le FN ne veut pas de mosquée à Fréjus


article de la rubrique extrême droite > FN : le cru 2014
date de publication : mercredi 22 octobre 2014
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David Rachline aurait pris un arrêté ordonnant l’arrêt du chantier de La Gabelle. Pour le sénateur-maire de Fréjus, les travaux n’ayant pas débuté dans les deux ans suivant la délivrance du permis originel, celui-ci serait donc caduc.
Le sort de la mosquée de Fréjus est à présent entre les mains du tribunal administratif de Nice, qui devrait rendre sa décision dans quelques semaines.

Elsa Di Meo réagit à ce nouveau rebondissement.

[Mis en ligne le 18 octobre 2014, mis à jour le 22]



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La mosquée de Fréjus n’est plus à l’état de projet. C’est désormais un bâtiment quasiment achevé, pour ce qui est du gros-oeuvre en tout cas. (Michel Johner)

Mosquée de Fréjus : pour la Ville, le permis est caduc

par Eric Farel, Var-Matin, le 17 octobre 2014


Est-ce l’épilogue d’un dossier à rebondissements ? Sans doute pas. Mais c’est en tout cas un épisode important du feuilleton de la mosquée de Fréjus qui est en train de se jouer du côté de La Gabelle. Dans ce quartier, la construction d’un lieu de culte pour la population musulmane a déjà fait couler beaucoup d’encre.

Avant son élection à la mairie, David Rachline avait fait de ce projet l’un des principaux thèmes de sa campagne, promettant l’organisation d’un référendum, ce qui lui aurait permis de s’appuyer sur la vox populi pour infléchir le cours des choses.

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts. Les Fréjusiens n’ont pas été appelés à se prononcer alors que les murs de l’édifice, eux, se sont régulièrement élevés au pied des immeubles.

« Une analyse pointue de la situation »

Aujourd’hui, la mosquée est bien avancée, ainsi qu’on a pu le constater sur place malgré les réticences locales... à nous laisser approcher. Pour autant, le maire de Fréjus est-il resté les bras ballants alors que de son côté, son voisin raphaëlois a formé un recours toujours à l’étude au Tribunal administratif de Toulon ?

« Non, nous dit en l’absence du tout jeune sénateur, retenu à Paris, son premier adjoint Richard Sert. Ce que l’on a fait réaliser pendant tout ce temps, c’est une analyse pointue de la situation par nos avocats. Et leurs conclusions sont sans appel : pour eux, le permis initial délivré en avril 2011 [par la municipalité précédente, Ndlr] est caduc. En effet, les travaux n’avaient pas débuté deux ans plus tard, à la date butoir d’avril 2013. » Caduc ? Curieux ce constat.

Car s’il rejoint les certitudes dont Georges Ginesta nous faisait part en janvier dernier, il ne colle pas du tout avec les déclarations de Francis Tosi, l’ancien bras droit d’Élie Brun, que nous avions recueillies à la même époque.

Extraits choisis : « Nos opposants parlent, sans preuve, de caducité et celle-ci serait fondée sur l’absence de commencement des travaux dans les deux ans à partir de la notification du permis de construire originel. Or, l’association El-Fath [porteuse du projet, Ndlr] a mandaté un huissier pour constater le début de ces travaux, ce qu’il a fait dans un procès-verbal en date du 5 avril 2013. »

Que répond Richard Sert à ces affirmations ? Lui est catégorique : « C’est faux ! Seuls quelques mini-travaux avaient été entrepris comme la pose de palissades et d’une rangée de parpaings. Mais les constats d’huissier ne font pas ressortir de travaux significatifs, au sens des articles de loi du code de l’urbanisme. »

En attente du verdict des recours

Bien. Mais quelles seront les conséquences sur le projet désormais quasiment achevé ? « Nous avons adressé une lettre recommandée à l’association El-Fath pour lui demander ses observations sur notre analyse, poursuit Richard Sert. Le courrier a été retiré. Nous attendons maintenant une réponse. Dès que nous l’aurons reçue, selon sa teneur, nous serons amenés à prendre un arrêté constatant la caducité du permis et donc exigeant l’arrêt des travaux. » Ensuite ? Il restera à attendre le verdict des recours [Ndlr, la préfecture en a également formé un]. Ce qui nous laisse penser que l’on n’a sans doute pas fini de parler de la mosquée de Fréjus...

Ndlr. Nous avons tenté de joindre, en vain, les représentants de l’association El-Fath pour recueillir leur réaction.

La réaction d’Elsa Di Méo

Suite à l’article précédent sur la mosquée de Fréjus, Elsa Di Méo (PS) a souhaité réagir. Voici ce qu’elle a écrit à Var Matin qui l’a publié dans son édition du 20 octobre.

« Ne sachant plus quoi inventer pour stigmatiser certains
Fréjusiens, David Rachline fait croire qu’il a découvert des défauts de délai sur le permis de la mosquée, Si certains de nos concitoyens n’étaient pas pris encore une fois pour cibles et les autres pour des imbéciles cela serait presque risible ! Le problème, c’est que
les faits sont têtus et que derrière les déclarations de façade de David Rachline, il y a celles faites début octobre à Cogolin et que l’on peut trouver sur le site Internat FNIV Brignoles. David Rachline y déclare "polémiquer" au sujet de la mosquée et s’en prend vertement au simple fait que les musulmans aient un lieu de culte. Pire, apôtre du double discours, il est redevenu va-t-en guerre contre ce lieu de culte. Le FN veut semer la panique dans les quartiers de la ville pour justifier
so politique de la peur. J’appelle donc tous les républicains à se mobiliser contre cette xénophobie et ce racisme à l’égard de ceux qui demandent juste un lieu de culte décent. »

P.-S.

Mise à jour

D’après un article daté du 20 octobre 2014, publié sur Les Inrocks, cette décision du sénateur-maire de Fréjus serait le résultat d’une campagne de Français de souche.

Au cours de l’été 2013 le candidat FN aux municipales David Rachline s’était saisi de ce sujet pour en faire “le sujet principal de sa campagne”, selon Elsa Di Meo : “C’est ce qui l’a fait élire. Il a lancé une pétition pour qu’un référendum ait lieu sur cette question”.

Pourtant, après son élection en mars 2014, le jeune sénateur-maire de Fréjus est resté remarquablement silencieux sur cette promesse de campagne. En juin 2014, Le Canard enchaîné publiait un article intitulé “Le maire de Fréjus se convertit à la mosquée”, qui relatait ce reniement. En août, lors d’un entretien, David Rachline expliquait ainsi : “Le permis de construire est validé, le temps des recours est passé, je ne peux plus rien faire”, en oubliant qu’il avait promis une consultation publique sur le sujet. Cette attitude a fortement déplu à la frange radicalisée de l’extrême droite, qui s’est mobilisée sur internet pour faire pression sur l’édile.


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