polémique sur l’introduction de la biométrie dans un lycée toulonnais


article de la rubrique Big Brother > biométrie
date de publication : mardi 9 juin 2009
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En dépit du moratoire de la région PACA concernant la mise en place dans les lycées de dispositifs biométriques, le lycée Dumont d’Urville décide de recourir à la technologie de reconnaissance du contour de la main pour contrôler l’accès à la cantine.

Une décision contestée par l’intersyndicale FSU-SUD Education dont nous reprenons les déclarations.

[Première mise en ligne le 5 juin, complétée le 9 juin 2009]



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Contrôle biométrique de l’accès à la cantine au lycée Bonaparte de Toulon.

Lycée Dumont-d’Urville : la biométrie fait débat

par Mireille Martin, Var Matin le 5 juin 2009


Il y a ceux à qui ça coupe l’appétit. Et ceux qui ne voient pas où est le problème. La prochaine mise en place d’un système biométrique à la cantine du lycée Dumont-d’Urville relance le débat entre les adeptes du dispositif et ses adversaires. Au rang desquels se compte l’intersyndicale FSU et Sud-Education de l’établissement. Dans un communiqué, ses représentants dénoncent la décision prise en conseil d’administration de doter prochainement la cantine d’un procédé de reconnaissance du contour de la main.

Problème éthique

« Ce système est à la fois extrêmement coûteux à l’achat et pour sa maintenance, à tel point que des établissements, comme celui de Carqueiranne récemment, l’ont abandonné. Et condamnable dans son principe de détection des caractères physiques des élèves. » Pour les deux syndicats, « le dispositif pose un problème éthique de mise en danger des libertés fondamentales et d’éventuels risques de contagion ».

Des arguments balayés d’un revers de manche par le proviseur de Dumont-d’Urville, Éric Gommé. « Comme le prévoit la loi, les familles qui ne souhaitent pas que leurs enfants utilisent le système de reconnaissance du contour de la main auront toujours la possibilité d’avoir accès à l’ancien système par carte. »

Pour le reste, le proviseur est sûr du choix effectué par le conseil d’administration. C’est, pour lui, celui de la modernité. « Notre système actuel est obsolète, constate-t-il. Le nouveau concept présente de multiples avantages. Notamment, il permettra une gestion beaucoup plus fine des forfaits. » Et la possibilité pour les familles, selon les emplois du temps de leurs enfants, d’un choix quasiment à la carte. « En plus, finis les oublis, les pertes...  »

25 000 euros maxi

Ce dernier avantage supposé du système biométrique fait quelque peu grincer les dents des délégués syndicaux : « Le but de l’éducation, c’est aussi de rendre les élèves autonomes, non ? »

Toujours est-il que les représentants de la FSU et de Sud-Education s’étonnent « que dans le lycée le plus important de l’académie, le système biométrique ait été adopté alors que le conseil régional, en la personne de son président, a fait part de son opposition ».

Peu importe : le conseil d’administration de Dumont-d’Urville a tranché. Quinze voix pour, quatre contre. Il n’y a pas photo. L’achat et l’installation du système de reconnaissance reviendront à 25 000 euros maximum, selon le proviseur, financés sur les fonds de l’établissement. Il devrait être opérationnel en janvier 2010.

Mireille Martin

Déclaration des sections syndicales FSU et SUD Education du lycée

Conseil d’administration du 27 mai 2009

L’Intersyndicale (FSU et SUD-EDUCATION ) du lycée Dumont D’Urville dénonce la décision prise en CA d’adopter le système biométrique (de reconnaissance du contour de la main ) conditionnant l’accès à la cantine.

Ce système est à la fois extrêmement coûteux (achat et maintenance), à tel point que le collège de Carqueiranne l’a abandonné, et condamnable dans son principe de détection des caractères physiques des élèves qui pose un problème éthique de mise en danger des libertés fondamentales.

Nous sommes, par ailleurs étonnés que, dans le lycée le plus important de l’académie, ce système ait été proposé et adopté alors que le conseil régional, en la personne de son président, Michel Vauzelle, a fait part à l’ensemble des proviseurs, de sa volonté que ce système ne soit pas mis en œuvre.

Voeu à l’initiative de l’intersyndicale du lycée

Conseil d’administration du 14 avril 2009

Nous, enseignants du lycée Dumont D’urville nous opposons fermement à l’installation de machines destinées à reconnaître le contour de la main conditionnant l’accès des élèves à la cantine.

Nous considérons que l’introduction d’un appareil permettant de différencier les élèves par des caractéristiques physiques pose un problème d’éthique et met en danger les libertés fondamentales.

En effet, nos craintes sont décuplées par les liens éventuels de ces fichiers biométriques avec d’autres fichiers de l’éducation nationale et avec d’autres outils de surveillance. Dans le cadre de la loi de « prévention de la délinquance » ces données peuvent être partagées avec les services de police, les organismes publics et para-publics (CAF, bailleurs publics). Dans le contexte de la mise en place du fichier EDVIGE 2ième version , ces dispositifs contribuent à la politique globale de fichage de la population (dans la continuité du fichier de police STIC où 25 millions de Français sont enregistrés).

Nous dénonçons par ailleurs le fait d’offrir aux entreprises privées un marché lucratif de plusieurs milliers d’euros financés par les contribuables (dépenses que nous préfèrerions voir utiliser pour améliorer la qualité des repas), de plus ces dépenses sont disproportionnées au regard des avantages supposés (nécessité de maintenir le système à carte selon la CNIL).

Nous réaffirmons que l’éducation a pour mission de permettre l’épanouissement des jeunes dans le respect de leur intégrité physique et morale (le principe de non patrimonialité des individus a été reconnu par le conseil constitutionnel : avis du 27 juillet 1994). L’école a pour but d’éduquer à l’exercice de la liberté et de la responsabilité (apprendre à ne pas oublier sa carte de cantine par exemple) et non pas d’habituer les jeunes aux contrôles permanents réalisés par des machines (par ailleurs pas toujours fiables).

Nous appelons les membres de la communauté éducative, les parents et les élèves à voter contre l’installation de ces machines à reconnaissance du contour de la main à la cantine du lycée Dumont D’Urville.

L’intersyndicale


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