la liberté, bien suprême, droit fondamental


article de la rubrique prisons > les longues peines
date de publication : samedi 14 juillet 2018
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La Suisse ne condamne pas la simple évasion, "parce qu’on ne peut pas reprocher à une personne d’aspirer à vivre en liberté et donc de tout faire pour la retrouver si elle en est privée."


Eugène-François Vidocq, forçat évadé du bagne, il deviendra "le père de la police judiciaire" [1]

En Suisse, la liberté érigée en bien suprême :

"Si la Suisse ne condamne pas la simple évasion, c’est d’abord parce que cela serait contraire à leur principe d’auto-favorisation.

Ainsi, un citoyen a le droit de ne pas s’auto-incriminer (de faire un faux témoignage pour se protéger, par exemple). Pour simplifier, disons qu’on ne peut pas reprocher à quelqu’un d’avoir agi en sa faveur, dans le cas d’une procédure pénale.

Ce n’est pas la seule raison. André Kuhn, professeur de droit pénal et de criminologie à la faculté de droit de Neuchâtel, dans le canton suisse du même nom, en avance une seconde :

"Historiquement, cela vient du fait que, depuis que l’on a érigé la liberté en bien suprême et en droit fondamental au XVIIIe siècle, on ne peut pas reprocher à une personne d’aspirer à vivre en liberté et donc de tout faire pour la retrouver si elle en est privée."

Si, en Suisse, toutes les infractions commises lors de l’évasion sont punissables (dommages à la propriété, vol, prise d’otage, lésions corporelles, etc.), la simple fuite ne l’est pas. Elle renvoie à une passionnante question philosophique : peut-on reprocher à un homme enfermé son goût pour la liberté ?"

Albertine Sarrazin, 8 ans de prison, 1 évasion, elle deviendra écrivaine. [2]

En France, l’évasion est condamnée :

"Trois à cinq ans de prison et 45 000 € d’amende prescrits pour une évasion. La loi Perben, en 2004, a durci les dispositions à cet égard. Avant cette date, le Code pénal punissait uniquement les évasions quand elles étaient réalisées avec "violence", "effraction" ou "corruption".

Ainsi, avant 2004, l’évasion "par ruse" n’était pas sanctionnée. Un détenu ayant profité d’une "situation fortuite" ou d’un défaut de surveillance ou d’inattention n’était pas poursuivi." [3]

Notes

[1Eugène-François Vidocq (1775-1857) Condamné en 1796 pour « faux en écritures publiques et authentiques » à huit ans de travaux forcés, il s’évade du bagne de Brest. Plus tard, à l’issue d’une nouvelle condamnation, il s’échappe à nouveau de Toulon en se mêlant à un enterrement. Il deviendra par la suite chef de la Brigade de Sûreté de Paris.

[2Albertine Sarrazin a dix-sept ans lorsqu’elle est condamnée en 1955. Elle est notamment connue pour avoir écrit les romans L’Astragale et La Cavale


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