l’antisémitisme toujours visible à Metz


article de la rubrique laïcité > le droit local en Alsace-Moselle
date de publication : samedi 17 janvier 2015
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Les statues des synagogue déchues et aveugles des cathédrales de Metz et de Strasbourg sont des témoins de l’environnement antisémite qui a longtemps façonné les mentalités.

Il faudrait utiliser ces vestiges d’un passé qu’on espère révolu. Un affichage explicatif, lisible et en plusieurs langues de l’histoire de ces statues permettrait d’utiliser ces monuments pour lutter contre l’antisémitisme. Puisse la municipalité de Toulon s’inspirer de cet exemple pour le monument controversé de la Porte d’Italie.


Une statue particulière à la cathédrale de Metz

Depuis les origines les religions attachent une grande importance aux symboles. Les cathédrales sont riches en motifs symboliques (inscriptions, chapiteaux et statues). Faute de temps la plupart des visiteurs n’y portent aucune attention. Ainsi vous tous qui avez maintes fois visité la cathédrale St Etienne de Metz vous connaissez sans doute la statue du prophète Daniel qui eut jadis la tête de Guillaume II mais vous avez sans doute passé le portail de la Vierge sans remarquer à gauche, la statue d’une très belle jeune femme très souriante, pleine d’assurance, très couronnée comme il se doit : elle symbolise l’Eglise.

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Cathédrale de Metz (photo Daniel De batisse)

En face d’elle, bien visible en angle à l’entrée, une femme sans attraits, triste et honteuse, les yeux bandés (car elle ne voit pas l’Unique Vérité), portant les tables de la Loi à l’envers (car elle ne sait pas les lire et ne respecte pas les dix commandements. Elle n’a pas de principes, pas de morale) et s’appuyant sur un bâton brIsé (en quatre morceaux à Metz) car elle ne peut pas conduire le Peuple des fidèles au Paradis réservé aux croyants en la vraie foi. Cette caricature infamante symbolise la Synagogue (le judaïsme). Au delà de son antijudaïsme violent, cette statue stigmatise en fait tous les juifs, pratiquants ou non. On trouve des statues analogues à l’entrée des cathédrales de Trèves et de Strasbourg (bâton brisé en trois).

Cette dérision n’est pas anodine. Des juifs en sont à juste titre blessés car ces accusations sont gravissimes (n’avoir ni éthique ni espérance) même s’ils considèrent que le message de la statue est peu perceptible. Il faut souligner que ce portail a été inauguré en 1903 à un période où sévissait en France et en Allemagne un antisémitisme intense. Des chrétiens considèrent ce message sans aucune signification ni importance. Mais en l’occurrence c’est aux juifs de dire s’ils trouvent cette dérision anodine. Or ce n’est pas le cas.

Fin décembre 1996 je me suis demandé comment réagir. Par une lettre du 3 janvier 1997, au nom de la LDH, j’ai demandé à l’évêque de Metz, non pas de faire enlever ladite statue, mais de placer sur le présentoir à l’entrée de la cathédrale un dépliant rappelant les accusations de déicide qui ont entraîné tant de crimes et la position actuelle de l’ Eglise. J’ai reçu une approbation chaleureuses du Grand Rabbin de la Moselle et des félicitations. La première réaction, rapide, du chanoine doyen Schontz fut très positive. Il comprit ma réaction. Les années passèrent et le chanoine décéda. J’ai relancé l’évêché en 2003. Réponse par téléphone : le Chapitre est embarrassé et réfléchit. Après une relance par lettre en 2005 la réponse en juin 2006 du Chapitre cathédral (le chanoine Poirson) laissa peu d’espoir : "vous êtes le seul à avoir protesté en Alsace et Moselle". Le Grand Rabbin est intervenu en vain dans le même sens auprès de l’Office du Tourisme.
Début décembre 2006 une surprise. Par une lettre datée du 2 décembre le chanoine Victor Scheidt, doyen du Chapitre cathédral, se référant à ma lettre du 22 mai (mais pas à celle de 1997) m’annonce que le dépliant demandé est déposé à l’entrée de la cathédrale de Metz. Il a fallu 9 ans et 11 mois d’insistance pour obtenir la diffusion de ce texte très élaboré mais très net, y compris sur le déicide. Dix ans c’est un temps très bref si son veut bien constater que l’antisémitisme chrétien a tout de même duré 1963 ans (jusqu’à Vatican II). Ce résultat minuscule n’est pas négligeable. L’Eglise de Metz n’est pas abaissée par ce geste puisqu’elle a déjà fait sa repentance à ce sujet.

Une autre remarque pour finir. Cette statue date d’un siècle. Son sens était très clair depuis les origines de ce portail. L’antisémitisme a été officiellement condamné en France après l’Affaire Dreyfus il y a un siècle. Depuis cette époque combien de centaines de milliers de visiteurs et de fidèles sont passés devant les statues de la Synagogue de Metz et celle de Strasbourg ? Combien de milliers d’ecclésiastiques très avertis ? Pourquoi a-t-il fallu attendre la fin du 20ème siècle pour qu’un Français se soit trouvé seul à réagir contre cet antisémitisme flagrant affiché à l’entrée de la très belle cathédrale de Metz ? Deux explications : en fait, très peu de visiteurs observent réellement les statues et réfléchissent sur leur symbolique. Les rares qui comprennent et s’indignent baissent les bras et se disent qu’il n’y a rien à y faire. Ce n’est pas le seul exemple de renoncement. Quand aux juifs, premiers concernés, ils savaient bien que leurs protestations auraient été vaines.

Post Scriptum – Après que l’évêché eut déposé un millier de dépliants à l’entrée de la cathédrale pour expliquer sa position par rapport à la statue,
en décembre 2006, le Républicain lorrain publia un article en citant mon intervention. Aussitôt tous les dépliants disparurent de la cathédrale. Quelque temps après l’évêché déposa un autre milliers de dépliants ; disparition immédiate [1]

Autrement dit, il y a à Metz des antisémites fanatiques qui ne veulent en aucun cas que la vérité soit dite sur la statue de la synagogue et l’évolution de la position de l’ Eglise sur l’antisémitisme.

J’ai alerté la présidente de l’Office du tourisme de Metz lequel est à 30 m du portail elle n’a pris aucune initiative pour que les touristes et autres visiteurs soient informés. Certains guides de Metz affirment que la statue aux yeux bandés de la cathédrale représente l’ignorance. Je je regrette que le Grand rabbin de la Moselle et le président de la Licra conseiller municipal de Metz n’aient rien fait pour achever le travail d’information que j’avais entrepris. J’ai relancé le Grand rabbin de Metz après la déclaration de l’archevêque de Strasbourg sur la repentance à ce sujet en demandant qu’on saisisse cette opportunité. Rien n’a été fait. J’espère que le nouveau président de l’Office du tourisme réagira.

Paul Berger
Ancien délégué régional de la LDH pour la Lorraine


Notes

[1Note de LDH Toulon – Pour pallier cette difficulté, il suffirait d’installer un panneau "en dur" comme il y en a au pieds de toutes les demeures où ont résidé des personnages illustres...


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