mort de Wissam : les premières conclusions du rapport provisoire d’autopsie


article de la rubrique justice - police > violences policières
date de publication : mercredi 25 janvier 2012
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Le rapport provisoire d’autopsie du corps de Wissam El-Yamni a été communiqué par le parquet de Clermont-Ferrand. Ses premières conclusions permettraient d’exclure la thèse selon laquelle Wissam aurait succombé à une surconsommation d’alcool, de drogue, ou aux coups portés par les policiers.

Le rapport évoque les conditions de transport du jeune homme au commissariat : il aurait été immobilisé en appliquant une technique communément appelé « pliage ». Selon La Montagne, cette méthode serait prohibée depuis 2003 par une note de la Direction générale de la police nationale, mais elle semble toujours enseignée dans les écoles de police.

La mort de Wissam s’expliquerait par l’application du « pliage » à une personne présentant une particularité anatomique avec laquelle il vivait sans difficulté depuis trente ans. Pour Me Jean-François Canis, avocat de la famille, « le problème tient beaucoup plus aux conditions de l’interpellation et du transport qu’à cette malformation, pour expliquer la compression des carotides et les conséquences dramatiques qu’elle a pu avoir. »


Wissam El-Yamni : Les premières conclusions du rapport provisoire d’autopsie rendues publiques

par Nicolas Faucon & Bertrand Yvernault
La Montagne, 25 janvier 2012


La thèse de la mort par compression

Ni les coups portés par les policiers, ni une overdose ne sont à l’origine du décès de Wissam El-Yamni. Les conditions de son transport sont, en revanche, pointées du doigt par les légistes.

Une hypothèse. Transporté en voiture de police au commissariat central « dans une position recroquevillée », selon les mots du procureur de la République de Clermont-Ferrand, Gérard Davergne, Wissam El-Yamni aurait subi « une compression des artères carotides internes ».

D’après les premières conclusions du rapport provisoire d’autopsie, ce phénomène pourrait avoir causé un ralentissement de la circulation sanguine et une « perte de connaissance ». « C’est une hypothèse de départ qui devra être confirmée par les différentes analyses en cours », a précisé Gérard Davergne

L’autopsie a révélé la présence d’apophyses styloïdes crâniennes « très longues » chez Wissam El-Yamni, mort à la suite d’une interpellation policière musclée, la nuit du Nouvel An, à Clermont- Ferrand. « Il s’agit de la présence de segments osseux en avant des conduits auditifs », a décrypté
le représentant du ministère public.

« Ces excroissances, que chaque individu a, sont particulièrement longues chez M. El-Yamni ».

Les légistes pensent qu’elles pourraient avoir « comprimé les carotides lors du maintien en hyperflexion » de Wissam El-Yamni, soit « la position qu’on lui aurait fait prendre au cours de son transport « Une telle compression pourrait avoir entraîné un hypodébit [NDLR un ralentissement du flux] sanguin artériel cérébral, à l’origine d’une perte de connaissance ».

Rapport définitif dans quelques semaines

Le parquet a également indiqué que l’autopsie n’avait apporté « aucun argument en faveur d’un décès d’origine directement traumatique », c’est- à-dire consécutif à des coups. L’hypothèse de la mort par strangulation est aussi écartée.

Enfin, Gérard Davergne a mentionné que « le mélange d’alcool, de cannabis et de cocaïne [NDLR détecté chez Wissam ElYamni] pouvait entraîner, à de telles concentrations, une altération comportementale franche ». Le rapport définitif d’autopsie devrait être rendu dans quelques semaines, a-t-il annoncé. Le corps de la victime est maintenu à disposition de la justice.

Les policiers ont-ils employé la technique prohibée du pliage ?

L’autopsie du corps de Wissam El-Yamni a conclu, selon le parquet, a une mort par compression, excluant le résultat des coups portés par les policiers. Elle pourrait résulter d’un pliage, une technique d’arrestation prohibée depuis 2003

Le pliage consiste à maintenir de force la tête d’un escorté entre ses jambes afin de l’empêcher de bouger.

« Il est la cause connue de plusieurs décès, notamment dans des opérations de reconduite à la frontière », révèle Me Jean-Louis Borie, citant le rapport 2005 de la Commission nationale de déontologie de la sécurité.

Pour l’avocat de l’épouse de Wissam El-Yamni, « il est facile de mettre en cause une éventuelle malformation, alors que les premières conclusions de l’enquête et de l’expert tendent à établir que les policiers ont utilisé le pliage » lors du transfert en voiture au commissariat. Or, cette méthode « est expressément prohibée par une note de 2003 de la Direction générale de la police nationale ».

Me Jean-François Canis, représentant la famille El-Yamni, réagit de la même façon aux informations communiquées, hier, par le parquet : « Il paraît pour le moins étonnant de mettre en avant une excroissance osseuse avec laquelle M. El-Yamni vivait sans difficulté depuis trente ans. Le problème tient beaucoup plus aux conditions de l’interpellation et du transport qu’à cette malformation, pour expliquer la compression des carotides et les conséquences dramatiques qu’elle a pu avoir ».

« Vérifions les faits »

Comme son confrère, il estime, en outre, qu’il « n’est pas admissible que le procureur communique sur un rapport provisoire, alors que toutes les expertises n’ont pas été faites ».

Me Jean-Louis Borie rappelle, pour sa part, que « tout ça repose sur une description des faits qui découle presque uniquement de la version des policiers. Vérifions d’abord la réalité des faits et la véracité de leurs déclarations avant de discuter d’hypothèses médicales ».

Les avocats des policiers, Mes Xavier Herman et Mathieu Sigaud, ne souhaitent pas s’exprimer à ce stade de la procédure.

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Gérard Davergne, procureur de la République par intérim, lit des extraits du rapport provisoire d’autopsie. (Centrefrance - Philippe Robert)



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