merci mesdames !


article de la rubrique démocratie > le blog de Mavida
date de publication : mercredi 27 novembre 2013
version imprimable : imprimer


Mavida aime les femmes


Merci, Mesdames !

Non ! je ne parlerai pas d’un monde en folie, d’un monde qui ne sait plus où il en est, d’un monde qui se cherche, sans doute. C’est peut-­‐être ce qu’il faut se dire quand on voit tant d’inhumanité, tant d’ « de démesure » … tant d’ « excès… facteur commun des formes d’insoutenabilité écologiques, sociales et financières que nous connaissons actuellement », comme l’a écrit le philosophe Patrick Viveret.

Je ne dirai rien des horreurs et atrocités qui ont lieu presque chaque jour, et qui, les moments d’émotion suscités, disparaissent des préoccupations de chacun. Un Lampedusa chassant un précédent naufrage et en cachant un autre à venir, avec la complicité d’un dispositif paramilitaire, traduction de la générosité européenne et baptisé du doux nom de Frontex.

Je garderai sous silence les dérives d’une droite française qui veut reprendre en main, à tout prix, le pouvoir qui lui aurait été indûment enlevé par le suffrage universel. Elle seule serait capable de diriger notre pays. Tous les moyens lui sont bons, même celui de descendre dans la rue, l’injure à la bouche, au risque de faire resurgir tous les particularismes, toutes des rancœurs et les égoïsmes profonds. (v. plus loin les mots de Danielle Tartakovsky)

Je me tairai sur l’inefficacité du gouvernement français face aux divers groupes de pression et son absence de perspective politique. Depuis le début, la gestion à la petite semaine semble être une vertu cardinale.

Toutefois, il y a, dans ce gouvernement, une ministre exemplaire. Elle devrait inspirer tous ses collègues, et même tous les responsables politiques. Christiane Taubira ! C’est elle qui incarne au mieux ce que devrait être la France d’aujourd’hui. Une femme qui sort grandie du tombereau d’insultes immondes qui a été déversé sur elle. Les réactions du Président de la République et du Premier Ministre ne vous sont—elles pas apparues un peu molles ?

Non ! Les députés ne furent pas unanimes dans leur réprobation. La droite, elle, contrairement à ce qui nous a été dit, resta assise et muette sur les bancs de l’Assemblée nationale s’associant ainsi par son silence aux injures et climat nauséabond ambiant. Christiane Taubira qui a su prononcer un grand discours politique lors du débat sur le « mariage pour tous », une femme qui, par sa dignité, ses paroles, son intelligence a su répondre au racisme le plus bas. Elle représente la diversité de la citoyenneté française. Elle est notre richesse. Elle parle juste !

C’est à elle que je pensais lors de l’Université d’automne de la LDH qui s’est déroulée à l’Espace Reuilly, à Paris, samedi 23 et dimanche 24 novembre. Un lieu où l’on parlait juste, là aussi.

J’évoquais la figure de Christiane Taubira en entendant une femme comme Catherine Teule parler des drames de l’immigration et de l’égoïsme bien chevillé au corps des pays européens, dont la France.

L’image de Christiane Taubira était présente lorsque j’écoutais une députée grecque de l’opposition, Zoé Konstanpolou, évoquant la grande misère de son pays. La fameuse troïka – FMI, Banque centrale européenne, Commission européenne – traitant la Grèce, disait-­‐elle, comme une entreprise en difficulté, dont les habitants ne sont plus que des variables d’ajustement financier au service de groupes internationaux. La Grèce qui fut à l’origine de ce que nous sommes, nous Européens ! La Grèce, mère de notre civilisation et de la démocratie ! La Grèce où « le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. » (Brecht)

Une participante s’est alors exclamée : « Au train où vont les choses, austérité, décadence, ce sera nous qui deviendrons très vite des émigrés ! »

Merci à Marisa Matias, députée européenne, vice-présidente du Parti de gauche européen, d’avoir tenté de répondre à cette question : « L’Europe est-elle encore un projet pouvant rassembler les citoyens et citoyennes du continent européen ? » Je regrette de n’avoir pu entendre Danielle Tartakowsky, faute de temps. Voici la présentation de son intervention : « L’idée selon laquelle la manifestation de rue serait consubstantiellement ouvrière et de gauche est communément répandue. Les manifestations des droites occupent partout une centralité supérieure à celle que la mémoire de leurs initiateurs et de leurs adversaires paraît avoir retenue. Certaines composantes de la droite française ont joué un rôle de poids dans l’émergence et l’affirmation de cette modalité d’action, du triomphe de la République à février 1934, puis s’en sont épisodiquement ressaisies, avec une fréquence sans commune mesure avec celles des organisations ouvrières, syndicats en premier lieu, mais, en diverses circonstances, avec une ampleur dont il est peu d’égal, et des résultats n’ayant, à tout le moins, rien à envier ; qu’il s’agisse du 13 mai 1958 à Alger, du 30 mai 1968 ou des manifestations pour la défense de l’Ecole libre en juin 1984, pour ne rien dire des récentes manifestations contre le mariage pour tous… » Et nous en revenons à Christiane Taubira qui a su faire rempart à la démagogie droitière !

Je n’ai que peu entendu Francine Mestrum dont la table ronde à laquelle elle a participé avait pour thème : « Quelles propositions et mobilisations pour garantir un renouveau démocratique ? » Elle répondit : « un renouveau démocratique dans l’Union européenne est conditionné… d’abord (par) une démocratisation des institutions et surtout des processus politiques. (…) Ensuite, (par) la démocratisation des politiques européennes… indissociablement liées à leur légitimité ».

J’aurais aimé aussi entendre Evelyne Sire-Marin. Nous connaissons bien son discours « sur la justice et les droits » et son militantisme irréprochable. J’aurais voulu écouter Pervenche Bérès, députée européenne, s’interrogeant : L’Europe est-­‐elle encore un projet pouvant rassembler les citoyennes et les citoyens européens ?

Oui ! Bien sûr les hommes n’étaient pas absents. Jean-Pierre Dubois, toujours aussi clair dans ses discours et dont les arguments sont imparables. Remettre l’ordre démocratique à l’endroit. Faire progresser l’égalité réelle entre citoyens et entre Etats. Les citoyens n’ont aucune prise réelle sur les « sommets européens ». Chaque gouvernement joue son rôle national… Il y eut l’avocat Patrick Baudoin qui dénonça, au nom de la lutte contre le terrorisme les lois liberticides mises en place… Il y eut… il y eut…

De telles évidences ont été dites que l’on ne peut que s’interroger sur les arguments qui peuvent leur être opposés. Il y a un tel décalage entre la vérité du monde, de sa misère, de ses drames et celles et ceux qui sont chargés de les corriger qu’ou bien ils professent un laxisme coupable ; ils sont alors indignes des mandats qui leur ont été confiés. Ou bien ils cèdent aux démesures des pressions, des égoïsmes et à la marchandisation internationale.

Les mots de Patrick Viveret, déjà cité, ne devraient-ils pas devenir notre devise : « Nous n’attendrons pas que la totalité des grandes transformations structurelles (de notre monde, de l’Europe en particulier) soient lancées pour commencer à les mettre en oeuvre et nous le ferons avec, aussi, comme objectif de nous aider mutuellement dans nos propres choix de vie. »

Nous ne pouvions donc sortir de ces deux journées que riches en propositions de réflexion et de dynamisme. Riches en incitations à la lutte pour l’égalité et la solidarité des citoyens français et européens face aux puissances financières qui voudraient bien être les maîtres du monde !

Pour terminer, j’ai bien envie de vous dire : « Merci, Mesdames ! Ces temps derniers, vous m’avez beaucoup appris ! »

Michel Mavida



Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP