l’irrésistible ascension d’Éric Ciotti


article de la rubrique justice - police > le tout-sécuritaire
date de publication : samedi 19 juin 2010
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Elu député le 17 juin 2007, lauréat d’un prix Busiris le 21 septembre 2007 [1], Éric Ciotti est devenu président du Conseil général des Alpes-Maritimes le 18 décembre 2008.

« J’ai eu l’honneur de participer à ce vaste chantier de modernisation de notre pays », a-t-il écrit sur son blog à l’occasion du troisième anniversaire de son élection à l’Assemblée nationale [2]. Et il énumère : la création d’un service minimum les jours de grève dans les transports et à l’école, la mise en place d’une politique d’immigration choisie, l’application de peines-plancher contre les récidivistes, la LOPSSI II, la lutte contre les bandes violentes... Il pourra bientôt ajouter à son palmarès la loi suspendant le versement des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire.


« Aujourd’hui, rapporteur pour la Commission des Affaires sociales et de l’Éducation de ma Proposition de Loi relative à la Lutte contre l’Absentéisme scolaire, voulu par le Président de la République, Nicolas Sarkozy, je m’engage auprès de vous à mettre au cœur des débats la question de la délinquance des mineurs et de la responsabilité parentale.

« Pour la seule année 2007-2008, ce sont en effet plus de 400.000 enfants qui se sont trouvés en situation d’absentéisme grave. Ces chiffres sont intolérables et inacceptables. Si les parents n’exercent pas leur autorité parentale, si des carences en matière éducative sont constatées, des sanctions doivent être exercées et la suspension des allocations familiales effectivement réalisée. »
 [2]

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Eric Ciotti, Nicolas Sarkozy er Christian Estrosi, à Nice, le 1er juin 2010.

Eric Ciotti, un homme de l’ombre aspiré vers le sommet

par Franck Johannès, Le Monde, 17 juin 2010


Monsieur le rapporteur n’est pas trop mécontent de son sort. "En dix-huit mois, je suis devenu député et président du conseil général des Alpes-Maritimes, sourit Eric Ciotti. C’est un parcours rapide, j’ai beaucoup de chance." Et notamment celle d’avoir misé sur le bon cheval. Eric Ciotti est à Christian Estrosi ce que Brice Hortefeux est à Nicolas Sarkozy : un fidèle d’entre les fidèles, aspiré vers le sommet jusqu’au vertige.

Longtemps homme de l’ombre, le nez dans ses dossiers, Eric Ciotti, en défendant aujourd’hui son texte sur l’absentéisme scolaire – un thème abordé quatre fois en deux mois par le président de la République – ou en défendant la loi sur la sécurité intérieure, est devenu l’un des députés qui montent. Il est d’ailleurs secrétaire national de l’UMP pour la sécurité, ce qui n’est pas, à droite, un mince honneur. Il se verrait bien un jour ministre, mais sa proximité avec Christian Estrosi est à la fois chance et handicap : on ne peut quand même pas placer que des Niçois au gouvernement.

"Je l’ai connu tout petit"

Eric Ciotti est né il y a un peu moins de quarante-cinq ans dans une famille gaulliste de la petite commune de Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes), où son père était menuisier. Il rencontre en 1988 M. Estrosi, ancien champion de moto gentiment surnommé "le motodidacte", qui le met vite en selle. Il devient son assistant parlementaire, alors qu’il est à Sciences Po, passe trois ans à écrire les discours de Jean-Claude Gaudin au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, puis est conseiller de M. Estrosi au ministère délégué de l’aménagement du territoire.

Le jeune Niçois sort de l’ombre en juin 2007, lorsqu’il est confortablement élu député. Après la victoire de la liste Estrosi aux élections municipales de 2008, il devient son premier adjoint, chargé d’à peu près tout. Son patron compte sur lui pour prendre sa succession à la tête du département. Malheureusement, M. Ciotti trébuche aux cantonales. Rien de grave : M. Estrosi fait démissionner le conseiller général de Saint-Martin-Vésubie (qui devient conseiller spécial de Nice, avec un salaire encourageant), et fait élire son ami en décembre 2008. Quatre jours plus tard, il est élu président du conseil général.

C’est depuis, à l’Assemblée, un allié précieux de Brice Hortefeux, qui veille sur son protégé. Les deux hommes sont d’ailleurs très copains, ils se sont connus pendant la campagne d’Edouard Balladur et M. Ciotti va toujours régulièrement dîner chez les Hortefeux, à Mougins, près de Nice. "Ciotti, je l’ai connu tout petit, dit le ministre. D’ailleurs, il n’a pas beaucoup grandi."

Eric Ciotti n’a pas le charisme et la chaleur de M. Estrosi, mais travaille comme un sourd et se tient parfaitement dans la ligne présidentielle. Il a d’ailleurs fait de son département un laboratoire sécuritaire pour personnes âgées, à grand renfort de police municipale et de vidéosurveillance.

Notes

[1Le prix Busiris a été créé par Maître Eolas. Personnage mythologique, ce roi d’Egypte est resté célèbre car il immolait à Jupiter les étrangers qui avaient le malheur d’aborder dans ses États. Parmi les lauréats de ce prix, on trouve notamment Brice Hortefeux, Michèle Alliot-Marie, Eric Besson et Rachida Dati.


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