pour Marina Petrella


article de la rubrique justice - police > justice
date de publication : mercredi 25 juin 2008
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Le Premier ministre a signé le décret d’extradition de Marina Petrella vers l’Italie où elle encourt la réclusion à perpétuité. Marina, ex membre des « Brigades rouges », est réfugiée en France depuis 1993.

Marina est revenu à l’hôpital de Villejuif où sa situation de santé ne peut pas être prise en charge. Son état ne cesse de se dégrader. Il faut donc poursuivre la mobilisation en continuant à écrire au Premier ministre (modéle envoyé sur infocom disponible en cliquant sur la photo de Marina en 1ère page du site LDH) pour demander l’application de la clause humanitaire.

Ses soutiens appellent à des rassemblement hebdomadaires depuis la signature du décret d’extradition. Le prochain aura lieu ce jeudi 26 juin à 18 heures 30 à Sévres Babylone, devant le square en face le Lutétia, le suivant le 3 juillet Place du Palais Royal.

« Nous demandons que la parole de la France ne soit pas trahie. C’est au Président de la République, gardien de cette parole et garant des principes de notre pays, qu’il incombe de les faire respecter. »

[La France doit respecter sa parole, communiqué du 9 juillet 2004 de la LDH]
[Première mise en ligne le 11 décembre 2007, mise à jour le 25 juin 2008]

EXIGEONS L’ABROGATION DU DÉCRET D’EXTRADITION DE MARINA PETRELLA !

Paris, le 9 juin 2008.

Ce 9 juin 2008, le décret d’extradition a été notifié à Marina Petrella. Cette décision inique engage la responsabilité personnelle du chef du Gouvernement et du chef de l’Etat français. Un recours en Conseil d’Etat a été enregistré.

Après neuf mois d’incarcération à la prison de Fresnes, le gouvernement français a décidé que la seule perspective de Marina Petrella devait être la mort lente puisqu’elle purgera en Italie une peine à perpétuité :

  • pour des faits remontant à plus de 25 ans, en exécution d’une sentence prononcée en Italie voici 15 ans dans le cadre d’une législation d’exception,
  • en déni de l’asile de fait accordé par la France aux réfugiés italiens dès 1981 et en violation des engagements de la France de n’extrader aucun de ces réfugiés.

Le décret d’extradition intervient alors que Marina est au plus mal. La perspective de la prison à vie et la séparation d’avec sa jeune enfant de 10 ans la détruisent. Après huit semaines d’hospitalisation en raison d’une très grave dégradation physique et psychique, épuisée et ne s’alimentant plus depuis deux semaines, Marina Petrella a été réincarcérée à la prison de Fresnes… pour se voir signifier le décret de son extradition. Pourtant, son état de santé justifie pleinement l’application de la clause humanitaire prévue par les textes régissant l’extradition.

Mais nous pouvons encore AGIR …

- Rassemblement mercredi 11 juin 2008 à 11h30 place Sèvres Babylone, 75007 Paris (devant le square)

- Demander au Premier ministre et au Président de la République l’abrogation du décret d’extradition de Marina Petrella et l’utilisation de la clause humanitaire [1]

Qui est Marina ?

Marina a été arrêtée mardi 21 août. Incarcérée depuis à la prison de Fresnes, elle est sous le coup d’une procédure d’extradition à la demande du gouvernement italien. Elle est une réfugiée italienne. Âgée de 53 ans, mère de deux filles, elle vit depuis 1993 en France, où en 1998 lui a été octroyée une carte de séjour de dix ans. Au fil des ans, elle s’est investie dans son métier d’assistante sociale auprès de plusieurs mairies et associations de la région parisienne.

Il y a trente ans, en Italie, elle a été de ces dizaines de milliers de jeunes, de militants, des prolétaires, d’hommes et femmes dont la révolte contre l’État et le capital a été jusqu’aux armes. Poursuivis par une justice d’urgence, c’est à dire dans le cadre d’un « état d’exception » inavoué (60 000 procès, 6000 prisonniers politiques), parfois après des années de prison (Marina a passé 8 ans en détention préventive), plusieurs centaines d’hommes et femmes se sont réfugiés en France où le Président de la République affirmait le « refus de toute extradition politique ».

Alors que l’État italien s’est enferré dans le refus d’une amnistie pour les condamnés pour les agissements, et notamment les faits d’armes, des années 60 et 70, cette politique d’asile de la France a été maintenue sans interruption vingt ans durant et dans des contextes politiques divers. Cette politique a pourtant été renversée, son principe concrètement bafoué en août 2002, quand Paolo Persichetti a été remis aux autorités italiennes, puis deux ans plus tard, avec la tentative d’extradition de Cesare Battisti.

Aujourd’hui, c’est au tour de Marina d’être incarcérée. Et on voudrait la livrer à un État qui instrumentalise les victimes et leur douleur pour construire une « justice infinie » qui revient à une infinie vengeance. Car en agitant le spectre qu’autrement, il serait impossible aux proches des victimes de faire leur travail de deuil, l’État italien a imposé, en lieu et place des anciennes « parties civiles », le droit absolu et le devoir sacré des victimes à poursuivre indéfiniment leur quête de punition. Alors même que la loi sur le repentir a produit un véritable “marché des indulgences”, on a subrepticement aboli le caractère fini de la peine : la possibilité d’une loi d’amnistie est désormais considérée scandaleuse et même l’idée de “prescription de peine” est devenue tabou.

Marina risque la réclusion à perpétuité pour des faits datant d’il y a 25 ans. En effet, les tenants de la solution pénale aux conflits sociaux et politiques – autant que à tout ‘mal-de-vivre’ –, continuent à donner le ton en Italie, droite et gauche, société politique et ordre judiciaire confondus. Pourtant, ce sont ces même “gens d’en- haut” (politiciens, Opinion-makersau premier rang, s’appelant « classe dirigeante »par eux mêmes...) qui prêchent partout dans le monde - du Rwanda aux territoires palestiniens occupés, en passant par l’Irlande, l’Espagne, la Turquie - les vertus de l’oubli et du renoncement à la vengeance (donc ce qu’en droit est appelé « oubli judiciaire », « renoncement à la peine ») aux fins que des sociétés, des groupes humains puissent respirer, recommencer à vivre...

En revanche, dans le cas de cette poignée de gens ayant trouvé refuge en France, ils considèrent que le temps est comme arrêté, que le crime est imprescriptible.

Collectif solidarité pour Marina

La parole de la France

PIERRE VIDAL-NAQUET (historien)
EDGAR MORIN (sociologue)
STÉPHANE HESSEL (ancien ambassadeur de France)
MADELEINE REBÉRIOUX (historienne)

Le Monde, daté du 7 avril 2004

Que Cesare Battisti et les autres Italiens menacés d’extradition par le gouvernement français soient coupables ou non des faits qui leurs sont reprochés par la justice italienne ne nous regarde pas. Nous ne prétendons pas non plus donner de leçons de démocratie à l’Italie, mais en nous opposant fermement à ces extraditions, nous voulons faire respecter la parole donnée par la France à ces Italiens qui se sont réfugiés sur son sol pour fuir les poursuites liées aux violences des années de plomb.

En matière de droit d’asile, la parole de la France nous est à tous un sujet de fierté et cette soudaine menace de reniement nous touche directement, intimement. C’est elle que nous entendons stigmatiser d’une façon à la fois brève et précise. Brève, car la fameuse « doctrine Mitterrand », c’est-à-dire la décision unilatérale prise par un président de la République d’accueillir en France les militants révolutionnaires italiens qui auraient déposé les armes se résume en quelques phrases dépourvues de toute ambiguïté ; précise, car, pour lever tout doute sur la portée réelle de cette doctrine, nous avons souhaité nous référer à sa formalisation et à sa teneur en rappelant exactement ce qui a été dit et écrit par ses créateurs.

En 1985, à l’occasion du 65e congrès de la Ligue des droits de l’homme, le chef de l’Etat, François Mitterrand, affirmait :
« Prenons le cas des Italiens, sur quelque trois cents qui ont participé à l’action terroriste en Italie depuis de nombreuses années, avant 1981, plus d’une centaine sont venus en France, ont rompu avec la machine infernale dans laquelle ils s’étaient engagés, le proclament, ont abordé une deuxième phase de leur propre vie, se sont insérés dans la société française, souvent s’y sont mariés, ont fondé une famille, trouvé un métier... J’ai dit au gouvernement italien que ces trois cents Italiens... étaient à l’abri de toute sanction par voie d’extradition... »

En 1998, le premier ministre Lionel Jospin écrivait dans une lettre adressée au cabinet de Felice-Terrel et rendue publique par la presse :
« Vous avez appelé mon attention par une lettre du 5 février 1998 sur la situation de ressortissants italiens installés en France à la suite d’actes de nature violente d’inspiration politique réprimés dans leur pays. (...) Je vous indique que mon gouvernement n’a pas l’intention de modifier l’attitude qui a été celle de la France jusqu’à présent. C’est pourquoi il n’a fait et ne fera droit à aucune demande d’extradition d’un des ressortissants qui sont venus chez nous dans les conditions que j’ai précédemment indiquées. Par ailleurs, des dispositions vont être recherchées afin que les signalements introduits dans le système d’information de Schengen et automatiquement diffusés n’emportent plus de conséquences à l’égard de ces personnes...  »

Ces mots, clairs et nets, ne prêtent à aucune interprétation : il y a bien octroi d’asile en pleine connaissance de la gravité de faits couverts ; ces faits graves sont bien de nature politique ; cet asile accordé aux bénéficiaires est un et indivisible, erga omnes, sans la moindre possibilité de dérogation ; il ne peut y avoir extradition que s’il y a reprise de l’action terroriste.

Sous deux présidents de la République et neuf gouvernements successifs, toutes tendances politiques confondues, cet asile a été maintenu.

Or, vingt ans plus tard, et après le sérieux coup de canif aussi scandaleux qu’inique que représente l’extradition de Paolo Persichetti en août 2002, ce gouvernement tente de s’enfoncer encore plus avant dans la voie du reniement de la parole donnée en arguant, soit d’une prétendue obsolescence de la « doctrine Mitterrand », soit d’une soi-disant exclusion de certains crimes graves. Tout cela n’est qu’une vaste entreprise de désinformation qui ne convainc aucun de ceux qui, comme nous, tiennent au respect des engagements pris par leur pays. Car toute extradition qui viserait l’un ou l’autre de ces Italiens serait en dehors de toute légitimité. Rupture injustifiée et injustifiable d’un « contrat politique » unilatéral passé par la France, elle prendrait le risque d’entrer dans l’histoire par la porte dérobée habituellement réservée aux trahisons.

Pour finir, laissons la parole, que nous faisons nôtre, à Robert Badinter, ancien garde des sceaux, qui déclarait dans les pages du Corrière della Sera daté du 5 mars 2004 : « Ce que l’on appelle "doctrine Mitterrand" peut être discuté, approuvé ou désapprouvé, mais demeure la décision d’un président de la République, du plus haut représentant de l’Etat, qui engage donc l’Etat lui-même, y compris sur le plan politique. Je ne vois pas pourquoi reconsidérer, vingt ans après, un engagement de l’Etat français par rapport à un contexte historique et à des positions qui restent inchangés.  »

Notes

[1M. Nicolas Sarkozy, Palais de l’Elysée, 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
email : sur le site http://www.elysee.fr/accueil/, onglet « écrire au président »

M. François Fillon, Hôtel Matignon, 57 rue de Varenne, 75700 Paris
email : sur le site http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/premier_ministre/ecrire, onglet « écrire au Premier ministre »
et service.presse@pm.gouv.fr


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