le scandale de la prison


article de la rubrique prisons > les longues peines
date de publication : jeudi 4 août 2005
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Préface de Martin Winckler [1] pour le livre Je hais les matins de Jean-Marc Rouillan, éd. Denoël, Paris 2001.


Le scandale de la prison ne réside pas dans la punition qu’elle représente - la privation de liberté.

Si la prison est scandaleuse, c’est parce que les droits les plus élémentaires - se laver, se soigner, lire, écrire, communiquer avec sa famille, étudier, reprendre espoir et se préparer à (re)trouver une place dans la cité - y sont refusés à la majorité des détenus tout en étant accordés à quelques autres.

Ce qui est scandaleux, c’est la violence, l’humiliation, le sadisme, le silence, l’iniquité et l’inhumanité qui y règnent et que quelques voix ne cessent de dénoncer sans être entendues.

La prison est scandaleuse parce qu’elle démontre que notre société est hypocrite et inégalitaire.

On meurt, en prison, lentement mais aussi violemment.

« Ici, on tue et on laisse mourir tout à fait réglementairement. »

Citoyen, soignant et écrivain, je m’insurge contre toute forme de violence et de terrorisme physiques, intellectuels ou symboliques ; institutionnels, professionnels ou individuels.

Ce qui me révolte, quand je lis ces livres, ce livre, c’est que la violence de la prison n’éteint pas la violence de ceux que la société y enferme.

Elle l’attise, au contraire, elle l’entretient et, par un retournement pervers, elle finit par la justifier.

Ce qui me révolte, c’est qu’a posteriori la violence carcérale semble donner raison aux analyses idéologiques qui ont conduit Jean-Marc Rouillan et ses compagnons à prendre les armes contre la société.

Je ne veux pas de cette prison-là.

Et vous ?

Jean-Marc Rouillan menacé de sanction

par Pascal Ceaux [Le Monde, le 3 août 2005]

Pour avoir parlé sans autorisation, Jean-Marc Rouillan risque une sanction allant du simple avertissement à quinze jours de quartier disciplinaire. La commission de discipline du centre de détention de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), où est incarcéré l’ancien membre d’Action directe, devait examiner, mardi 2 août, le cas du prisonnier. Celui-ci a récemment donné un entretien à La Dépêche du Midi, au moyen d’un téléphone portable qui lui avait été fourni par un visiteur. Des extraits de la conversation ont été publiés par le quotidien régional dans l’une de ses éditions du 26 juillet.

La direction de la prison avait lancé à son encontre une procédure disciplinaire, considérant qu’il n’avait pas sollicité l’accord de l’administration pénitentiaire pour cet entretien. Il s’est rendu coupable, aux yeux de l’administration, d’une faute de troisième degré, la moins grave, qui vise le fait de communiquer avec l’extérieur sans autorisation.

Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1987 pour les assassinats de l’ingénieur général de l’armement René Audran, en 1985, et du président-directeur général de Renault, Georges Besse, l’année suivante, Jean-Marc Rouillan venait de déposer sa première demande de remise en liberté conditionnelle, le 27 juillet, après avoir accompli les dix-huit années de la peine de sûreté que lui avait infligée la cour d’assises.

C’est à cette occasion qu’il s’était exprimé dans les colonnes de La Dépêche. Il s’y déclarait notamment convaincu que "la décision politique de notre libération n’-avait- pas été prise". Il s’attendait donc à rester en prison comme les autres membres du groupuscule, Nathalie Ménigon ou Georges Cipriani. Seule Joëlle Aubron a été l’objet d’une remise en liberté pour des raisons médicales.

"REPENTIR OFFICIEL"

Dans ce même entretien, Jean-Marc Rouillan affirmait que les pouvoirs publics attendaient de lui un reniement, déclarant ainsi : "On veut clairement un repentir officiel (...). On veut faire publicité de notre intervention sur l’inutilité de la lutte armée, sur sa dangerosité." Or, précisait-il, "nous croyons toujours valable notre positionnement communiste", tout en concédant que "les conditions de la lutte armée n’existent plus".

Selon son avocat, Me Christian Etelin, la conversation téléphonique, que souhaite sanctionner l’administration pénitentiaire, "n’avait pas pu échapper au personnel du centre de détention de Lannemezan". "Elle a irrité le ministère de la justice, qui veut que Rouillan s’exprime le moins possible", ajoute Me Etelin, qui veut saisir l’occasion de la comparution de son client au prétoire "pour poser le problème de la liberté d’expression du détenu".

Dans le passé, le cofondateur d’Action directe s’était déjà exprimé dans des journaux. Au ministère de la justice, la direction de l’administration pénitentiaire rappelle que Jean-Marc Rouillan a également "publié six livres qui ont tous été autorisés" .

Par ailleurs, l’examen de la demande de libération conditionnelle de Jean-Marc Rouillan a été reporté au 14 septembre. Le tribunal de l’exécution des peines décidera à cette date si, oui ou non, le détenu peut bénéficier d’une mesure qui le ferait sortir de prison, pour la première fois depuis février 1987.

Notes

[1Martin Winckler (Alger 1955 - ). Médecin, romancier, essayiste, contestataire. Auteur, notamment, de La vacation, POL, Paris 1989 ; Les miroirs de la vie, Le passage, Paris 2000 ; Contraception, mode d’emploi, Au Diable Vauvert, 30600 Vauvert 2001 ; En soignant, En écrivant, J’ai Lu, Paris 2001.


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