l’instinct meurtrier du sénateur Doligé


article de la rubrique démocratie
date de publication : samedi 28 septembre 2013
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Eric Doligé, sénateur UMP, président du Conseil général du Loiret, s’est lâché lors des journées parlementaires de l’UMP le 24 septembre 2013 : il a déclaré, devant les autres parlementaires de son parti, avoir développé un "instinct meurtrier" depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande.

Ses électeurs savent-ils qu’ils ont élu un individu dangereux ?
Hubert Huertas s’inquiète.

[Mis en ligne le 26 septembre 2013, complété le 28]




Les dérives « meurtrières » du sénateur Doligé

par Hubert Huertas, Mediapart, le 26 septembre 2013


Le climat s’épaissit et les langues se relâchent. Les élites (car un sénateur fait partie de l’élite) se mettent à trouver tout naturel, et même justifié, de dire des mots qui vaudraient à un élève de passer en conseil de discipline, ou à un prévenu d’être immédiatement emprisonné pour outrage à magistrat.

Au sortir des journées parlementaires, le sénateur Doligé, dans le français impeccable des gens de bonne éducation, et de bonne société, a simplement lâché qu’il avait « l’instinct meurtrier en ce moment », et qu’il avait envie de tirer « sur Hollande et sa bande ».

Un relâchement décomplexé tellement rigolo que nous, dans ce journal, à cette minute, nous avons peut-être l’air d’exagérer en soulignant ces propos, et en les analysant comme un symptôme de société.

Pourtant reprenez ce que dit le sénateur Eric Doligé, mot pour mot, changez le contexte, oubliez les ors de l’Assemblée et le costume impeccable des élus de la République, et mettez ce discours, par exemple, dans la bouche d’un lycéen, qui le publierait sur Facebook. Il le ferait à la manière du digne sénateur, c’est-à-dire sans penser à mal, juste pour rire entre copains.

Le Lycéen écrirait ainsi : « Moi je vous dis que j’ai un instinct meurtrier en ce moment. Je suis comme la plupart des élèves, moi je ne supporte plus le proviseur et sa bande profs. On a assez de profs sur qui tirer pour nous laisser libre de dire ce qu’on a envie de dire ».

Le lycéen serait sans doute viré. L’affaire ferait scandale si la presse l’apprenait, peut-être même l’ouverture des journaux de vingt heures. Dans les émissions de radios et de télés on convoquerait des sociologues et des politiques pour évaluer gravement les dérives d’une jeunesse sans repères.

On prendrait peur.

Imaginez maintenant qu’un étranger s’écrie : « Moi je vous dis que j’ai un instinct meurtrier, je suis comme la plupart des immigrés, je ne supporte plus la France et les Français ».

On serait indignés, ou accablés. Les moins extrémistes réfléchiraient à l’échec de l’intégration.

Imaginez encore qu’un chanteur de rap lance dans un concert : « Moi je veux le crier, j’ai l’instinct meurtrier… » etc., la chanson ferait scandale, et serait interdite, l’opposition poserait une question écrite au gouvernement, dans une séance électrique.

Mais là non. Là Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, propose même de fournir les kalachnikovs, car il aime les galéjades.

Ce qui vaudrait des envolées fiévreuses et des échanges passionnels sur le relâchement, l’absence de sens civique, le respect des institutions et de ceux qui les incarne, ne se pose pas pour le Sénateur Doligé. Au contraire, il se fait fort de défendre une vertu politique : Il colle à l’opinion publique. Il est proche de la base. Quand elle crie « A mort l’arbitre », lui il va chercher la corde…

Hubert Huertas


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Un rêve d’Éric Doligé (d’après Cabu)

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