulon

La plaque honorant le général Salan [9]

Elle a été inaugurée par la précédente municipalité (d’extrême droite) le 3 mars 2001 - au carrefour du boulevard Sainte Anne et de la corniche Escartefigue.

Hubert Falco, alors candidat à la mairie de Toulon, nous avait écrit le 4 janvier 2001 :

L’attribution du nom de "Raoul Salan" à un carrefour toulonnais a déclenché dans la population une vive polémique et je souhaite, pour retrouver la concorde, que cette dénomination fasse l’objet d’une décision collégiale du futur conseil municipal.

Début septembre 2003, nous avons, dans un souci d’apaisement, proposé à Hubert Falco de remplacer l’inscription actuelle de la plaque par celle de "Colonel Salan - Libération de Toulon - août 1944".
Nous ne perdons pas l’espoir que la municipalité élue en mars 2001 finira par nous entendre, et décidera de faire enlever cette plaque ... [Voir la mise à jour, ci-dessous.]

L’attentat manqué du Faron

Le 14 août 1964, le général de Gaulle se rend en Provence pour y célébrer le vingtième anniversaire du débarquement allié d’août 1944. Le 15 août, il est au Mont Faron, qui domine Toulon, pour l’inauguration du mémorial qui venait d’être achevé. Une bombe l’y attendait, placée par l’OAS dans une jarre ; la bombe n’explosa pas et elle ne fut découverte que quelques jours plus tard. D’après Jacques Delarue [ "l’OAS contre de Gaulle" - Fayard 1994 ], cet attentat avait été organisé par Jean-Jacques Susini et Gilles Buscia.

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La jarre du Mont Faron.

A gauche, au premier plan, la jarre qui contenait la machine infernale [ cliché Jacques Delarue ]

P.-S.

Mise à jour : le 24 juin 2005, le conseil municipal décidait d’accéder à notre demande : il n’y a plus de carrefour général Salan à Toulon.

Notes

[1"Toulon dévoile sa mémoire" - Archives de Toulon -1992

[2clichés : Semadeni

[3d’après Histoire de Toulon, éd. Privat

[4Eric Deroo, l’histoire méconnue des tirailleurs,
in Un livre noir du colonialisme "Souvenirs sur la colonisation" de Félicien Challaye
éd. les nuits rouges, 2003

[5Roger Degueldre : lieutenant du 1er régiment étranger de parachutistes, déserteur, créateur des commandos Delta de l’O.A.S., condamné à mort en 1962 par la Cour de sûreté de l’Etat et fusillé au fort d’Ivry, le 6 juillet 1962.

[6Edmond Jouhaud - général - né à Bou Sfer (Algérie) - un des organisateurs du putsch d’avril 1961, puis chef de l’OAS en Oranie. Arrêté le 25 mars 1962, condamné à mort le 13 avril 1962 ; sa peine est commuée en prison à vie, le 28 novembre 1962 ; il est libéré en décembre 1967. Il est décédé en septembre 1995.

[7Albert Dovecar et Claude Piegts avaient sous les ordres de Degueldre participé à l’assassinat du commissaire Gavoury.

[8Jean-Marie Bastien-Thiry - ingénieur de l’armement - organisateur des attentats de Pont sur Seine et du Petit-Clamart contre de Gaulle ; condamné à mort et fusillé au fort d’Ivry, le 11 mars 1963.

[9Raoul Salan - général - commandant en chef en Indochine (1952/1953) puis en Algérie (1956/1958). Il se rallie au général de Gaulle lors des événements de mai 1958. Il fut l’un des organisateurs du putsch d’avril 1961, puis l’un des chefs de l’OAS. Arrêté à Alger, il est condamné à la détention à vie (23 mai 1962), puis amnistié en 1968. Réhabilité par F. Mitterrand en novembre 1982, il est décédé en 1984.


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