le FN, on l’a vu à l’œuvre à Toulon, par René Fredon


article de la rubrique extrême droite > le FN, hier et aujourd’hui
date de publication : dimanche 2 février 2014
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Le programme du Front national défendu à Toulon par l’amiral Jean-Yves Waquet est connu : priorité nationale, arrêt de l’immigration, défense de la famille naturelle [1].
Mais sa priorité est de faire oublier le lourd passif laissé par l’équipe de Jean-Marie Le Chevallier, élue le 18 juin 1995, au second tour de l’élection municipale, et qui a gouverné la ville pendant 6 ans. René Fredon, ancien chef de l’agence toulonnaise du quotidien La Marseillaise rappelle ci-dessous quelques événements qui ont marqué la mémoire des Toulonnais.


FN : voie sans issue.
On l’a vu à l’oeuvre !

Le candidat FN, l’amiral Waquet l’a dit dans ses voeux : "Toulon doit redevenir la ville symbole [du FN] qu’elle a été ..." Il aggrave son cas en défendant le bilan de 1995 à 2001 qu’il juge très positif ! [2] Jean-Marie Le Pen, le 18 janvier 2014 devant les candidats du Var à Toulon a enfoncé le clou : "Il faut rétablir quelques vérités sur Jean-Marie Le Chevallier même s’il nous a trahis, il a réduit la dette par deux ..." Pour les amnésiques et les nouveaux arrivants, petit coup de projecteur sur les années 1995-2001.

Toulon fait partie des quatre villes françaises qui s’étaient donné un maire FN en 1995, avec Vitrolles, Marignane, Orange, toutes en Provence.

Une seule a été reconduite en 2001 sous l’étiquette FN ! Bompard à Orange qui rejoignait, en 2005, le MPF de De Villiers-Pasqua, avant de créer la "Ligue du Sud" en 2010 dont il devient président. En 2009 il était mis en garde à vue pour prise illégale d’intérêts et mis en examen fin 2010. Il revendique haut et fort son engagement à l’extrême-droite.

Restons à Toulon, la seule des 4 villes de plus de 100 000 habitants, particulièrement observée. Comme dans les trois autres, le FN ne s’attendait pas à être élu, même si la majorité UDF, groupée derrière Trucy donnait quelques signes d’usure, l’ère Arreckx touchait à sa fin, avec son lot de scandales qui avait conduit le "parrain du Var" devant le juge qui le faisait incarcérer aux Baumettes en août 1994, à un an à peine des municipales.

Le 25 février 1994, terrible année, la députée Yann Piat, était assassinée. On a retrouvé les tueurs mais pas les commanditaires, chacun ici en est persuadé. Elue en 1986 puis en 1988 sous l’étiquette FN, la filleule de Le Pen fut réélue en 1993 sous l’étiquette UDF, ce qui venait quelque peu contrarier les visées des autres prétendants à l’investiture, fidèles au parti giscardien majoritaire dans le Var, tenu par Arreckx et ... Léotard qui avait des ambitions présidentielles.

Yann Piat avait forcément beaucoup d’ennemis : au FN pour l’avoir quitté, à l’UDF pour l’avoir rejoint et rester députée. De là à être supprimée quelques mois après sa réélection ... ce fut un coup de tonnerre qui précédait un gros orage qui emporta Arreckx, déstabilisa sa majorité qui bascula vers le FN à la faveur d’une triangulaire.

Le 18 juin 1995, le FN remportait l’élection avec 37,02%, Trucy 34,82% et Goux (gauche unie) 28,16%. Six ans plus tôt, Trucy réalisait 48,56% (+14), Casanova 27,20% (-1) et Le Chevallier 24,24% (-13). Une percée déjà significative du FN. Et un rapport de forces Gauche – Droite+extrême droite de 27 – 73 % aux deux élections. Ce qu’a gagné le FN en 1995, Trucy l’a perdu, à l’unité près.

Après le naufrage, Falco a retrouvé, en 2001 à la fois les électeurs de la droite plus une grande partie de ceux du FN qui ne réalisa, sur Le Chevallier, labellisé extrême-droite, que 7,78 % au 1er tour, plus 2,04 pour son ex-adjoint Michel, classé lui aussi e-d.

Falco atteignait 38,98% (10% de moins que Trucy en 89) mais largement en tête, d’autant qu’un certain préfet, Marchiani faisait 14,16%, après avoir prêté main-forte au maire FN dans sa chasse aux sorcières. Odette Casanova, pour la Gauche plurielle, ne faisait que 24,69%, on était dans la cohabitation et Jospin, premier ministre de Chirac, allait être l’année suivante, devancé par ... Le Pen, à la présidentielle, pour avoir beaucoup privatisé et laissé se creuser les inégalités, mécontentant l’électorat populaire qui ne s’y retrouvait pas. Déjà.

Idéologie, incompétence, intolérance

Une fois au pouvoir, on n’a pas tardé à mesurer ce que valait la formule "Tête haute et mains propres" qu’utilisait abondamment Le Pen pour se démarquer de l’establishment et passer pour un doux agnelet, (bien qu’ayant justifié la torture sinon pratiqué et ayant douté de l’existence des chambres à gaz, ce qui lui colle toujours aux basques).

Des livres ont été écrits, y compris par des proches tombés en disgrâce, pour raconter les turpitudes auxquelles s’est livrée la nouvelle majorité, allant beaucoup plus loin que la préférence nationale. Ici on pratiquait abondamment la préférence ... familiale. Et l’on ne tarda pas à "placardiser" les agents communaux qui avaient une mauvaise réputation : il suffisait de ne pas faire allégeance au ... maréchal ! Pardon au maire, très proche du grand manitou tout puissant, très fier de venir dans la ville conquise par un de ses plus fidèles affidés.

Tout de suite on sucra les subventions aux associations à vocation sociale, notamment mais aussi à celles suspectées de n’être pas assez proches : Secours populaire, FCPE, Aides-Provence contre le sida ... Et on se mit à créer des associations "maison", des Amis des chats ou des chiens, plus sérieusement à prendre en mains les associations très liées à la précédente municipalité.

C’est ainsi que fut créee Jeunesse Toulonnaise, placée directement sous la coupe de madame Le Chevallier Cendrine, née Chéreil de la Rivière, fille de Marcel, activiste royaliste de toujours dont elle revendiquait l’héritage maurrassien ainsi qu’une autre adjointe, madame Guillet- de La Brosse. JT encadrait l’Enfance et la Jeunesse, au sens propre et l’encadrement était choisi sur références, pas forcément professionnelles.

La femme du maire votait les subventions (17,5 millions de francs de budget et 200 salariés rien que pour JT )et ensuite signait les chèques en toute indépendance, sans le moindre contrôle, ce qui relève du conflit d’intérêt et du détournement de fonds publics. Elle a été condamnée pour cela. Elle adressait à son directeur des recommandation écrites très directes pour pourvoir aux postes vacants : "... soit par des employés sympathisants du FN, soit par des éléments totalement neutres ..."

Il y eut aussi le déboulonnage, sans même en informer le créateur René Guiffrey, d’une statue-fontaine jugée trop contemporaine et dûment remplacée par ... un olivier, "symbôle de la Provence", car leur conception de la culture se ramenait à cultiver les racines provençales, le folklore, l’identité ... suivez mon regard et aussi à imprégner cette ville des œuvres d’auteurs sélectionnés pour leurs idées conformes à celles des nouveaux locataires de l’Hôtel de Ville.

C’est ainsi que, en 1996, la traditionnelle Fête du Livre fut l’occasion d’innover, si l’on peut dire. Les libraires de la ville qui en étaient la cheville ouvrière se virent invités, avec une certaine insistance, à accueillir dans leurs stands les auteurs estampillés par la mairie.

A l’initiative de la librairie de la Renaissance, située au pied de la mairie, connue pour son engagement progressiste et son dynamisme, son responsable, Gino Capolungo proposa aux autres libraires de refuser le diktat et d’organiser une autre manifestation, libre et sans aucune censure, comme toujours. Elle eut lieu à La Garde, en présence de Marek Halter, jugé personna non grata à la nouvelle "fête" FN. Guy Bedos et de nombreux écrivains se retrouvèrent à la vraie fête. Une première contre-attaque.

Et puis il y eut Châteauvallon, devenu TNDI (Théâtre National de la Danse et de l’Image), construit par deux amis, Gérard Paquet, homme de culture qui fut adjoint à Ollioules et Henri Komatis, architecte qui tombèrent amoureux de ce site et y conçurent ce théâtre, travaillèrent à sa réalisation, Gérard Paquet en devenant, naturellement, le premier directeur et obtenant son label actuel de TND. Il lui donna l’impulsion d’un lieu de culture vivante, ouvert à la création comme aux oeuvres plus anciennes, à la culture urbaine, comme à toutes les cultures d’ici et d’ailleurs, représentatives du présent et du passé.

Le préfet Marchiani au secours du FN

Gérard Paquet n’était pas du genre à se faire dicter sa programmation et à se mettre au garde-à-vous. Il prit les devants et refusa les subventions municipales pour ne pas avoir à dépendre des nouveaux élus décidés à mettre la culture en berne. Il alla même plus loin et invita le groupe de rap NTM, très libre dans son expression, à Chateauvallon.

Le Maire refusa la programmation et engagea la procédure de licenciement pour faute lourde. Ce qui entraîna une mobilisation très large, au-delà de la gauche, un rassemblement des citoyens toulonnais pour la démocratie (RCTD) contre l’autoritarisme du maire et la symbolique forte qu’il donnait en poursuivant cette chasse aux sorcières qu’il aurait souhaitée plus discrète.

Dans ce bras-de-fer, on vit monter ... au front, le préfet Marchiani qui donna raison au maire et eut cette formule "En tant que représentant de l’État, catholique et homme ..." pour justifier le refus d’accueillir les rappeurs. Il rêvait de canaliser Le Chevallier vers le RPR, (comme Jacques Peyrat à Nice, issu du FN) ou même de prendre sa place. D’ailleurs il s’est présenté en 2001.

On pourrait aussi évoquer le Conservatoire municipal qui, pour devenir un conservatoire national de région, avait besoin d’un directeur remplissant les conditions. Louis Soccoja, l’adjoint à la culture, était allé chercher le directeur à l’Ecole municipale de musique de... La Ciotat qui ne les remplissait pas. Des années de conflit qui ont divisé professeurs et parents.

Un livre ne suffirait pas à énumérer les gâchis dans la gestion de la commune, avec les marchés non réglementaires, dénoncés par le préfet, comme celui des cantines scolaires, du ramassage des ordures ménagères, l’endettement qui s’affole, les embauches hors statut, voire fictives par le biais de JT, les subventions à la tête du client, les scandales à l’office d’HLM pour harcèlement de l’adjoint-président, le meurtre de l’éminence grise du maire Poulet-Dachary, pour raisons privées ... le bras endommagé par une grenade qui explose dans le jardin de l’adjoint au personnel. En seulement six ans et on en oublie ... sacré bilan !

Et pour finir, l’extraordinaire spectacle d’une majorité aux abois, se déchirant en trois sous-groupes et finissant le mandat en lambeaux, tout en gardant les mêmes idées ! Car tous ne voulaient pas cautionner toutes ces dérives, ils n’étaient là que pour voter comme le chef, tant qu’il y en avait un. Ils ont sombré avec lui. L’amiral Waquet en est fier !

Il s’apprête à nous refaire le coup du
« tous pourris ... sauf nous ? On a beaucoup changé, On aime bien les immigrés, les juifs comme les musulmans, surtout Dieudonné. La preuve : Le Pen est le parrain de sa fille, mais on aime mieux nos voisins et encore mieux notre famille ... etc. Mais c’est la sécurité que nous voulons pour la France, refermons les frontières et refoulons les envahisseurs. Plus d’Europe, d’euro, de mariage homo, d’avortement, de chômage ... travail, famille, patrie..le logement et les allocs : pour les Français, les impôts : pour tout le monde, on n’est pas racistes on s’est convertis à la laïcité et à la République. Puisqu’on vous le dit. On veut des églises, pas de mosquées. On n’est pas communautaristes, on est juste pour les Français d’abord et les autres ... à part. On est patriotes et on aime la culture provençale, son folklore ... »
Du folklore, il y en a eu, en effet.

C’est ce bilan que Waquet (qui lui aussi avait trahi en passant chez Mégret) et Le Pen veulent réhabiliter ! Mieux vaut le savoir.

Sans perdre de vue que tant que les politiques austéritaires des gouvernements successifs (UMP/PS+EELV) se confondront et aggraveront les inégalités, la pauvreté, le chômages, l’insécurité sociale... la démagogie de l’extrême-droite pourra se nourrir de la désespérance sociale. Ce qui n’a rien de fatal.

René Fredon



Principales condamnations

Jean-Marie Le Chevallier : en 2001 il est condamné à un an de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende pour subornation de témoin dans l’affaire Poulet-Dachary.
Condamné à un an de prison avec sursis, le 19/1/01 pour détournement de fonds publics et complicité d’abus de confiance dans l’affaire JT.
Condamné en appel à un an avec sursis et 5 ans d’inéligibilité ... pourvoi en cassation rejeté le 7/10/03

Cendrine Le Chevallier : l’association JT qu’elle présidait a été mise en liquidation judiciaire le 4 /3/99 et l’adjointe condamnée à rembourser avec son époux, les salaires fictifs puis en appel le 19/12/01 à 8 mois avec sursis, 15 000 euros d’amende pour détournements de fonds publics et abus de confiance.
La ville de Toulon a par ailleurs réglé en février et mars 2010 au liquidateur judiciaire 2,148 millions d’euros au titre de sa responsabilité collective dans cette affaire en ... 1999.

Jean-Pierre Calone : adjoint, président de l’OPHLM, condamné pour viol, harcèlement et agressions sexuelles sur trois de ses secrétaires, à 12 ans de réclusion criminelle en 2000 et à 5 ans dont 3 avec sursis pour corruption.

Pas de chance pour Waquet : il vient de devoir se séparer de son directeur de campagne, Robert Falce dont il dit ne pas connaître les récentes condamnations en 2006 par le tribunal correctionnel de Draguignan pour abus de confiance, vols, faux et usage de faux, soustraction de biens publics, escroquerie par personne chargée d’une mission de service public et atteinte à la liberté d’accès des candidats aux marchés publics.
Un an d’emprisonnement avec sursis et 5 000 euros d’amende.
L’ancien directeur général des service de Saint-Tropez a été révoqué. (Var Matin du 24 janvier)
Et dire que ce haut cadre avait été choisi par Waquet ? ...


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