le boucher des Balkans échappe à la justice internationale


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date de publication : samedi 11 mars 2006
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La mort de Slobodan Milosevic met fin à son procès devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

Par Anthony Deutsch et Dusan Stojanovic (AP).


LA HAYE, Pays-Bas (AP) — Slobodan Milosevic est mort dans son lit, mais en prison. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yousgoalvie (TPIY) n’aura pas eu le temps de finir de juger l’ancien maître de Belgrade, âgé de 64 ans, pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis en Bosnie, en Croatie et au Kosovo pendant les guerres des Balkans dans les années 1990.

Son procès [1] qui s’est ouvert le 12 février 2002 était considéré avec celui de Saddam Hussein en cours en Irak comme l’épreuve judiciaire la plus importante qu’ait affrontée le monde depuis les jugements de Nuremberg et de Tokyo après la Seconde Guerre mondiale. Comme son homologue irakien, l’ancien président yougoslave rejetait la justice internationale. Assurant sa propre défense pendant quatre ans, avec de nombreuses interruptions d’audiences pour raisons de santé, il n’exprimait aucun remords et invectivait le TPIY, rudoyait les témoins ou ridiculisait l’accusation.

Slobodan Milosevic a été livré au TPIY le 28 juin 2001 après avoir été renversé par la rue en octobre 2000. Usant de son charme, ce dirigeant impitoyable au menton volontaire s’était maintenu au pouvoir pendant 13 ans en transformant les défaites de son pays en victoires personnelles malgré quatre guerres perdues qui ont laissé l’ancienne Yougoslavie explosée et ruinée sur tous les plans.

Cela ne l’a pas empêché de se présenter comme le dernier défenseur d’un peuple fier victime de « l’agression de l’OTAN » et du »terrorisme soutenu par l’Occident ». « Les Serbes me suivront quoi qu’il arrive », a-t-il lancé un jour. Le vent a définitivement tourné fin 2000 quand il a dû reconnaître la victoire électorale du candidat de l’opposition Vojislav Kostunica, qui lui a succédé. Il s’est rendu le 1er avril 2001 après 26 heures de résistance.

Slobodan Milosevic est né le 29 août 1941 à Pozarevac, ville industrielle du centre de la Serbie, d’un père prêtre orthodoxe défroqué, professeur occasionnel de russe, et d’une mère également enseignante, qui se sont tous deux suicidés plus tard.
Licencié en droit à Belgrade en 1964, il rejoint rapidement les rangs du Parti communiste, passage obligé sur la route du pouvoir sous le règne de Tito. Il épouse Mirjana Markovic, qui dirige la Gauche unie yougoslave (JUL), efficace alliée du Parti socialiste serbe (SPS), et a deux enfants Marija et Marko.

Surnommé « le petit Staline » par ses camarades de parti, il prend la tête de la Ligue des communistes de Serbie en 1986 avant de renverser en 1987 son ami de 25 ans, le président de la République fédérale de Yougoslavie (RFY) Ivan Stambolic. Ce dernier sera enlevé et assassiné en 2000, sur ordre de Milosevic selon les autorités serbes.

Dès 1987, Milosevic joue la carte du nationalisme serbe exacerbé. Dans une fédération en voie d’implosion, il accède à la présidence de la Serbie le 23 mai 1989. Immédiatement, il prive de son autonomie le Kosovo, berceau historico-religieux des Serbes. L’année suivante, les troupes yougoslaves reprennent le contrôle de la province albanophone.
En 1991, la Croatie et la Slovénie déclarent leur indépendance. Milosevic encourage les Serbes de Croatie à prendre les armes et envoie les troupes fédérales. Le conflit fera au moins 10.000 morts jusqu’à la mise en oeuvre d’un cessez-le-feu surveillé par l’ONU en janvier 1992.
Trois mois plus tard, la Bosnie-Herzégovine fait à son tour sécession. Milosevic, surnommé « le boucher des Balkans » par les Etats-Unis, finance la rébellion serbo-bosniaque dans une guerre qui fait environ 200.000 morts et place la Yousgoalvie au ban de la communauté internationale. Pourtant il parvient à redorer son blason en acceptant l’indépendance des deux provinces dans les accords de Dayton (Ohio) en 1995.

Le 23 juillet 1997, empêché par la Constitution de briguer un deuxième mandat à la présidence de la Serbie, il se fait élire à celle de la RFY, qui ne comprend plus que la Serbie et le Monténégro. Mais le Kosovo, instrument de son ascension, sera aussi celui de sa chute.

L’intervention de ses troupes début 1998 pour écraser un soulèvement des Albanophones cessera en juin 1999 après 78 jours de bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie. Le Kosovo est placé sous administration de l’ONU et Milosevic est inculpé par le TPIY de crimes de guerre et contre l’humanité dans la province. L’accusation de génocide viendra plus tard.
Affaibli, Slobodan Milosevic tente d’obtenir un deuxième mandat de quatre ans à la tête de la RFY en introduisant le suffrage universel en 2000. L’opposition mène le scrutin, il veut l’annuler. Mais à la faveur d’une mobilisation populaire sans précédent, les manifestants prennent d’assaut les symboles du pouvoir, faisant chuter le 5 octobre, sans violence, « le dernier morceau du Rideau de Fer », selon l’expression du chef de la diplomatie allemande Joschka Fischer. AP


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