la cellule terroriste d’“ultra-gauche” de Tarnac : un dossier qui fait pschitt


article  communiqué de la LDH  de la rubrique justice - police > antiterrorisme
date de publication : dimanche 21 décembre 2008
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Depuis le 11 novembre, date de leur interpellation, neuf jeunes gens de 22 à 34 ans ont été mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et cinq d’entre eux sont soupçonnés d’avoir commis des dégradations sur les voies ferroviaires « dans une perspective d’action terroriste ».

« Ils ont adopté la méthode de la clandestinité, assure la ministre de l’Intérieur. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers. » Elle en convient, « il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes. » Mais « en 1917, ça a commencé comme ça ! », s’énerve un de ses collaborateurs.

L’opération policière « est un message fort adressé à ceux qui auraient des velléités de commettre des actions semblables » déclare un sous-directeur de la protection économique à la DCRI . « Nous espérons que cette affaire a enrayé pour un temps ce type d’actions violentes, et permettra d’éviter, précise-t-il, le retour d’Action directe ou de la RAF allemande ». [1]

Comme l’a déclaré Giorgio Agamben : « On cherche le terrorisme et on finit par le construire, tout ça pour répandre la peur chez les jeunes gens ».

[Première mise en ligne le 27 nov 2008, revue et complétée les 20 et 21 déc 2008]

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Tarnac : la ferme où ont été interpellés les jeunes le 11 novembre dernier (Jean-Pierre Muller/AFP)

Suite à des sabotages de lignes TGV, un important dispositif de gendarmerie est déployé, mardi 11 novembre, autour du village de Tarnac, en Corrèze. Les gendarmes bloquent les accès de ce village de 350 habitants et perquisitionnent. Plusieurs personnes présentées comme appartenant à « l’ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome » sont interpellées.

A 10h17, la présidence de la République publie un communiqué [2] :

« Le Président de la République se réjouit des progrès rapides et prometteurs obtenus dans le cadre de l’enquête sur les actes de sabotages commis contre des caténaires SNCF.

« Il tient à saluer l’efficacité et la mobilisation des forces de police et de gendarmerie dans cette enquête, notamment la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) et la Sous Direction Anti-Terroriste sous l’autorité de Mme Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales. »

Le 16 novembre, neuf personnes sont mises en examen pour « destructions en réunion en relation avec une entreprise terroriste ».

Mais le dossier paraît bien maigre. Il ne semble pas exister de preuve de leur participation aux actes de malveillance qui avaient perturbé le trafic des TGV.
Vendredi 19 décembre, il ne reste en détention provisoire que Julien Coupat et son amie Yildune Lévy.

Vendredi soir, le juge des libertés et de la détention décide de remettre Julien Coupat en liberté.
« Cela décrédibilise cette grandiloquente affaire et les incriminations de terrorisme », se réjouit son avocate, Irène Terrel.
Le parquet fait immédiatement appel. Décision mardi.

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Julien Coupat [?] au moment de son arrestation, le 11 novembre. (AFP/Thierry Zoccolan).

COMMUNIQUÉ LDH

Paris, le 27 novembre 2008

« Antiterrorisme » en Limousin :

lois d’exception et violation des garanties constitutionnelles des libertés

Plusieurs personnes ont été arrêtées à Tarnac puis déférées à la Section antiterroriste du parquet de Paris après une garde à vue de 96 heures, c’est-à-dire le maximum autorisé par la législation d’exception dite « antiterroriste », le tout sous l’œil des caméras et des journalistes. Les procès-verbaux des interrogatoires de garde à vue ont été rendus publics, comme certains rapports de synthèse des services de police, et la ministre de l’Intérieur a cru devoir porter des accusations de terrorisme contre les personnes mises en cause.

Une nouvelle fois, la Ligue des droits de l’Homme dénonce une procédure qui ne s’embarrasse pas du respect des libertés individuelles et se déroule sous l’œil de médias alimentés d’informations uniquement à la charge des personnes mises en cause. Cette violation, devenue permanente de la présomption d’innocence, y compris par des services de l’Etat ou par des responsables politiques, marque un affaiblissement inacceptable de l’Etat de droit.

La LDH regarde avec inquiétude l’extension de l’accusation de terrorisme à toute forme de contestation sociale et politique alors même que, dans le cas présent et de l’aveu même de la ministre de l’Intérieur, aucune vie n’a jamais été mise en danger, ni même susceptible de l’être. Le terrorisme est une menace trop sérieuse pour que l’on cède en la matière à des instrumentalisations et à des gesticulations sécuritaires.

La LDH dénonce la méthode de gouvernement qui conduit à exploiter chaque fait divers et à criminaliser toute critique de l’ordre établi pour réduire les libertés civiles et politiques.

La tribune suivante a été publiée dans Le Monde du 28 nov 2008

Non à l’ordre nouveau

Une opération récente, largement médiatisée, a permis d’arrêter et
d’inculper neuf personnes, en mettant en oeuvre la législation
antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie
l’inconsistance de l’accusation de sabotage des caténaires, l’affaire a
pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le
but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’Etat, et
de parvenir par la violence - je dis bien par la violence et non pas par
la contestation qui est permise - à troubler l’ordre politique, économique
et social ».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des
personnes inculpées, contre lesquelles il n’existe aucune preuve
matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché.
L’inculpation pour "association de malfaiteurs en vue d’une entreprise
terroriste" est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et
comment faut-il entendre ce "en vue de" sinon comme une criminalisation de l’intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer à pratiquement n’importe quoi - et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d’exception.

Les personnes inculpées n’ont pas été choisies au hasard, mais parce
qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des
manifestations - dernièrement, celle de Vichy, où s’est tenu le peu
honorable sommet européen sur l’immigration. Ils réfléchissent, ils lisent
des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain.

On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde
les connaît dans la région, où un comité de soutien s’est organisé dès
leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat ni le
refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de
la métropole.

Finalement, l’absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus
des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est
présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

Libération immédiate

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’à quel point
allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand
d’inculper n’importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d’expression ? Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.

Giorgio Agamben, philosophe ; Alain Badiou, philosophe ;
Jean-Christophe Bailly, écrivain ; Anne-Sophie Barthez, professeur de droit ; Miguel Benasayag, écrivain ; Daniel Bensaïd ; Luc Boltanski, sociologue ; Judith Butler ; Pascale Casanova, critique littéraire ;
François Cusset ; Christine Delphy ; Isabelle Garo ; François Gèze, éd. La Découverte ; Jean-Marie Gleize, professeur de littérature ; Eric Hazan, éd. La Fabrique ; Rémy Hernu, professeur de droit ; Hugues Jallon ; Stathis Kouvelakis ; Nicolas Klotz, réalisateur ; Frédéric Lordon, économiste ; Jean-Luc Nancy ; Bernard Noël, poète ; Dominique Noguez, écrivain ; Yves Pagès, éd. Verticales ; Karine Parrot ; Jacques Rancière ;
Jean-Jacques Rosat ; Carlo Santulli ; Rémy Toulouse, éd. Les Prairies ordinaires ; Enzo Traverso, historien ; Jérôme Vidal, éd. Amsterdam ;
Slavoj Zizek, philosophe.

La liste complète des signataires peut être consultée sur
http://www.soutien11novembre.org.
Les signatures de soutien sont collectées sur le même site.

Giorgio Agamben : Terrorisme ou tragi-comédie [3]

[Libération, le 19 novembre 2008]

A l’aube du 11 novembre, 150 policiers, dont la plupart appartenaient aux brigades antiterroristes, ont encerclé un village de 350 habitants sur le plateau de Millevaches avant de pénétrer dans une ferme pour arrêter 9 jeunes gens (qui avaient repris l’épicerie et essayé de ranimer la vie culturelle du village). Quatre jours plus tard, les 9 personnes interpellées ont été déférées devant un juge antiterroriste et « accusées d’association de malfaiteurs à visée terroriste ». Les journaux rapportent que le ministre de l’Intérieur et le chef de l’Etat « ont félicité la police et la gendarmerie pour leur diligence ». Tout est en ordre en apparence. Mais essayons d’examiner de plus près les faits et de cerner les raisons et les résultats de cette « diligence ».

Les raisons d’abord : les jeunes gens qui ont été interpellés « étaient suivis par la police en raison de leur appartenance à l’ultra-gauche et à la mouvance anarcho autonome ». Comme le précise l’entourage de la ministre de l’Intérieur, « ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers ». Mais il y a plus : certains des interpellés « participaient de façon régulière à des manifestations politiques », et, par exemple, « aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration ». Une appartenance politique (c’est le seul sens possible de monstruosités linguistiques comme « mouvance anarcho autonome »), l’exercice actif des libertés politiques, la tenue de discours radicaux suffisent donc pour mettre en marche la Sous direction antiterroriste de la police (Sdat) et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Or, qui possède un minimum de conscience politique ne peut que partager l’inquiétude de ces jeunes gens face aux dégradations de la démocratie qu’entraînent le fichier Edvige, les dispositifs biométriques et le durcissement de règles sur l’immigration.

Quant aux résultats, on s’attendrait à ce que les enquêteurs aient retrouvé dans la ferme de Millevaches des armes, des explosifs, et des cocktails Molotov. Tant s’en faut. Les policiers de la Sdat sont tombés sur « des documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d’arrivée dans les gares ». En bon français : un horaire de la SNCF. Mais ils ont aussi séquestré du « matériel d’escalade ». En bon français : une échelle, comme celles qu’on trouve dans n’importe quelle maison de campagne.

Il est donc temps d’en venir aux personnes des interpellés et, surtout, au chef présumé de cette bande terroriste, « un leader de 33 ans issu d’un milieu aisé et parisien, vivant grâce aux subsides de ses parents ». Il s’agit de Julien Coupat, un jeune philosophe qui a animé naguère, avec quelques-uns de ses amis, Tiqqun, une revue responsable d’analyses politiques sans doute discutables, mais qui compte aujourd’hui encore parmi les plus intelligentes de cette période. J’ai connu Julien Coupat à cette époque et je lui garde, d’un point de vue intellectuel, une estime durable.

Passons donc à l’examen du seul fait concret de toute cette histoire. L’activité des interpellés serait à mettre en liaison avec les actes de malveillance contre la SNCF qui ont causé le 8 novembre le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Ces dispositifs, si l’on en croit les déclarations de la police et des agents de la SNCF eux-mêmes, ne peuvent en aucun cas provoquer des dommages aux personnes : ils peuvent tout au plus, en entravant l’alimentation des pantographes des trains, causer le retard de ces derniers. En Italie, les trains sont très souvent en retard, mais personne n’a encore songé à accuser de terrorisme la société nationale des chemins de fer. Il s’agit de délits mineurs même si personne n’entend les cautionner. Le 13 novembre, un communiqué de la police affirmait avec prudence qu’il y a peut-être « des auteurs des dégradations parmi les gardés a vue, mais qu’il n’est pas possible d’imputer une action à tel ou tel d’entre eux ».

La seule conclusion possible de cette ténébreuse affaire est que ceux qui s’engagent activement aujourd’hui contre la façon (discutable au demeurant) dont on gère les problèmes sociaux et économiques sont considérés ipso facto comme des terroristes en puissance, quand bien même aucun acte ne justifierait cette accusation. Il faut avoir le courage de dire avec clarté qu’aujourd’hui, dans de nombreux pays européens (en particulier en France et en Italie), on a introduit des lois et des mesures de police qu’on aurait autrefois jugées barbares et antidémocratiques et qui n’ont rien à envier à celles qui étaient en vigueur en Italie pendant le fascisme. L’une de ces mesures est celle qui autorise la détention en garde à vue pour une durée de quatre-vingt-seize heures d’un groupe de jeunes imprudents peut-être, mais auxquels « il n’est pas possible d’imputer une action ». Une autre tout aussi grave est l’adoption de lois qui introduisent des délits d’association dont la formulation est laissée intentionnellement dans le vague et qui permettent de classer comme « à visée » ou « à vocation terroriste » des actes politiques qu’on n’avait jamais considérés jusque-là comme destinés à produire la terreur.

Traduit de l’italien par Martin Rueff

Fictions du terrorisme

par Christian Salmon, Le Monde, 6 décembre 2008

« Vous habitez Saint-Denis, donc vous êtes anarchiste, affirmait Rochefort dans L’Intransigeant du 16 mars 1892. Si vous n’étiez pas anarchiste, vous n’habiteriez pas Saint- Denis. Or, une bombe a fait explosion à la porte de l’hôtel de Sagan ; et comme les bombes ne peuvent être lancées que par des anarchistes... Je vous envoie au dépôt parce que vous êtes certainement anarchiste, puisque vous habitez Saint-Denis, et qu’étant anarchiste, il est évident que c’est vous qui avez lancé la bombe. »

La boutade de Rochefort pourrait s’appliquer à la construction
médiatico-policière de la prétendue "cellule" terroriste basée à Tarnac, en Lozère. La prise d’assaut de ce paisible village situé sur le plateau de
Millevaches par les brigades antiterroristes avec hélicoptères, troupes
d’élite et caméras de France Télévisions est la plus grande opération
d’intoxication de l’opinion réalisée par un gouvernement depuis plusieurs
décennies. Qualifiée alternativement d’anarchistes ou d’autonomes, voire d’anarcho-autonomes, une vingtaine de jeunes gens qui avaient entrepris de redonner vie à ce petit village, ouvrant une épicerie-restaurant, une bibliothèque et un ciné-club, avec le but innocent et peut-être naïf de vivre et de penser autrement, se sont retrouvés embrigadés, profilés, enfermés dans la fiction d’une dangereuse organisation terroriste invisible qui complotait contre la sécurité de l’Etat. Un récit policier. A leur tête, un chef, doctrinaire et omniprésent, que son père décrit comme incapable de planter un clou sans se blesser ou de transporter une brouette sans renverser son contenu, aurait manigancé toutes sortes d’actions périlleuses contre l’Etat démocratique.

Ce jeune philosophe ami de Giorgio Agamben et ancien élève du sociologue Luc Boltanski, le seul avec sa compagne à être maintenu en prison depuis le 11 novembre, serait le cerveau d’une entreprise terroriste aux ramifications internationales, une construction qui nous informe davantage sur l’imaginaire policier que sur une nébuleuse terroriste qui apparaît après trois semaines d’interrogatoires et huit mois de filature de plus en plus nébuleuse et de moins en moins terroriste.

Pour Giorgio Agamben, qui partage avec les inculpés la même critique de la biométrie et qui refusa de s’y soumettre au point de renoncer à faire cours aux Etats-Unis, « on cherche le terrorisme et on finit par le construire, tout ça pour répandre la peur chez les jeunes gens ». L’écrivain Serge Quadruppani y voit la « farce du retour de l’épouvantail terroriste » et la « fabrication de la mouvance anarcho-autonome par la ministre de la police et par les médias qui ont relayé sa parole sans aucun recul critique... ».

La matérialité des preuves et la qualification « terroriste » des faits font l’objet de vives critiques de la part d’universitaires, de philosophes,
d’écrivains et d’éditeurs. « Les habitants de Tarnac ont refusé d’acheter ces histoires », affirme Eric Hazan, l’éditeur de La Fabrique, qui a publié L’Insurrection qui vient, un livre présenté par la police comme une pièce à conviction, alors qu’il s’agit d’une critique du capitalisme cognitif comme on en trouve des dizaines sur les étals des libraires, à la suite, par exemple de La Société du spectacle, de Guy Debord, ou de L’Homme unidimensionnel, d’Herbert Marcuse : deux essais qui annonçaient effectivement, sans les fomenter pour autant, les événements de mai 1968, si c’est cela qui inquiète le ministère de l’intérieur.

Pour la première fois peut-être dans l’histoire des sociétés, tous les
mécanismes de contrôle et de surveillance ne reposent plus seulement sur des données observées et recensées visant à donner la connaissance la plus complète possible des activités passées d’un individu ou d’un groupe social, mais à les profiler, les prévoir ou les inventer, comme dans le film Minority Report (2002), de Steven Spielberg, dans lequel la "brigade du précrime" est capable de prévoir, et même de voir, les images de crimes avant qu’ils ne se produisent et d’en intercepter les auteurs, ou dans celui de Paul Verhoeven,
Starship Troopers (1997), où les agents du "corps psy", une Gestapo high-tech, sont capables de divination : ils lisent dans les pensées de l’adversaire et peuvent influencer les personnes sur lesquelles ils se branchent.

Cette fictionnalisation de la surveillance va bien au-delà des dangers
dénoncés par Orwell dans 1984 et ouvre la voie à toutes les constructions paranoïaques de l’imaginaire médiatico-policier. C’est ce noeud entre surveillance et simulation, contrôle social et construction fictionnelle qui est sans doute le principal danger qui pèse aujourd’hui sur les démocraties.

Jeremy Bentham est sans doute le premier à avoir perçu cette dérive possible dans « les fictions politiques du parlementarisme britannique du début du XIXe siècle ». Son manuel des sophismes politiques (1824) pourrait servir de bréviaire à tous les démocrates inquiets des dérives sécuritaires et de leur banalisation médiatique. Il y diagnostiquait ce sophisme redoutable « dont le sujet est le danger sous ses diverses formes et dont l’objet est de réprimer toute discussion en déclenchant l’alarme... ».

Christian Salmon, écrivain

Notes

[1Les citations précédentes sont extraites de l’article « L’obsession de l’ultragauche » d’Isabelle Mandraud, publié dans l’édition datée du 4 décembre 2008 du quotidien Le Monde.

[3Dernier ouvrage paru de Giorgio Agamben, philosophe italien : le Règne et la gloire, homo sacer, II, 2, traduit de l’italien par Joël Gayraud et Martin Rueff, Seuil, 2008.


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