le Var, élève modèle du « nouveau FN » ?


article de la rubrique extrême droite > FN : le cru 2014
date de publication : mercredi 21 janvier 2015
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Le Front National lance dans le Var une campagne de communication attaquant violemment les autres partis politiques qu’il traite d’“escrocs, menteurs, voleurs”. Il serait peut-être temps de se pencher sur un bilan du parti frontiste dans le Var depuis les élections municipales de mars 2014.

Il ne s’agit pas d’un bilan exhaustif, mais nous avons retenu quelques faits qui nous paraissent significatifs, concernant le parti et ses élus, notamment son très médiatique sénateur David Rachline, sans oublier que Jean-Marie Le Pen a annoncé officiellement dimanche 11 janvier 2015 sa candidature comme tête de liste du Front national aux élections régionales de fin 2015 pour la région Paca : « J’ai pour ma part accepté selon le vœu unanime de nos élus d’être candidat en tête de liste ... »


Le parti

« Le Var, élève modèle du nouveau FN » titrait Le Monde du 28 novembre [1]

« Dans le Var, le FN surfe sur la vague. Les derniers scrutins lui ont apporté un conseiller général (lors de la partielle de Brignoles), trois maires, 175 conseillers municipaux, et, conséquence directe, un sénateur en septembre, David Rachline. En mars 2015, le parti de Marine Le Pen sera forcément présent dans les 23 cantons redécoupés du département. »

Avec 4 196 adhérents au recensement interne de novembre, le FN du Var se revendique première fédération du pays. « Dans mon canton, c’est un flot continu », affirme le conseiller général qui l’a emporté en octobre 2013 à Brignoles.

Pour Frédéric Boccaletti secrétaire départemental du Front national, il « a été beaucoup plus simple de trouver des candidats que pour les élections précédentes ». Lui-même candidat sur le canton de Six-Fours, il était chargé de choisir les autres.

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Cabu, L’étranger, éd Cherche Midi, 2002 (Le FN avait été battu à Toulon en 2001)

Les prochaines élections départementales

Frédéric Boccaletti ne le cache pas : « ces élections à venir sont très importantes pour la Fédération du Var. On n’y va pas pour gagner quelques cantons mais pour remporter le département. » (Var Matin, le 10 décembre 2014).

Il est prêt : la liste officielle des candidats du FN est publiée
 [2]. On y trouve des noms connus : le maire du Luc, Philippe de La Grange et Laurent Lopez, conseiller sortant à Brignoles.

À noter la présence de Rachel Roussel, membre du Conseil National et Secrétaire départementale de Debout La France, comme candidate du Front national dans le canton de Solliès-Pont. Ne voyant pas de grandes différences entre les deux partis (Var Matin, 15 janvier 2015), elle pensait peut-être pouvoir bénéficier d’une double investiture ... mais Nicolas Dupont-Aignan l’a rapidement exclue de son parti.

A Saint-Raphaël, le jeune tête liste du FN aux dernières élections municipales, Nicolas Melnikowicz, est resté sur la touche. Ce n’est pas une surprise : début décembre, Var Matin nous avait appris que Frédéric Boccaletti avait décidé « l’exclusion définitive du mouvement  » du jeune ambitieux. Quelques jours plus tard, le secrétariat du FN varois publiait un communiqué, écrit dans la langue de bois la plus pure, où il posait la question : “Y aurait-il un accord Ginesta-Melnikowicz ?”, au prétexte que Nicolas Melnikowicz avait été vu partageant un repas avec Georges Ginesta, député maire UMP de la commune voisine de Saint-Raphaël.

Un bilan de sénateur cumulard

David Rachline s’est vite fait remarquer au Sénat ... pour son absentéisme. Le 26 novembre 2014, la sénatrice UDI Chantal Jouanno lançait une alerte sur Twitter : "Avez-vous des nouvelles de notre collègue sénateur Front national ? A la commission du développement durable, nous ne l’avons vu que le 1er jour...". David Rachline s’est justifié en invoquant les inondations ...

Le maire de Fréjus n’est présent à Paris, que ce soit dans l’hémicycle ou en commission, que de façon intermittente, sa fiche sur nossenateurs.fr le confirme. C’est là une conséquence du cumul des mandats, dont l’interdiction figure en bonne place dans le programme du Front national [3], mais David Rachline a décidé, de ne pas se l’appliquer [4].

À la date du 20 janvier, David Rachline avait posé trois questions écrites au gouvernement. Dans l’une d’elles, en attente de réponse du ministre de l’Intérieur, il s’inquiète des “Violences en marge du congrès du premier parti de France”
 [5] :

« M. David Rachline alerte M. le ministre de l’intérieur sur le risque que font peser sur la démocratie les groupuscules d’extrême gauche qui ont manifesté dans les rue de Lyon le 29 novembre 2014. [...] C’est pourquoi il demande quelles mesures le Gouvernement envisage de prendre pour, [...] d’une part, protéger la démocratie contre ceux qui remettent en cause la pluralité des partis politiques et, d’autre part, punir les auteurs de ces dégradations, la dissolution de ces groupes paraissant inéluctable. »

Plus récemment, il a écrit le 15 janvier au président de la chaîne Public Sénat pour protester contre la diffusion du documentaire Bassin miné – qu’il a qualifié de “partisan” – du réalisateur Edouard Mills-Affif.

Un bilan local calamiteux

Si le bilan du sénateur est mince, celui du maire est calamiteux. Sans revenir sur le début chaotique du mandat, il faut aujourd’hui retenir trois faits qui montrent bien qu’on ne peut accorder le moindre crédit aux déclarations du FN selon lesquelles il aurait changé. Il n’y a pas de “nouveau FN” !

  • Fermeture le 31 décembre 2014 du centre social de Villeneuve : David Rachline a décidé de mettre un terme au partenariat qui liait la ville au Centre social de Villeneuve et de récupérer les locaux. Pour lui, l’association gestionnaire avait des « positions politiques » inconciliables avec sa mission ; il reproche notamment à la directrice du Centre de « s’afficher ouvertement [...] contre une équipe municipale démocratiquement élue » [6]
  • Mosquée de Fréjus : l’arrêté d’interruption des travaux émis par le maire ayant été suspendu, les travaux ont pu reprendre et devraient être terminés rapidement. [7]
  • Abonnements de la médiathèque aux journaux :
    la mairie Front national de Fréjus invoque des « raisons budgétaires » pour couper l’abonnement à certains périodiques.
    Pour lire la version papier de Libération, il faudra désormais l’acheter. La médiathèque de la Ville arrête son abonnement au 31 décembre dernier, et fera de même pour Le Figaro en avril [8]. En réalité, on peut se demander si Fréjus ne va pas suivre la voie de Marignane dans les années 96-97.

Notes

[1Article de Gilles Rof :
http://www.lemonde.fr/politique/art....

[4Le sénateur-maire UMP de Toulon Hubert Falco, un champion dans le domaine du cumul n’assiste qu’à une ou deux séances par mois au Sénat.

[5Question écrite n° 14088 de M. David Rachline, publiée dans le JO Sénat du 11/12/2014 - page 2735
Référence : http://www.senat.fr/basile/visio.do....

[8Précisions : le coût d’un abonnement annuel à Libération (papier) est de 300 euros alors que le budget de fonctionnement de la ville de Fréjus s’est élevé en 2014 à 126 701 031 euros . .


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