les questions posées par l’affaire de La Garde


article de la rubrique roms et gens du voyage > la Chaberte et ses suites
date de publication : mardi 19 février 2013
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L’article ci-dessous, repris du site Dépêches tsiganes, concernant les familles expulsées de La Chaberte, pose quelques vraies questions :

  • qui décide du mode de vie, du travail et du type d’habitat des citoyens ?
  • au nom de quoi la vie en caravane serait-elle illégitime ?
  • la profession de ferrailleur serait-elle dorénavant bannie ?

Dans l’immédiat : les pouvoirs publics seront-ils capables de trouver une solution à un problème qui n’a que trop duré ? Hubert Falco, qui règne sans partage sur l’agglomération toulonnaise depuis plus de dix ans, saura-t-il imposer une solution humaine à ce conflit absurde ? [1]


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En attendant de trouver un terrain où pouvoir s’installer, les « ex-Chaberte » s’excusent ... (photo Var-Matin, Luc Boutria)

N’a-t-on le choix qu’entre HLM et stationnement litigieux ? [2]

Des familles de ferrailleurs, vivant depuis 9 ans sur un terrain désigné à La Garde (Var), ont été expulsées le 14 février dernier. Manifestant dans l’espoir d’ouvrir de nouvelles négociations avec les autorités, elles ont trouvé, vendredi soir, refuge sur un terrain vague. Jusqu’à présent les propositions de relogement qui leur ont été faites impliquaient l’abandon de leurs habitats et de leur travail.

Bloquer les ronds points pour ouvrir le dialogue

« Bienvenue au royaume de l’absurde ! ». Cette formule illustre les débats, qui depuis des années, pèsent sur une demi-douzaine de familles vivant en caravanes à La Garde dans l’agglomération de Toulon. L’évacuation forcée (14 février) du terrain où elles vivaient et travaillaient transforme en conflit ouvert un long dialogue de sourds entamé depuis près de neuf ans. En cause le problème du relogement.

« Les familles comprennent que l’agglomération veuillent récupérer le terrain qu’elle leur confiait jusqu’à présent. Mais elles ne peuvent accepter les relogements qui leur ont été proposés en HLM ou en aire d’accueil, car dans tous les cas ils perdraient leur travail si ce n’est les caravanes qui sont leurs biens. Elles demande seulement un terrain avec l’eau et l’électricité et la possibilité de continuer leur travail dans de bonnes conditions non loin des écoles où vont les enfants qui sont nés à La Garde », explique Paul Gargowitz, commerçant itinérant et citoyen de l’agglomération toulonnaise.

Contraints de manifester pour renouer le dialogue

L’opération de police du 14 février a contraint les familles à quitter le terrain sur lequel certaines vivaient depuis 2005. Ne désirant pas s’éloigner de la commune où sont nés et scolarisés plusieurs de leurs enfants, elles ont cherché lieu où stationner provisoirement en attendant de trouver des solutions à long terme avec les autorités. Après plusieurs tentatives infructueuses, elles ont finalement trouvé vendredi soir un terrain vague. « Nous avons trouvé des petits générateurs pour qu’ils aient un minimum d’électricité et de chauffage. Comme ils étaient installés depuis des années avec accès à l’électricité en accord avec les autorités, ils n’ont même plus dans les caravanes les poêles à bois ou à charbon qui nous permettent de nous chauffer et de faire la cuisine lorsque l’on est stationné sans accès à l’électricité », témoigne un Voyageur proche des familles. Au cours de cette mini-itinérance chaotique, les familles et les militants des associations qui les soutiennent ont bloqué des ronds-points afin d’obtenir un rendez-vous avec Hubert Falco, président de l’agglomération. Jusqu’à présent ces actions n’ont obtenu qu’un succès mitigé. Ayant été reçues par un collaborateur de l’élu, les familles attendent de nouveaux rendez-vous.

Relogement théorique ou solutions réalistes ?

Observés de très près du côté des institutions européennes à Strasbourg et Bruxelles, ainsi que dans les ministères parisiens, les événements de La Garde ont valeur de test. Leur issue démontrera si les services publics sont capables de résoudre des problèmes juridiques et techniques simples, mais humainement et idéologiquement délicats.

Les faits et la loi

Sur le plan du droit, la situation s’avère simple. Depuis 2005, la collectivité propriétaire du terrain, les familles locataires et les services de l’Etat respectent chacun les droits de l’autre, mais ne s’accordent pas sur le sens du mot relogement.

A l’issue du bail, le propriétaire ayant des projets de réaménagement du site peut légitimement récupérer l’usage de son bien. Suivant les procédures des opérations de rénovations urbaines et la loi rappelée par un jugement du 2 décembre, les collectivités et les services de l’Etat impliqués ont lancé une opération de maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (MOUS). Dans ce cadre d’une MOUS, des spécialistes, travailleurs sociaux, bureaux d’études etc… ont pour mission de proposer des solutions de relogement.

Légitimement les familles jugent inadaptées les propositions qui leurs sont faites de déménager soit en HLM, soit en aire d’accueil.

Qui décide du mode de vie, du travail et du type d’habitat des citoyens ?

L’affaire de La Garde met en lumière de vraies questions.

Profession ferrailleur

Travailleurs sociaux et spécialistes de différents domaines peuvent estimer que le métier de ferrailleur ne permet pas de générer des revenus stables et suffisants. Ils sont dans leurs rôles lorsqu’ils proposent de changer de profession, mais ils ne peuvent imposer leurs solutions. Le métier de ferrailleur est légitime. Les familles expulsées sont en droit de demander comme relogement des terrains où elles peuvent exercer leurs activités dans de bonnes conditions. L’entrepôt et le traitement d’objets métalliques étant impossible dans le cadre d’un HLM ou d’une aire d’accueil, la location de terrains pourrait être envisagée.

« Pour faire de la ferraille à petite échelle, il faut que l’on ait un terrain clos sur lequel la famille habite. L’important est d’éviter les accidents, par exemple avec les enfants des voisins. Ce n’est pas possible sur les aires d’accueil où les emplacements sont délimités par de simples traits de peintures et où les usagers pratiquent des métiers très différents », explique Paul Gargowitz en précisant que la plupart des règlements intérieur des aires d’accueil interdisent l’exercice des activités professionnelles sur le site. « De toute façon, contrairement aux commerçants, les ferrailleurs n’ont pas besoin de voyager pour exercer leurs métiers. Les aires d’accueil ont des temps de séjours limités qui obligent les usagers à déménager fréquemment, elles ne sont donc pas adaptées au métier de ferrailleur », précise le commerçant.

L’habitation caravane : un vrai logement

« Pourquoi les autorités veulent-elles nous obliger à vivre en appartement ou en maison ? Nous ne voulons pas obliger les sédentaires à vivre en caravane », remarque Paul Gargowitz. Il explique que l’habitat caravane où chaque véhicule représente une pièce (chambre, salon, cuisine), présente des avantages pour l’organisation de la vie de famille. « Il faut seulement que l’on puisse raccorder nos résidences aux services publics de l’eau et l’électricité dans les mêmes conditions que les autres administrés », précise t-il.

Notes

[1Un “appel à projets pour un poste de médiateur gens du voyage” en date du 14 février 2013 et son cahier de charges viennent d’apparaître sur le site de la préfecture du Var...
N’aurait-il pas été judicieux d’attendre la mise en place de ce poste de médiateur qui “sera le garant du dialogue avec les gens du voyage et les collectivités territoriales”, avant d’expulser les familles de La Chaberte ?

[2Source de l’article : http://www.depechestsiganes.fr/?p=6468.


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