le maire de Carqueiranne et ses copains


article de la rubrique Toulon, le Var > villes du Var
date de publication : jeudi 5 février 2015
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Le Var a un problème aigu de logement, c’est bien connu : il manque par exemple près de 700 logements sociaux à Carqueiranne pour que le taux de 20 % requis par la loi SRU soit atteint.

Mais l’immobilier de haut standing est florissant dans cette commune. Le Plan d’occupation des sols y contribue. Si l’on en croit l’article intitulé “Soupçons de fraude à Carqueiranne” publié dans l’édition du 14 février 2013 du quotidien Var-Matin, un certain nombre de personnes bien informées – notamment des proches du maire, Marc Giraud – sont d’ailleurs soupçonnées d’avoir tiré profit d’une modification opportune du POS. Malheureusement pour elles, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Toulon suite à une plainte pour prise illégale d’intérêt et recel. Marc Giraud se dit « très serein » car il n’a «  rien à cacher » – l’article ci-dessous, repris du Canard, ne le troublera donc pas.

Il ne devrait pas troubler non plus la présentation privée du programme Royal Rivage prévue à Paris les 22 et 23 février 2013.

[Dernière minute] : D’après un article de Var Matin du 16 avril 2014, le maire de Carqueiranne, Marc Giraud, a apporté son soutien et renouvelé "l’entière confiance" qu’il porte à ses collaborateurs. [1]

[Mis en ligne le 21 février 2013, mis à jour le 16 avril 2014, le 25 janvier 2015, puis le 5 février 2015]



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Royal Rivage à Carqueiranne (Source anticor83)

Petits immeubles entre amis sur le beau rivage varois

par Christophe Nobili, Le Canard enchaîné du 13 février 2013


Sur la côte, c’est le genre de terrain qui déchaîne les passions : 3 hectares à l’abandon, en centre-ville, à 200 mètres de la mer, face à la presqu’île de Giens. La dernière pépite de Carqueiranne... en passe de devenir la première source d’emmerdements judiciaires pour le maire et numéro 2 du conseil général du Var, l’UMP Marc Giraud.

Pendant quinze bonnes années, les mastodontes du BTP français, Bouygues en tête, ont défilé chez les Guiol, une vieille famille de paysans de la commune, pour leur racheter leurs anciens champs de fleurs. Mais ces terres au soleil, inconstructibles, valaient des nèfles. Les Guiol ne voulaient pas les brader et faisaient désespérément le siège de Giraud pour qu’il les rende constructibles... Jusqu’à ce qu’un beau jour de juin 2007 le miracle se produise.

Cet été-là, le plan d’occupation des sols est spécialement modifié par monsieur le maire. La valeur du mètre carré de terrain passe de quelques dizaines à plusieurs centaines d’euros. Mais attention ! Sur le papier, cette ouverture au bétonnage répond à une noble cause publique : « renforcer l’infrastructure hôtelière » et « satisfaire à la demande croissante de logements, notamment sociaux », dans cette station balnéaire où il en manque 700. Le conseil municipal de Carqueiranne et le préfet du Var applaudissent. Un acheteur se précipite et met la main sur le plus gros. Il s’agit d’un bâtisseur du cru, Michel Mattesi-Bosso, promoteur immobilier et expert-comptable (ça ne s’invente pas), bien en cour à la mairie.

Plan d’appropriation des sols

Cinq ans et demi plus tard, un hôtel, du genre modeste, est encore à l’état de plans. Et douze logements sociaux à peine sont en chantier. En revanche, sur la plus grande partie du site, les maçons ont déjà abattu un sacré boulot, chapeau ! Trois lotissements et un immeuble de 70 appartements, avec vue sur la mer, mais aussi plusieurs villas de standing, le tout quasi terminé.

Qui sont les heureux propriétaires qui ont, les premiers, décroché leur permis de construire en 2010-2011 ? Nathalie Peinado, d’abord, qui n’est autre que
la patronne de l’urbanisme de la ville, laquelle avait instruit la modification du plan d’occupation des sols en relation avec les Guiol. Elle leur a acheté 600 m²,
pour ériger sa villa avec piscine. Son voisin ? Un certain Philippe Voyenne. Lui, c’est le directeur de cabinet du maire, qui a monté sa baraque sur une parcelle de 400 m². Enfin, plus bas sur l’avenue qui mène à la mer et porte
le doux nom de Beau-Rivage, bienvenue chez Frédéric Giraud, le fiston de l’édile.

Ç’a eu payé, mais ça paiera plus

Michel Mattesi-Bosso, qui a décroché le jackpot, n’est pas malheureux non plus. Il a acheté à très bon prix (150 euros le mètre carré...), aménagé puis revendu la quasi-totalité des terres, avec de formidables culbutes à la clé. Un habitué des bonnes affaires : dans un autre quartier, le Beau Vézé, il s’était pris quelques PV d’infraction, restés sans suite, en transformant des cabanes en immeubles et villas fort rentables.

Et les Guiol, dans tout cela ? En paysans avisés, ils ont conservé deux-trois lopins de terre sur lesquels, avec le produit de leurs ventes, ils ont construit pour les enfants. Bref, tous les amis sont contents. Ou plutôt l’étaient, jusqu’à la semaine dernière.

Les Guiol ont en effet ouvert le bal des auditions à la brigade financière de Toulon, dans le cadre d’une enquête préliminaire du parquet pour prise illégale d’intérêt et entente frauduleuse (« France 3 », 7/1). Aux poulets, qui n’ont pas fini de rigoler, les paysans ont raconté une drôle d’histoire. En 1999, après la mort du grand-père, un bon Samaritain était venu taper à leur porte pour les aider à payer les droits de succession, en leur prêtant 75 000 euros : un certain Mattesi-Bosso, encore lui. Un vrai talent d’anticipation.

A la mairie, Nathalie Peinado tient à jurer au Canard que tous, à commencer par elle, ont acheté « au prix du marché ». Giraud, lui, crie au coup tordu, alors qu’il brigue la présidence du département en 2014, et va même plus loin : « Mon fils a payé son terrain plus cher que certains voisins ! »

Des enfants d’élus qui allongent davantage que le pékin moyen : tout fout le camp, dans le Var...

Affaire du Beau-Rivage à Carqueiranne : le maire défend ses collaborateurs

Var Matin, le 16 avril 2014


Alors que deux responsables municipaux sont placés en garde à vue, Marc Giraud renouvelle "l’entière confiance" qu’il porte à ses collaborateurs.

Le directeur de cabinet du maire, Philippe Voyenne, et la responsable des services techniques de la Ville, Nathalie Peinado, ont été placés en garde à vue ce mardi. La PJ de Toulon enquête sur des soupçons de fraudes autour de l’urbanisation du site de Beau-Rivage à Carqueiranne.

La justice s’interroge notamment sur les conditions dans lesquelles des parcelles ont été rendues constructibles, à la faveur d’une modification du plan d’occupation des sols (POS) en 2007, avant que les deux cadres municipaux se portent acquéreur de parcelles pour y construire leur villa. Un promoteur immobilier, également cité dans le volet de l’urbanisation du Beau-Vézé, a également été placé en garde à vue.

"Je me réjouis que l’enquête se poursuive parce que la vérité sortira à la fin", a réagi le premier magistrat de la ville. "C’est leur droit le plus absolu d’acheter à Carqueiranne."

Dans les colonnes de Var-Matin paru ce mercredi, Marc Giraud revient également sur la modification du POS. "La zone de Beau-Rivage a été mise en zone à urbaniser dès 1989, je n’étais pas à la mairie." Et d’ajouter que la modification de 2007 avait été soumise à la commission des sites en préfecture : "J’ai eu un accord à l’unanimité, modifier un POS ça n’est pas illégal, ça ne se fait pas en catimini !"

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Nouvelle perquisition en mairie de Carqueiranne

par Sonia Bonnin, Var Matin le 5 février 2015


La perquisition fait suite à l’ouverture d’une information judiciaire pour « détournement de fonds publics et recel aggravé ». Pour Marc Giraud, « il n’y a aucun emploi fictif à la mairie de Carqueiranne » .

Des policiers ont passé plusieurs heures en mairie, mardi, dans le cadre d’une enquête sur un emploi fictif. Le maire Marc Giraud parle « d’une dénonciation mensongère »

Une perquisition a été menée en mairie de Carqueiranne dans la journée de mardi, par les enquêteurs de la police judiciaire. Dans la plus grande discrétion, les policiers ont passé plusieurs heures, à rechercher des documents en lien avec une nouvelle enquête qui vise la mairie.

Depuis octobre 2014, une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Toulon, pour « détournement de fonds publics et recel aggravé ». Fait important, la procédure, confiée au juge Didier Guissart, est ouverte contre X. Aucune mise en cause personnelle n’est formulée.

La justice cherche à vérifier si une employée municipale exerce bel et bien le travail pour lequel elle est rémunérée. Mais on ignore quelle est l’étendue des investigations menées en dehors de ce point précis.

« Un moyen de dénigrer, de salir »

Le maire Marc Giraud a réagi hier soir par la voix d’un communiqué à l’adresse de ses administrés. Il y écrit que « la vague de dénonciations mensongères se poursuit ». Il y voit « un moyen de dénigrer, salir et manipuler l’opinion publique carqueirannaise à chaque échéance électorale ».

Réélu maire en mars 2014, 1er vice-président du conseil général, Marc Giraud brigue la présidence de l’institution varoise, lors des élections départementales de mars prochain.
Suite à la perquisition, l’élu choisissait, hier, de se défendre publiquement en affirmant qu’il n’y a « aucun emploi fictif à la mairie de Carqueiranne ».
Il écrit ainsi : « L’agent " incriminé " est dans la fonction publique depuis 1985, est connu de tous (…), remercié de nombreux Carqueirannais qui ont bénéficié du fruit de son travail ».

Dans le contexte électoral, poursuit-il, « à qui profite le crime ? »

Autres procédures

Au-delà du prochain vote, l’horizon judiciaire n’est pas dégagé au-dessus de la mairie. Une première information judiciaire avait déjà conduit à une perquisition dans le bureau du maire - c’était en mars 2013. Les mises en examen de deux cadres de la mairie ont ensuite été annulées par la cour d’appel d’Aix-en-Provence (décembre 2014).
Ces deux personnes sont aujourd’hui sous le statut intermédiaire de " témoin assisté " [2].

« C’est une affaire qui se dégonfle, comme toutes les autres », répond Marc Rivolet, avocat de l’un des cadres.

Ce dernier est présent par ailleurs dans une autre procédure sur des primes et salaires qui auraient été touchés indûment par deux cadres municipaux. Cette audience-là est programmée au 27 mai, après avoir été renvoyée à deux reprises l’an passé.

P.-S.

Compléments

  • [Ajouté le 25 janvier 2015] – Var Matin, le 24 décembre 2014 : annulation des mises en examen des deux proches du maire de Carqueiranne
« Les deux mises en examen signifiées en avril 2014 pour “corruption” et “recel de corruption” à l’encontre de Nathalie Peinado [...] et de Philippe Voyenne [...] ont été annulées par la cour d’appel d’Aix en Provence.Les deux proches du premier magistrat mis en cause [...] bénéficient désormais du statut de témoin assisté. Leurs contrôles judiciaires [...] ont également été annulés [...] »

Notes

[1Jeudi 17 avril, on apprenait que ces deux personnes ainsi qu’un entrepreneur varois étaient mis en examen et placés sous contrôle judiciaire (référence : http://www.francebleu.fr/infos/mise...), deux mesures ultérieurement annulées.

[2Seul un entrepreneur reste mis en examen dans ce dossier, pour " corruption et infraction aux règles d’urbanisme ".


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