le premier ERS a été pour Ciotti


article de la rubrique discriminations > “violence” des jeunes
date de publication : mercredi 15 septembre 2010
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Les Établissements de réinsertion scolaire (ERS) ont été créés par Nicolas Sarkozy le 5 mai dernier dans son nième discours sur la sécurité. Ils sont destinés à accueillir des «  élèves très perturbateurs qui ne sont pas des délinquants, qui n’ont pas encore été condamnés par la justice ».

Après les internats d’excellence, c’était une nouvelle étape dans la logique de tri et de fragmentation de l’École. « Étrange conception du “vivre ensemble” ! » avait remarqué le syndicat SE-UNSA qui s’était inquiété : « Les bancs de l’Ecole de la République seraient-ils trop étroits pour accueillir tous les jeunes ? » [1]

Le premier ERS a été inauguré par le ministre de l’Education nationale en personne le 13 septembre 2010. Comme il se doit, il est localisé dans le département d’Éric Ciotti, monsieur sécurité de l’UMP et spécialiste de l’absentéisme scolaire [2].


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Eric Ciotti et Luc Chatel à Saint-Dalmas de Tende.

Luc Chatel inaugure dans les Alpes-Maritimes le premier collège pour élèves “perturbateurs”

[Nice-Matin, le 13 septembre 2010]


Inauguré ce lundi par Luc Chatel, l’Établissement de réinsertion scolaire (ERS) de Saint-Dalmas-de-Tende dans les Alpes-Maritimes va faire des petits. Une vingtaine de structures similaires, destinées aux élèves "très perturbateurs", doivent voir le jour d’ici la fin de l’année en France selon le ministre de l’Éducation.

« Jusqu’à présent il manquait un maillon dans la chaîne de l’Éducation nationale pour répondre au problème des élèves très perturbateurs », a estimé le ministre après avoir visité le tout nouvel ERS de l’Académie de Nice, installé dans un ancien hôtel de Saint-Dalmas-de-Tende, dans le massif du Mercantour. Treize élèves, âgés de 13 à 16 ans, y sont pour l’instant accueillis depuis le 2 septembre.

Les ERS sont destinés à accueillir des élèves ayant fait l’objet de plusieurs exclusions. Si l’accord du jeune et de sa famille ne peut être obtenu, le placement en ERS pourra être prononcé contre l’avis des parents après une saisine du procureur par l’inspecteur d’académie.

« Il ne s’agit pas d’abandonner » les élèves

« Il y avait les classes relais qui permettent aux élèves pendant quelques semaines de réapprendre les fondamentaux [...]. Et puis à l’autre bout de la chaîne, pour les élèves qui sont déjà passés par la case justice, il y a des établissements qui sont sous l’autorité judiciaire », a rappelé Luc Chatel ce lundi.

« Mais nous n’avions pas d’établissements pour les élèves très perturbateurs qui ne sont pas des délinquants, qui n’ont pas encore été condamnés par la justice, qui ont de graves difficultés et qui peuvent perturber fortement la classe », a noté le ministre. « Il fallait [...] les sortir de leur établissement classique et en même temps les préparer à revenir dans le système traditionnel, il ne s’agit pas de les abandonner », a-t-il estimé.

Critiques de chefs d’établissements

Des dizaines d’ERS vont ouvrir « dans les prochaines semaines, certains sont prêts d’ores et déjà à être mis en service d’ici le mois d’octobre (...) en Lozère, à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne), en région parisienne (...) ou encore dans l’Eure-et-Loire », a énuméré Luc Chatel. L’objectif est de créer une vingtaine d’établissements d’ici la fin de l’année scolaire.

Le projet a suscité le scepticisme des chefs d’établissements du SNPDEN-Unsa : « On les met à l’écart, on crée un milieu à risques, et l’histoire montre qu’il n’y a eu que des échecs en la matière », a déclaré Philippe Tournier, son secrétaire général, citant l’exemple des « colonies d’enfants difficiles » fermées au cours du XXème siècle.

A l’école, on apprend d’abord les règles, le respect de l’autorité

[« Luc Chatel face à la rédaction », Var-Matin, 15 septembre 2010]


  • Vous avez inauguré lundi à Saint-Dalmas de Tende le premier ERS, établissement de réinsertion scolaire. Est-ce un nouveau laboratoire de lutte contre l’échec scolaire ou bien une maison de correction des temps modernes ?

C’est tout simplement le chaînon qu’il manquait à l’Éducation nationale pour traiter les élèves très perturbateurs. Parce qu’il suffit d’un ou deux de ces élèves dans un établissement de 1 000 personnes pour mettre le bazar et polluer la vie de l’ensemble. Il existait deux types de structures : les classes relais où l’on sort les élèves pour quelques semaines seulement et les établissements spécialisés sous contrôle judiciaire : les centres éducatifs fermés. Entre les deux il manquait une structure adaptée pour les élèves très perturbateurs. Pour les sortir de leur environnement, pour pacifier la vie de l’établissement, mais en même temps apporter une aide éducative à ces enfants.

  • On parlait en mai d’un centre par académie, pour l’instant on en est au premier. Les autres vont-ils suivre ?

Oui, onze établissements de ce type vont ouvrir dans les jours qui viennent. Et on en comptera une vingtaine d’ici à la fin de l’année scolaire. Dans les Alpes-Maritimes le conseil général est même déjà demandeur d’un deuxième établissement.

  • Quel est le moyen d’intégrer les élèves perturbateurs dans ces centres spécialisés, une simple incitation ?

Tous les élèves ont jusqu’ici été placés dans cet établissement avec l’accord de leurs parents. Mais nous nous réservons la possibilité, dans des cas ultimes, de demander au procureur la possibilité de placement d’office.

  • Vous avez évoqué la possibilité, dans le cas d’injures verbales, d’engager chaque fois des procédures disciplinaires. N’est-ce pas là une tentation de retourner à l’école du passé ?

Au contraire, ce qui fait recette à l’école aujourd’hui c’est le respect de l’autorité. Moi je ne suis pas un adepte de l’élève qui est l’égal du maître. A l’école on apprend d’abord les règles, le respect de l’autorité, car pour transmettre le savoir il faut que le maître soit respecté. Ce que j’ai voulu c’est remettre à plat le dispositif des sanctions.
Parce que je n’étais pas convaincu que l’exclusion soit la solution. J’ai confié une mission au criminologue Alain Bauer qui a fait des propositions que j’ai retenues. ça repose sur l’idée que les sanctions doivent être mieux connues. Elles ne le sont pas toujours, y compris par ceux qui sont censés les faire appliquer. Dorénavant il y aura une charte qui sera intégrée au règlement intérieur de chaque établissement pour présenter les droits et devoirs des élèves. Et les faits graves doivent être systématiquement sanctionnés, comme l’insulte à un professeur.

  • Quelles sanctions alors ?

J’ai souhaité que l’on réactive les mesures d’utilité collective. Un élève qui insulte un professeur ou qui agresse un camarade, c’est plus utile de l’envoyer le soir pendant quelques semaines aller aider une association de quartier que de l’exclure de l’établissement pendant deux mois. Progressivement on met donc fin à l’exclusion provisoire qui ne sert pas à grand-chose : c’est juste l’acceptation de la facilité.

P.-S.

Lire le reportage de Louise Fessard « Inauguration sous le signe sécuritaire du premier établissement de réinsertion scolaire », sur le site Médiapart.

Notes

[2Le Parlement a adopté définitivement, ce mercredi soir 15 septembre 2010, la proposition de loi d’Eric Ciotti prévoyant la suspension des allocations familiales pour absentéisme scolaire, sur demande d’un inspecteur d’académie. Le Sénat a voté sans le modifier le texte déjà adopté le 29 juin par les députés, ce qui rend l’adoption définitive. Seule la majorité l’a approuvé, la gauche votant contre. Ce texte répond à un vœu répété à de nombreuses reprises par Nicolas Sarkozy, qui a qualifié de « priorité absolue » la lutte contre ce « cancer ».


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