nouvelle “bavure” à Hyères ?


article de la rubrique justice - police > violences policières
date de publication : mardi 16 décembre 2014
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Un couple de Roumains accuse des policiers de les avoir injuriés, menacés et malmenés. Cela s’est passé dans la paisible ville de Hyères, au cours de la nuit du 28 novembre 2014. La femme a porté plainte contre ses agresseurs. Le couple s’est adressé à la LDH, traumatisé par le comportement des policiers qu’il juge "indigne de l’Etat de droit" où ils ont choisi de vivre.

La LDH de Toulon souhaite que l’affaire suive son cours en justice pour que les actes commis ce 28 novembre soient caractérisés et que les auteurs de faits condamnables soient sanctionnés.


Perte de contrôle

par Thierry Turpin, La Marseillaise du 9 décembre 2014


Une mère de famille d’origine roumaine dénonce des violences policières dont elle aurait été victime dans la nuit du 28 novembre à Hyères.

On sait qu’une extrême prudence est de mise dans ce type de dossier. Ici, le témoignage d’un couple : Manuella et Daniel. Elle est juriste de formation, présidente d’une association d’entraide. Lui est auto-entrepreneur et proclame et haut et fort son profond respect pour la France : « Un pays auquel je dois beaucoup. » Bref, deux Roumains sans problème qui disent ne toujours pas comprendre ce qui leur est arrivé.

La traductrice ne se fait pas comprendre

Le couple se présente la semaine dernière au siège de notre rédaction toulonnaise avec le petit Dimitri, leur bébé de quelques mois à peine. Ils sont là pour « tirer un signal d’alarme » concernant les abus dont aurait été victime la jeune dame dans la soirée du 28 novembre à Hyères. La mère de famille pointe clairement et de façon détaillée les propos et les agissement de policiers en civil lors d’un contrôle de routine (qui dérape ?) : « J’ai été heurtée, humiliée, menacée...  ».

Tout commence de la façon la plus classique qui soit : Manuella fête ce soir-là son anniversaire en compagnie de sa petite famille et d’un couple d’amis dans un restaurant de la Cité des Palmiers, commune dans laquelle le couple réside et travaille.

En fait ledit contrôle concerne au départ deux des amis de la plaignante invités à la petite sauterie, au moment où ils quittent le domicile de Manuella et Daniel. Il est 22h30. « J’ai entendu du bruit dans la rue et en regardant par mon balcon j’ai vu qu’il s’agissait de Christian et Andreï. Je suis aussitôt descendue en pyjama et en tongs pour les aider car ils ne parlent pas français  », explique Manuella.

La médiation tourne court

Mais apparemment la tentative de médiation est mal interprétée par les forces de l’ordre et tourne court.

Mieux même, puisque après s’être présentée et avoir proposé de jouer les traductrices elle aurait été vertement repoussée dans des termes peu amènes : « Rentre chez toi ! On s’en fiche de qui tu es...  » Le tout aurait été arrosé aussi de quelques insultes bien placées pour apprendre à l’inopportune à venir s’interposer à la force publique.

Choquée, le lendemain elle se rend une nouvelle fois au commissariat - comme la veille - accompagnée de son mari pour déposer plainte. Enfin, c’est ce qu’elle croit à ce moment-là. En fait, l’officier de police qui la reçoit l’informe qu’une procédure pour « outrage » a été ouverte à son encontre. On lui reproche d’avoir insulté les représentants de la Maréchaussée...

«  Je n’arrive pas à me mettre dans la tête que ces policiers ne seront même pas rappelés à l’ordre. Que des gens qui ne peuvent pas se défendre vont devoir continuer à se soumettre à ce type de traitement abusif et traumatisant », déplore Manuella.

En guise d’excuses

On se serait juste contentés d’un : « Désolés, nous nous sommes trompés  », ajoute Daniel. « Contrairement à ce qu’ils ont l’air de penser, c’est pas parce qu’on est des étrangers qu’on doit être faibles devant les autorités. On mérite le même respect. »

Interpellé par téléphone pour réagir aux propos du couple, l’officier de police vers lequel on a transmis l’appel commence par répondre qu’il n’est pas au courant de l’affaire sur laquelle on souhaite l’interroger pour connaître sa version... Puis, finalement, qu’une procédure est effectivement en cours. « Je n’ai pas de commentaire à faire là-dessus », ajoute-t-il. Puis encore, serein et philosophe : « Cette dame a bien le droit de raconter ce qui lui plaît. Y compris même à la presse. Nous avons l’habitude de devoir répondre de nos actes. »

Bon, reste plus dès lors qu’à laisser parler la Justice. Une plainte devant le procureur de la République devrait être déposée ce matin même. A suivre.

Thierry Turpin



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