les Roms au tribunal, les gens du voyage sur la pelouse d’un stade


article de la rubrique roms et gens du voyage > gens du voyage dans le Var
date de publication : jeudi 30 mai 2013
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La ville de Toulon demande au tribunal d’ordonner l’expulsion de trois familles roms qui occupaient une maison inhabitée, mais il ne semble pas qu’elle se soit préoccupée de leur relogement ... pas plus qu’elle ne s’en était souciée il y a deux mois après avoir fait expulser ces mêmes Roms d’un bâtiment désaffecté de l’USAM.

Des gens du voyage se présentent à La Seyne, mais il n’y a aucune aire pour les recevoir dans l’agglomération toulonnaise ... Comment s’étonner que les caravanes s’installent sur la pelouse d’un stade ?

[Mis en ligne le 29 mai 2013, mis à jour le 30]



Les Roms au tribunal [1]

Nous nous sommes retrouvés une dizaine ce matin au tribunal d’instance de Toulon pour soutenir les familles, menacées d’expulsion, qui occupent un bâtiment vide appartenant à la ville, dans le quartier de Vert Coteau. Cet hébergement improvisé n’a pas entraîné la moindre gêne dans le quartier – il n’y a d’ailleurs aucun voisin immédiat. Mais, à un an des élections municipales, la municipalité veut sans doute faire le ménage – d’autres diraient “passer au Kärcher” ...

L’avocate a demandé un report d’audience en invoquant différents arguments, notamment en raison de l’existence d’un dossier en cours de constitution au DIHAL, dans le cadre de la circulaire du 26 août 2012.

Le juge a donc proposé de se revoir le 26 juin, ce qui a été refusé par l’avocat de la mairie qui voulait plaider immédiatement. Le juge a finalement décidé d’un report au 12 juin – bien court pour trouver des solutions sérieuses et dignes...

Notre constat est toujours le même pour le Var : les municipalités refusent de
mettre en oeuvre des mesures (conçues à l’échelle nationale, dans le cas présent) qui supposent la recherche de véritables solutions humanitaires qui iraient à contre-courant d’un sentiment de rejet pur et simple.
S’il s’agit d’un calcul électoraliste, il est indigne d’une démocratie.

Toulon, le 29 mai 2013

Xavier Hardy


« Ce bien n’a pas été désamianté » ...

par Sébastien Botellla, Var Matin, le 30 mai 2013


[...] « C’est, avant tout, un problème de sécurité », justifie la première adjointe de la ville, Geneviève Lévy « Ce bien n’a pas été désamianté, et n’a ni eau, ni électricité. Sa démolition est programmée, et retardée en raison du squat » complète l’élue.

Propriétaire du bien, la commune de Toulon a saisi, hier, le Tribunal d’instance en vue d’obtenir le départ de ces six adultes et deux enfants. Mais l’audience a été reportée au 12 juin, à la demande du Sichem [2] et du Secours catholique. « Nous ne remettons pas en cause l’expulsion, mais conformément à ce que prévoit la circulaire Valls du 26 août 2012, nous travaillons avec l’État dans le cadre de la DIHAL pour réfléchir, en amont, aux mesures qui doivent être prises, pour reloger ces trois familles » , appuie Nathalie Le Marec, adjointe de coordinations du Sichem. Jouxtant la voie ferrée, la bâtisse, recouverte de graffitis, est squattée depuis la fin du mois mars, par ces trois familles, originaires de la région de Blaj, en Roumanie. « Là-bas, il n’y a pas d’argent. Pas de travail », résume Georgetta, 24 ans, ex-couturière dans une usine de textile. « Elle et son mari, Castel, sont partis en Espagne et ont rejoint Toulon en octobre », poursuit Nathalie Le Marec. Leur fille, Julia (7 ans), est scolarisée en CE1 à l’école de Sainte-Catherine.

«  Les adultes suivent des cours de français et montrent une réelle volonté de s’intégrer. Après l’expulsion du squat des Lices, un studio a été loué à une famille rom, par un parent d’élève. D’autres dorment dans la rue, près du Zénith et du cimetière des Lices ou sont hébergées par le diocèse de Fréjus-Toulon », détaille le Sichem, toujours en quête de solutions (plus) pérennes.

Aires d’accueil : un manque flagrant

La Marseillaise du 28 mai 2013


Ce dimanche, vers midi, des gens du voyage ont profité des travaux de la sortie d’autoroute près du complexe sportif Léry pour pénétrer sur la pelouse du stade de rugby, avec 35 à 40 caravanes, comme dans un camping, pour y rester environ une dizaine de jours.

« Le 9 juin au matin, on sera partis », indique Franck, responsable de l’association « La vie du voyage ». Une occupation qui ne s’est pas déroulée sans incident. Le directeur des services techniques de la ville, qui s’opposait à l’entrée des véhicules, a été traîné par terre. Il s’en sortira avec un pantalon déchiré et quelques coupures sans gravité. Une plainte a été déposée. « La Ville assure naturellement la protection juridique à ce fonctionnaire », indique le maire de La Seyne, Marc Vuillemot, sur son blog [3]. Sur place, celui-ci a échangé avec les gens du voyage : « Responsable de l’hygiène et de la sécurité sanitaire, j’ai exigé que les branchements électriques, l’adduction d’eau et le rejet des eaux usées soient réalisés conformément aux règles », précise le maire, qui informe qu’un titre de recettes sera émis. De plus, il a expliqué que des centaines d’enfants et de jeunes vont se voir privés de pratique sportive... Sur cette question, alors qu’un tournoi de rugby doit avoir lieu ce week-end en présence de 400 à 500 jeunes, une solution semblerait être trouvée. La manifestation devrait se dérouler au stade Marquet sur deux jours au lieu d’un. A suivre.

Des terrains inadaptés au caravaning

Franck, responsable de l’association, indique : « Chaque année, nous envoyons des courriers aux différentes mairies pour qu’elles mettent à notre disposition des espaces assez importants pour nous accueillir. Mais comme ils n’ont pas de lieu à nous proposer, nous rentrons de force sur les stades. On sait que ce ne sont pas des terrains pour faire du caravaning. »

Commerçants ambulants, ils traversent toute la France afin de pouvoir travailler dans cette période estivale. « Tous les ans, nous descendons dans le Golfe de Saint-Tropez. Nous suivons les touristes. Nous restons dix jours, puis nous remontons en suivant la côte. En clair, nous faisons la saison tout le long de la mer. »

D’où l’urgence de réaliser des aires de grand passage dans l’Ouest et l’Est varois, comme le souligne le maire de La Seyne.

Guy Mouisse


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Une quarantaine de caravanes a pris place sur la pelouse du stade Léry et, un peu plus loin, d’autres caravanes se sont installées sur le stade Fernand Sastre. (Martial Zéphir)

Les résolutions s’affichent mais les actes tardent encore

La Marseillaise du 28 mai 2013


Le fait n’est pas nouveau on le sait, le scénario se répète et se répétera encore et encore. Le maire de La Seyne, Marc Vuillemot (PS), en convient. Il y a quelques jours, il évoquait d’ailleurs sur son blog le manque d’aires d’accueil sur le territoire intercommunal, sans savoir qu’il serait ce dimanche à nouveau confronté aux séquences de ces carences.

« Honte sur nous, écrivait-il alors. Les gens du voyage ont des droits. Celui, entre autres, de se poser quelque temps sur un lopin de cette terre que nous avons en partage. C’est la loi de juillet 2000, notamment, faisant suite et précédant d’autres, relative à l’accueil des gens du voyage, qui en fixe les modalités. » [4]

Une loi pour laquelle le Var peine encore à se mettre en conformité malgré quelques récentes annonces, et la révision du schéma départemental pour l’accueil et l’habitat des gens du voyage. Laquelle confirme le très grand retard pris sur notre territoire et notamment sur l’agglomération toulonnaise. Cette dernière ne possède aucune aire d’accueil fonctionnelle. En effet, celle de la Millonne inaugurée à Six-Fours en septembre dernier s’est révélée... inondable « par ruissellement » et ce à peine un mois plus tard, le 26 octobre. Évacué et fermé, le site a malgré tout été occupé, faute de mieux. Les travaux ont depuis repris. Fin juin, l’aire devrait rouvrir selon la préfecture. A l’Est on attend toujours la réalisation de la petite aire de la Chaberte d’où a récemment été expulsée une communauté.

Une aire de grand passage doit aussi être créée dans le secteur de Hyères-La Crau. Reste que rien ne semble vouloir démarrer. En termes d’aire de grand passage, permettant d’accueillir un nombre conséquent de caravanes – comme la communauté arrivée ce week-end à La Seyne –, le Var est encore à la traîne. Le schéma départemental de 2003 préconisait sept créations, la première a vu le jour à Fréjus en zone inondable. En 2012 elle était encore la seule réalisation. Depuis, on relève un petit effort toutefois en Dracénie où une aire a été agréée il y a deux mois... Cinq sont donc toujours attendues, dont une à l’Ouest.

Après 10 années, d’immobilisme, les bonnes résolutions ont beau s’afficher il y a peu de signes concrets. Aussi l’on continuera encore quelque temps à déplorer « l’invasion » de caravanes ici et là en terrain public ou privé. Mais où aller sinon ? Ces familles ont la loi avec eux. Les maires le savent :
en « l’absence d’aire de grand passage sur le territoire de Toulon Provence Méditerranée interdit toute expulsion ordonnée par la puissance publique », rappelle ainsi Marc Vuillemot qui en attendant doit se livrer « à un véritable numéro d’équilibriste ».

Notes

[1Le JT local Toulon de France 3 a consacré une séquence à ces Roms : cliquez sur ce lien
et regardez à partir de 3m 40s.

[2Sichem : Service d’initiative de coopération humanitaire avec les étrangers et les migrants.

[3[Note de LDH-Toulon] – Voir cette page du blog de Marc Vuillemot : http://marcvuillemot.over-blog.fr/a....

[4[Note de LDH-Toulon] – Voir cette autre page : http://marcvuillemot.over-blog.fr/a....


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