le troisième cercle de silence à Toulon


article de la rubrique démocratie > les cercles de silence
date de publication : vendredi 12 décembre 2008
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Le troisième cercle de silence toulonnais contre l’enfermement des sans-papiers s’est tenu le 10 décembre 2008 pour le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948.
Le même jour la section dracénoise de la LDH organisait le premier cercle de silence de Draguignan.

Le prochain cercle de silence toulonnais se reformera vendredi 30 janvier 2009, de midi à 13 h, place de la Liberté.


Habituellement prévu le 30 de chaque mois, le « cercle de silence » de décembre s’est tenu pour le 60ème anniversaire de la DUDH. (photo Bruno Isolda)

« Tous responsables des droits de l’homme »

par Agnès Massei, La Marseillaise du 11 décembre 2008

A proximité de l’agitation du marché de Noël installé place de la Liberté à Toulon, plusieurs personnes se tiennent debout et silencieuses. Elles forment un cercle qui s’agrandit peu à peu au gré des arrivées. Elles observeront cette posture une heure durant. Rituel immuable de l’action relayée dans le Var par la Ligue des droits de l’homme. Il s’agissait en effet hier matin du troisième « cercle de silence » destiné à protester contre « l’enfermement et l’expulsion des étrangers ».

Initialement prévu le 30 de chaque mois, il s’est cette fois-ci exceptionnellement et délibérément tenu le 10 décembre, date du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Alors que la première initiative avait eu lieu à l’appel de la seule LDH, cette dernière a entre-temps été rejointe par d’autres associations. Ce dont se réjouit Elisabeth Nadiras. « Nous continuons de penser que le silence est une bonne façon de réagir dans la mesure où l’on ne veut pas nous entendre », estime-t-elle avant de poursuivre : « La Ligue des droits de l’Homme ne s’occupe pas uniquement des étrangers, mais c’est un sujet important au regard du traitement qu’ils subissent ».

« La peur, toujours »

Parmi les associations signataires de l’appel : le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Philippe Molinas est l’un de ses membres. « Nous sommes tout d’abord interpellés en tant qu’individu et une deuxième fois en tant que chrétiens. Partout où les droits de l’Homme sont bafoués, nous devons le dénoncer », déclare-t-il. Estimant, en cette journée anniversaire, que « rien n’est gagné », il fait siens les propos de Guy Aurenche, prochain président du CCFD au plan national, qui considère que «  nous sommes tous responsables des droits de l’Homme ». Philippe Molinas exprime en outre son « inquiétude » quant à « l’évolution d’un monde où l’homme est souvent réduit à une variable d’ajustement ».

La cause des sans-papiers compte depuis peu un nouvel appui dans le département avec la création de RESF 83 (Réseau éducation sans frontières). « Il ne s’agit pas d’une association de plus », souligne Xavier Hardy qui rappelle que le Var « était l’un des seuls départements où RESF n’était pas présent ». Bien que très récent, ce relais varois n’a pas tardé à se mettre en route puisqu’il tente d’apporter une « aide pratique et juridique » à un lycéen toulonnais menacé d’expulsion après avoir entamé des démarches pour obtenir sa carte de séjour.

Ce genre de situation concrète, l’une des participantes au « cercle » d’hier en côtoie régulièrement : « Les sans papiers sont souvent là pour des raisons économiques ou politiques graves. Il n’est pas normal qu’ils soient traités de cette manière ». Et de lâcher « Leur quotidien ? Pas de boulot, pas de formation, souvent pas de logement... Mais la peur, toujours ».

La Dracénie inaugure son premier « cercle »

La Dracénie aussi devait connaître un temps fort hier soir à l’occasion du 80ème anniversaire de la Déclaration des droits de l’Homme. Son premier « cercle du silence » devait ainsi être inauguré à l’initiative de RESF et du collectif de défense des libertés Var Est. Le collectif en question regroupe une dizaine d’associations, des syndicats et des citoyens, et il a pour vocation de «  défendre l’intégrité des citoyens  », explique Dominique Faluomi, présidente de la section dracénoise de la Ligue des droits de l’Homme.

L’une des premières initiatives de ce collectif créé à la mi-octobre 2008 a consisté en un sit-in devant la sous-préfecture contre le fichier Edvige.
Entre autres activités, ses membres ont décidé de reprendre le concept d’un « cercle du silence » mensuel. L’idée, selon Dominique Faluomi, étant de prendre le contre-pied d’un «  président hyper-médiatisé qui court partout  » autrement dit de «  rester muet  ». Pour cette première dracénoise, les organisateurs n’ont pas lésiné sur la dimension symbolique : le rassemblement était en effet prévu à Draguignan place René Cassin, du nom de celui qui fut l’un des rédacteurs de la fameuse Déclaration. Les participants étaient en outre invités à porter des masques blancs afin, d’attirer l’attention des passants sur le sort réservé aux sans-papiers : « Ils sont réduits à moins que rien », juge Dominique Faluomi.

D’une manière plus générale, si elle estime qu’en matière de droits de l’Homme « il y a de quoi s’inquiéter » et qu’il convient « d’être très vigilant », elle appelle néanmoins à ne pas céder à un quelconque « défaitisme ».

Le collectif de défense des libertés Var Est se réunit le premier mercredi de chaque mois à la Maison des associations de Draguignan.

Ils ont dit

  • Elisabeth Nadiras (Ligue des droits de l’homme) : « Le seul crime de ces étrangers est ne pas posséder de papiers... Ils n’ont pourtant commis aucun délit ».
  • Philippe Molinas (CCFD) : « Nous sommes inquiets. On voit bien que la mondialisation écrabouille les individus et notamment les plus faibles ».
  • Xavier Hardy (RESF 83) : « Tandis que les capitaux, eux, circulent très vite, des gens se trouvent bloqués. Alors que c’est la misère qui les appelle ».
Agnès Massei

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