la FASTI doit pouvoir continuer à vivre


article de la rubrique droits sociaux
date de publication : lundi 14 septembre 2015
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Vous trouverez ci-dessous une tribune co-signée par Françoise Dumont, présidente de la LDH, intitulée « L’Etat veut couper les vivres à la Fasti », publiée dans L’Humanité, le 9 septembre dernier.

En France, plus d’une soixantaine d’Associations de Solidarité avec les Travailleur-euse-s Immigré-e-s oeuvrent aux côtés des personnes migrantes et immigrées depuis 40 ans. La FASTI est la fédération de ces ASTI.


L’Etat veut couper les vivres à la Fasti

L’État dépense des dizaines de millions d’euros pour empêcher les migrant-e-s de poursuivre leur route migratoire, des centaines de millions d’euros pour expulser des étranger-e-s vivant tranquillement en famille, ou encore des réfugiés vers leurs pays en guerre comme le Soudan et l’Afghanistan ; il bloque les réfugiés à la frontière italienne au mépris des accords de Schengen, il laisse à la rue des centaines d’enfants étrangers sans famille, et il fait voter des lois de réclusion renforcée des demandeurs d’asile malchanceux.

Derrière cette spectaculaire politique de fermeture, on connaît peu l’entreprise de précarisation grandissante des migrant-e-s par toutes sortes de ruses administratives, et encore moins le travail de fourmi des associations auxquelles l’État délègue la mission d’accueil, d’accompagnement et
d’insertion sociale des immigré-e-s. Parmi elles, les 57 Associations de Solidarité avec Tou-tes les Immigré-e-s (ASTI) et leur fédération, la FASTI, sont ainsi mobilisées pour l’égalité des droits de toutes et tous. Leurs actions, comme celles d’une large partie du monde associatif, sont financées majoritairement par des fonds publics à différents échelons - collectivités territoriales, ministères, agence régionale de santé (ARS)… - sur la base d’appels à projets, renouvelés année après année. Ces financements sont nécessaires à la FASTI pour assurer les missions que lui ont confiées les Asti, et notamment de coordination, de formation et de mutualisation des pratiques locales (accompagnement des personnes primo-arrivantes, accompagnement à la scolarité, formation linguistique, orientation vers les structures de droits commun, etc.).

Aujourd’hui, la FASTI est en danger : une récente décision du ministère de l’Intérieur par le biais de la Direction de l’accueil, de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité (DAAEN) compromet gravement la survie de ce mouvement pour la solidarité et la défense des droits des migrant-e-s. En effet, la DAAEN vient de mettre un terme brutal à la subvention qu’elle accordait à la FASTI depuis plusieurs années, d’un montant de 105 000 euros annuels, une part conséquente d’un budget qui permettait de financer la formation des militant-e-s et bénévoles aux droits des étranger-e-s, aux techniques d’écoute et d’accueil, à la prévention et à la détection des situations de violences faites aux femmes.

Via quelques lignes transmises début août, la DAAEN informe ainsi que « malgré tout l’intérêt porté à votre demande, j’ai néanmoins le regret de vous informer que votre projet n’a pu être retenu au regard des priorisations que l’administration a dû effectuer dans le cadre d’une enveloppe budgétaire contrainte ». C’est dans cette logique néolibérale et de mise en concurrence des associations qu’on choisit, qu’on trie… Une association de plus qui disparaît au nom de priorités (dont nous ne connaissons le contenu) devient juste un acte technique.

Usager-e-s, militant-e-s associatif-ve-s, bénévoles, chercheurs-euses, artistes, éditeurs/éditrices avocat-e-s, médecins …, nous avons fait route avec la FASTI et/ou nous soutenons ses actions. Nous nous reconnaissons dans les batailles menées contre les discriminations sexistes, sociales et racistes, des années 1960 jusqu’à aujourd’hui, et dans les actions visant à favoriser l’émancipation de toutes et tous (permanence d’accès aux droits, ateliers sociolinguistiques, accompagnement à la scolarité, repas partagé…).

Nous ne pouvons pas accepter que soit ainsi sacrifiée une fédération d’associations et, avec elle, la vie de 25 000 bénéficiaires, l’engagement de 2 000 bénévoles et d’une dizaine de salarié-e-s. Sacrifier la Fasti sous couvert d’économies, c’est faire disparaître une association sérieuse, engagée, militante, qui participe, au quotidien, à faire vivre la solidarité et les engagements contenus dans la déclaration internationale des droits de l’Homme, le préambule de la Constitution française et toutes les conventions en matière de respect des droits humains signés par la France. C’est faire le choix d’asphyxier un contre-pouvoir pourtant nécessaire à la vie démocratique.

Ceci, alors même que le contexte national et international exigerait un renforcement de son action. Le nombre de personnes mourant sur les routes migratoires n’a en effet jamais été aussi élevé, les actes racistes se multiplient et les discours publics ouvertement xénophobes se banalisent, les lois sont de plus en plus répressives, liberticides et suspicieuses à l’égard des migrant-e-s et de leur soutien, quand elles ne contribuent pas à les criminaliser.

Détruire une organisation comme la FASTI, c’est affirmer l’abandon d’une politique migratoire respectueuse des droits humains, c’est affirmer l’abandon pur et simple du principe de solidarité.

Pour une véritable égalité des droits, la FASTI doit vivre !

Premiers signataires :

Jérôme Ruillier, scénariste et dessinateur de bandes dessinées
Christophe Dabitch, auteur de bandes dessinées et écrivain
Benjamin Flao, scénariste et dessinateur de bandes dessinées
Lionel Brouck, dessinateur de bandes dessinées
Julien Salingue, docteur en sciences politiques
Eric Fassin, sociologue Université Paris 8
François Brun, sociologue
Pierre Barron, sociologue
_Nicolas Jounin, sociologue
Pedro Vianna, poète
Olivier Le Cour Grandmaison, politologue
Françoise Lorcerie, directrice de recherches au CNRS
Emmanuel Terray, anthropologue
Marguerite Rollinde, sociologue
Claude Calame, directeur d’études Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Laure Pitti, historienne - Editions L’Agrume
Grégory Lasalle, documentariste
Romain Goupil, cinéaste
Laurent Cantet, cinéaste
Christophe Ruggia, cinéaste
Brigitte Rouan, cinéaste et comédienne
Patrick Picard, syndicaliste CGT
Christine Kermoal, syndicaliste CGT
Birgit Hilpert, syndicaliste CGT
Marc Norguez, syndicaliste CGT
Eric Beynel, secrétariat national de l’Union Syndicale Solidaires
Cécile Gondard Lalanne, secrétariat national de l’Union Syndicale Solidaires _ Sébastien Peigney, secrétariat national de l’Union Syndicale Solidaires
Gus Massiah, ancien président du CRID
Abdallah Zniber, ancien président du réseau IDD
Mouhieddine Cherbib, ancien président de la FTCR
Jean Rousseau, président d’Emmaus international
Sissoko Anzoumane, porte parole de la CSP75 (coordination sans papiers 75) et CISPM (coalition internationale des sans papiers et migrants)
Françoise Martres, présidente du Syndicat de la Magistrature
Françoise Dumont, présidente de la LDH
Patrick Farbiaz, représentant de Sortir du colonialisme
La Cimade - MRAP - Comède - GISTI


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