l’affaire Stambul


article de la rubrique justice - police > antiterrorisme
date de publication : jeudi 18 juin 2015
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Pierre Stambul, co-président de l’UJFP — Union juive française pour la paix — a été interpellé à son domicile, dans la nuit du 8 au 9 juin, par un commando du Raid, à la suite d’une fausse dénonciation. Le militant de l’UFJP a été menotté puis gardé à vue pendant 7 heures avant d’être relâché sans un mot d’excuse.

D’autres personnes ont été victimes de ce mauvais “gag”, mais l’événement a été souvent ignoré par les médias, mis à part quelques exceptions comme l’article de Mohamed Saadoune paru le 14 juin 2015 sur le site du Al Huffington Post Maghreb-Algérie, que nous reprenons ci-dessous.

[Mis en ligne le 15 juin, mis à jour le 18]



Pourquoi les grands médias français occultent-ils la descente du RAID contre Pierre Stambul ?

L’affaire n’a pas fait "grand bruit" en France, les "grands médias" ont choisi de l’ignorer. Sans Mediapart, Rue 89, Politis et des informations militantes diffusées sur les réseaux, elle n’aurait pas existé. Le Figaro a fait cependant le "minimum" syndical, il est le seul dans la "grande presse" en publiant une synthèse à partir d’un article de la Marseillaise.

Mais les grands médias français ont choisi délibérément de ne pas parler de Pierre Stambul, co-président de l’Union juive française pour la paix (UJFP), victime d’une descente du RAID qui l’a appréhendé, de manière musclée, de nuit, sur la base d’une manipulation le présentant comme ayant tué sa femme.

Un juif, militant des droits de palestiniens et qui est actif dans la campagne BDS, cela semble gêner. Au point d’occulter radicalement l’information. Dans les grands titres de la presse nationale française, l’affaire Pierre Stambul, n’existe pas.

Et pourtant, il y avait des choses à dire dans cette incroyable affaire où un militant, dont le père faisait partie de la résistance française et était membre du groupe Manouchian, est arrêté de manière musclée pour avoir prétendument tué sa femme qui était, à ses côtés, bien vivante et horrifiée de voir comment on traitait son mari.

Les policiers, a expliqué par la suite Pierre Stambul, ont compris après cinq minutes qu’ils avaient fait erreur mais la machine ne s’est pas arrêtée. Pierre Stambul a été arrêté, menotté, emmené et "placé en garde à vue pendant sept heures au commissariat du 8e arrondissement situé rue de... Haïfa, avant d’être relâché "sans une excuse", comme le note la Marseillaise.

Sur les TV françaises qui d’habitude suivent les éléments du RAID lors des descentes contre les barbus, c’est le black-out total. Ou presque.

Car, le Journal de France 3 Provence Alpes, a rompu le silence cathodique et a abordé le sujet qu’on veut taire et a donné la parole à Pierre Stambul, victime probable d’un hacker criminel qui agit en toute impunité à partir d’Israël.

Extrait du 19-20 (Journal de Fr3 Provence Alpes ) du 13 juin 2015


Intimidations

Le politologue Pascal Boniface, directeur de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) note que cette affaire qui rappelle de "mauvais souvenirs" n’a pas du tout "ému les médias et le milieu politique".

Dans le domaine politique, la seule réaction notable est celle du Parti Communiste français PCF) qui a dénoncé le "harcèlement" subi par des militants pour une "paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens".
Le Parti communiste français a exprimé son soutien et sa solidarité à Pierre Stambul, Jean-Claude Lefort, à Eva Labuc, à Vincent Liechti, "tous ciblés par ces opérations mais aussi par des messages internet insultants et diffamatoires".
Il dénonce une "manœuvre grossière" visant à jeter "l’opprobre et le doute sur ces militants d’intimider tous les partisans d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens".

Un acte clairement antisémite

"L’auteur présumé de ces opérations est connu des autorités françaises. Quelles suites seront réservées à cette affaire qui touche à la réputation d’hommes et de femmes intègres et à la sécurité intérieure de la France ?" s’interroge le PCF qui a demandé qu’une Commission d’enquête parlementaire soit mandatée dans les plus brefs délais pour y répondre avec précision.

Pascal Boniface se demande pourquoi le RAID intervient-il dans une affaire pareille et pourquoi Pierre Stambul a-t-il été emmené "alors que sa femme était à ses côtés et manifestement vivante…."

Pour le politologue, on est en présence d’un "acte clairement antisémite, car c’est bien parce que Pierre Stambul est juif qu’on s’est attaque à lui. Ou plutôt, c’est parce que Stambul est juif et qu’il est critique de la politique du gouvernement israélien, ce qui pour des gens est inadmissible, et nourrit sa haine dévastatrice".

Après Pierre Stambul, Jean-Claude Lefort, député honoraire et ancien président de l’Association France Palestine Solidarité a eu droit à la BAC (brigade anti-criminalité).

"Le climat est de plus en plus pestilentiel. On ne peut pas admettre que ceux qui, en raison de convictions universalistes, et quelles que soient leurs origines, puissent être soumis à de telles attaques".

En occultant cette scandaleuse affaire alors qu’il est de leur devoir d’en parler, les grands médias français participent indubitablement à ce climat.

Mohamed Saadoune


P.-S.

[Ajouts du 18 juin 2015]

1. Une mésaventure nocturne de Daniel Schneidermann

par Daniel Schneidermann, Arrêt sur image, le 17 juin 2015


A mon tour ! Après mon camarade Pierre Haski, de Rue 89, après notre confrère Benoit Le Corre, l’an dernier, après le militant pro-palestinien de Marseille Pierre Stamboul, la semaine dernière, j’ai été cette nuit victime du dénommé Gregory Chelli, hacker sioniste bien connu ici, ou de ses frères, ou de ses cousins, ou de ses disciples, ou de ses fans. Le scénario ? Toujours le même -décidément, ces gens manquent d’imagination. Le commissariat de mon arrondissement reçoit en pleine nuit l’appel d’un correspondant qui se fait passer pour moi. Ce correspondant affirme qu’il vient de tuer sa femme, et qu’il est retranché chez lui, prêt à tirer sur la police.

Résultat ? Trente policiers de la BAC déployés dans l’escalier et dans la cour de mon immeuble, deux commissaires, une procureure adjointe, mes voisins réveillés au coeur de la nuit : voilà le bilan ...
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2. Lire « Un canular désopilant » de Denis Sieffert publié dans Politis le 18 juin 2015.


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