les chiens renifleurs à l’école ou l’échec d’une politique de lutte contre la toxicomanie


article de la rubrique libertés > drogues
date de publication : mercredi 11 février 2009
version imprimable : imprimer


Un nouveau collège a été le théâtre d’une “opération anti-drogue”, le 10 février 2009. Mardi matin, sur réquisition du procureur de la République, une demi-douzaine de gendarmes aidés d’un chien ont contrôlé une centaine d’élèves à leur descente du bus au collège Corisande-d’Andoins à Arthez de Béarn. Les gendarmes n’ont pas trouvé de produits suspects.

Après Marciac dans le Gers, Vendres dans l’Hérault, voici une nouvelle intervention abusivement présentée comme préventive alors que, pour les médecins scolaires, « des chiens renifleurs au collège, ce n’est pas de la prévention ». Le SNES dénonce « des procédés inadmissibles qui criminalisent les enfants » et « des méthodes dignes d’un état policier ».

Une opération qui masque mal l’échec d’une politique de lutte contre les toxicomanies. Afin d’ouvrir le débat, nous reprenons, avec son accord, quelques-unes des réflexions que Gilles Sainati, magistrat membre du Syndicat de la Magistrature, et parent d’élèves, avait développé sur son blog après les interventions de Marciac et de Vendres.


JPEG - 17.8 ko
Chien chargé de la lutte anti-drogue, décoré le 30 novembre 2007, à Villeneuve d’Ascq.

Un contrôle anti-drogue qui fait des vagues

France Info, le 11 février 2009 - 09:17


Il a eu lieu hier matin à Arthez-de-Béarn, dans les Pyrénées-Atlantiques. Six gendarmes aidés d’un chien ont contrôlé une centaine de collégiens à leur descente des bus juste avant le début des cours. L’opération n’a rien donné.

Le syndicat enseignant SNES condamne la façon dont l’opération a été menée envers des collégiens et parle de procédés inadmissibles. Les enfants ont été « impressionnés par les gendarmes qui sont arrivée avec des chiens », explique le secrétaire départemental du syndicat d’enseignants, Erwan David. « Qu’il y ait des opérations de contrôle, ça fait partie des prérogatives de la gendarmerie », reconnaît-t-il. Mais il estime que ça pourrait être organisé de manière à éviter des opérations « qui ressemblent à des descentes de police ».

Du côté des gendarmes, on récuse ces accusations. « Ce type de contrôle pour lutter contre le trafic de stupéfiant s’inscrit dans un plan de prévention », précise le lieutenant-colonel Portet. « L’objectif est de protéger les enfants contre les dangers de tous les types de drogue et notamment aux abords des établissements scolaires », affirme-t-il. Et malgré les chiens et le uniformes, le lieutenant-colonel Portet se veut rassurant. Ces contrôles sont réalisés par des gendarmes « qui pour la plupart sont eux aussi des pères de familles », précise-t-il.

Cécile Mimaut.

La faillite d’une politique répressive

[Extraits librement adaptés du blog de Gilles Sainati]


La France avait choisi une voie moyenne entre la prévention associée à des soins pour les toxicomanes et la répression. En effet l’usage de substances interdites reste une infraction passible de l’emprisonnement : l’article L3421-1 du code de la santé publique dispose que « l’usage illicite des substances ou plantes classées comme stupéfiants est puni d’un an d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende », la cession de stupéfiants étant elle punie de dix ans d’emprisonnement (article 222-37 du code pénal).

Après les débats des années 1990, c’est une politique de répression des usagers de drogues illégales qui a été mise en oeuvre.

Aujourd’hui, on peut constater le résultat : augmentation de la consommation, extension sur tout le territoire, exclusion accrue des toxicomanes, et maintenant suspicion généralisée de la jeunesse... Alors que son efficacité s’est révélée pour le moins aléatoire, cette politique continue à être prônée par les partisans du tout répressif : pour eux c’est la sanction, et tout particulièrement la prison, qui serait, par nature, éducative.

Lâchage de chiens renifleurs dans les classes, procédures de contrôle devant les établissements scolaires, voilà le spectacle que nous présentent la gendarmerie et la justice en guise d’action de prévention des toxicomanies...

Est-ce une bonne réponse au développement de la toxicomanie dans la jeunesse ?
Quelques remarques de bon sens permettront d’éclairer la situation :

  • Ce type d’intervention jette le soupçon sur tous les élèves, voire sur les jeunes dans leur ensemble, laissant s’accréditer l’idée que le collège et le lycée sont les principaux lieux du deal de drogues... On en arrive à traiter comme des suspects ceux « qui n’ont rien fait et n’ont rien à se reprocher ».
  • D’ailleurs, quelle quantité de stupéfiants les services pensent-ils saisir ? Quel genre de trafiquants pensent-ils interpeller ? Le jeune qui s’est acheté une demi barrette auprès d’un revendeur de village que l’on ira
    ensuite – peut-être – rechercher ? Croit-on vraiment que cela empêchera l’adolescent de recommencer ?
  • C’est, enfin, faire croire qu’un seul danger guette ces jeunes – le cannabis –, alors même que l’alcool, voire les deux associés (poly-toxicomanies) représente la cruelle réalité – sans oublier les autres facteurs de santé publique liés à de mauvaises habitudes de vie et d’alimentation.

En fait les fouilles n’ont rien donné, preuve que ce type de procédure repose sur des bases totalement artificielles, totalement en dehors d’une réalité autrement plus complexe.

Ne serait-il pas préférable de repérer les jeunes consommateurs de substances toxiques (y compris l’alcool) en cours de désinvestissement scolaire et de les orienter vers une structure de soins et d’écoute (y compris leurs parents) au lieu de les marginaliser encore plus ?

C’est l’absence d’une politique volontariste et réaliste de prévention et de soins qui a entraîné des établissements scolaires dans le schéma simpliste du tout répressif. Et les débordements auxquels nous assistons sont les signes de l’échec de la politique actuelle de lutte contre les toxicomanies.
La priorité doit être donnée au démantèlement des réseaux de trafics et non à la poursuite pénale du petit consommateur.

Parmi les premières mesures :

  • contraventionaliser l’usage des stupéfiants afin de désamorcer une escalade punitive inutile,
  • de développer de véritables actions de soins et de prévention,
  • d’orienter véritablement les services de polices et gendarmerie contre les réseaux organisés de trafic.
[D’après Gilles Sainati, et avec son accord.]


_______________________________

Ci-dessous, pour information, un extrait de l’"état 4001" pour l’année 2008 présenté par Michèle Alliot-Marie le 19 janvier 2009 [1]

P.-S.

Référence de la photo : http://lettre-etat.nord.pref.gouv.f....

Notes

[1L’état 4001 répertorie les délits et crimes portés à la connaissance des autorités de police et de gendarmerie. Pour lire le document complet : http://www.interieur.gouv.fr/sectio....


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP