l’UMP et l’extrême droite en région PACA


article de la rubrique extrême droite > les convergences UMP-FN
date de publication : vendredi 14 mars 2008
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Ambiance fin de règne à Marignane, qui assiste à la fin d’une “amitié” qui n’aura pas survécu à l’échec d’un recyclage nauséabond.

La région PACA espère que les partis se revendiquant de l’extrême droite ne seront bientôt plus que des (mauvais) souvenirs. Mais comment oublier la complaisance intéressée que la droite a manifestée à leur égard ? Fort opportunément, l’association MEMORIAL 98, qui combat le racisme, l’antisémitisme et le négationnisme [1], rappelle le comportement à cet égard des deux candidats, Jean-Claude Gaudin à Marseille et Christian Estrosi à Nice.

Et comment oublier que “l’immigration maîtrisée”, dont Nicolas Sarkozy est venu faire la promotion à Toulon il y a quelques jours, est une façon de recycler la thématique xénophobe de l’extrême droite ?


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« s’il fait un pas vers nous, nous devons lui tendre la main »

Sarkozy, Gaudin, Estrosi : l’ombre du Front National

par MEMORIAL 98, le 14 mars 2008

Pour aider Gaudin et Estrosi, Sarkozy refait campagne contre les immigrés.

Face à la défaite électorale de son parti au premier tour des élections municipales, N. Sarkozy a fait le déplacement de Toulon pour y reprendre son thème fétiche de l’immigration. Au delà du contenu habituel de son discours, c’est la symbolique qui importait. D’abord par le choix de la ville de Toulon, auparavant dirigée par le FN et toujours dominée par une culture de la nostalgie coloniale et militaire ; c’est d’ailleurs à Toulon que Sarkozy prononça le 7 Février 2007 un discours aux accents xénophobes.
La présence à ses côtés de Brice Hortefeux, l’homme aux 25 000 expulsions, confirmait cette symbolique.

Il s’agissait aussi pour Sarkozy d’apporter une aide spécifique à deux candidats UMP de la région : Gaudin à Marseille et Estrosi à Nice.
Ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des modérés, quasiment centristes mais ils ont une longue pratique de coopération avec le Front National.

JC Gaudin, actuel maire de Marseille a, dès 1986, fait alliance avec le Front National pour être élu à la tête de la région PACA. Il a géré ensemble la région avec le parti d’extrême-droite jusqu’en 1992, à coup de nominations et de désistements réciproques lors des échéances électorales. Cette gestion commune a servi de laboratoire et de "modèle" à d’autres dirigeants régionaux de la droite qui ont finalisé leurs accords avec le FN lors des élections régionales d’avril 1998. En 1998, le même Gaudin organisait la scission de l’UDF, car ses instances refusaient l’alliance avec le FN, et créait le parti Démocratie Libérale notamment avec Madelin et Raffarin.

Gaudin a ensuite récupéré de nombreux cadres et élus FN locaux, rebaptisés par lui « droite républicaine », sans avoir rien changé de leurs idées et de leurs pratiques.
Un des fleurons de ce recyclage est Daniel Simonpieri, maire de Marignane qu’il a conquis en 1995 sous la bannière FN, intégré à l’UMP par Gaudin en 2004, et dont il a imposé l’investiture au nom de l’UMP pour les municipales de 2008. Le député UMP de la circonscription, Eric Diard, a protesté et rappelé que Simonpieri avait inauguré dans sa ville une stèle en hommage aux généraux putschistes d’Algérie et aux membres de l’OAS.
Ses protestations n’ont pas pesé face au choix de Gaudin qui préside aussi la commission nationale d’investiture de l’UMP. Diard a refusé cette investiture et présenté une liste qui a largement devancé celle de Simonpieri.

Ce dernier avait déclaré au lendemain du premier tour de la présidentielle de 2007 :
« Beaucoup d’électeurs FN ont constaté que Nicolas Sarkozy disait les mêmes choses que Le Pen, mais que lui avait une chance de les mettre un jour en application. Ils ont donc voté utile. Parce qu’ils ont cessé de croire à l’accession de Le Pen au pouvoir » ( cité dans Le Canard enchaîné du 25 Avril 2007).

Christian Estrosi, quant à lui, se présente comme un grand ami de la communauté juive ; il avait été jusqu’à déclarer en Novembre 2007 que « Sarkozy est le candidat naturel des électeurs juifs ».

Pourtant en avril 1998 lors de la grande vague d’alliances entre la droite et le FN dans les conseils régionaux, c’est ce même Estrosi qui a mené une bataille dure pour une telle alliance en région PACA, finalement empêchée par la révélation de ces manœuvres et par la résistance de dirigeants locaux de la droite, tel François Léotard. Dans un entretien à Minute du 11 mars 1998, Estrosi avait d’ailleurs annoncé :
« Dire "moi je suis là pour empêcher M. Le Pen d’exercer des responsabilités parce qu’il est xénophobe" ne me semble pas la meilleure méthode pour être crédible et efficace ».

Le recyclage des idées et des hommes du Front national est toujours d’actualité à l’UMP.

MEMORIAL 98

Premier tour à Marignane : Le Dissès devance Simonpiéri de 10 points

d’après La Provence du 10 mars 2008

Le candidat “dissident UMP” compte 1 259 voix d’avance sur le maire sortant et le candidat de gauche se maintient

Les Marignanais n’ont pas tous voté hier - l’abstention est assez importante avec 40,85% des voix - mais ceux qui l’ont fait ont sanctionné l’équipe sortante. En effet, avec 28,20% des voix, Daniel Simonpiéri, bénéficiant de l’investiture de l’UMP, se place en deuxième position derrière Éric Le Dissès, auquel il avait été préféré, et qui se présentait sans étiquette. Le score que celui-ci obtient est sans appel : 38,16% des voix.

On retiendra également le taux élevé de la liste PS-PC-MRC-PRG-Verts de Vincent Gomez : avec 25,26% des voix, il renoue avec des scores approchés en 1995 par Jean-Louis Parrenin, avant que celui-ci en 2001 s’effondre à 11,69% au premier tour. Avec 6,04%, Nadège Audoucet, candidate du MoDem, fait moins bien qu’en 2001 où elle s’était présentée avec l’étiquette Verts- PC(9,45%). Quant à Maurice Petit, sa liste sans étiquette recueille 2,34%. De fait, c’est une triangulaire qui s’organise au second tour.

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Gaudin : "Que Simonpiéri se maintienne ou pas, il ne sera pas élu"

La Provence, le 11 mars 2008

Jean-Claude Gaudin lâche Daniel Simonpiéri à Marignane.

Le président de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole lui avait confié la délégation des équipements intercommunaux, il y a un an et demi. En novembre dernier, Daniel Simonpiéri, maire, était officiellement investi par l’UMP dont Jean-Claude Gaudin est vice-président. Autant dire que le rapprochement entre les deux élus était significatif à la veille de ces élections. Mais hier, le vent a tourné.

Se retirer ?

Interrogé en conférence de presse à Marseille, Jean-Claude Gaudin a rappelé que "l’investiture de Daniel Simonpiéri avait été décidée par la commission nationale des investitures, pas par moi seul. Les Marignanais ont fait un autre choix et Éric Le Dissès fait partie de la même famille politique".

Répondant à la question d’une éventuelle demande de retrait de Daniel Simonpiéri au profit d’Eric Le Dissès (candidat sans étiquette, divers droite, NDLR), il a indiqué ne pas avoir le temps de s’en occuper en raison des enjeux électoraux marseillais mais "qu’il se maintienne ou pas, il ne sera pas élu". La phrase est lapidaire à l’encontre de celui qui pensait être en tête au premier tour, suivi par Vincent Gomez, candidat de la gauche unie. ("La Provence" du 1er février). Éric Diard, député UMP [de la douzième circonscription des Bouches du Rhône (Berre, Marignane, Vitrolles)] qui avait soutenu la demande d’investiture UMP d’Éric Le Dissès détaille : "le président Gaudin a dit qu’il était opportun que Daniel Simonpiéri se retire ; il doit laisser la place à Éric Le Dissès. Mais il n’a pas d’obligation, il est libre".

Hier soir, Daniel Simonpiéri n’en démordait pas : "La politique de Marignane se décide à Marignane ; ce ne sont pas les partis politiques qui décident. M. Gaudin m’a donné l’investiture, s’il veut demander à quelqu’un de se retirer, c’est à M. Le Dissès qu’il doit le faire ou mieux, qu’il lui demande de faire une liste commune". Quant aux propos relatifs à sa défaite : "Je suis déçu sur le plan amical. Au moins, sur ce plan-là, nous sommes à égalité avec M. Le Dissès"

Emmanuelle Fabres

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Marignane, ambiance de fin de règne pour l’ex-FN Simonpieri

AFP, 13 mars 2008

"Il est fini le roi dans son château" : les commentaires à l’égard du maire sortant de Marignane Daniel Simonpieri, lors d’un meeting de son rival Eric Le Dissès (DVD) qui l’a devancé largement au premier tour des municipales, prédisent la fin de règne de l’ex-élu FN investi par l’UMP. [...]

"Il est fini le roi dans son château", confirme un employé municipal qui préfère rester anonyme. Comme d’autres dans la salle, il dit avoir reçu des menaces pour le soutien apporté au rival du maire. "Depuis le premier meeting, on est tous marqués à l’encre rouge." [...]

Elu en 1995 sous l’étiquette FN, M. Simonpieri avait été reconduit en 2001, un mois après avoir quitté le MNR de Bruno Mégret. En novembre, il a été investi par l’UMP aux dépens de M. Le Dissès, secrétaire de la fédération locale de l’UMP, qui semblait pourtant le candidat légitime après 12 ans dans l’opposition à Marignane. Cet ancien champion d’athlétisme devenu directeur d’un centre nautique s’était alors estimé "trahi" par Jean-Claude Gaudin.

Le maire de Marseille s’est défendu cette semaine d’être à l’origine du choix de M. Simonpieri, "décidé par la commission nationale des investitures" et non par lui seul. Tout le monde n’est pas de cet avis. Eric Diard, député UMP des Bouches-du-Rhône qui siégeait à la commission avec M. Gaudin et son premier adjoint Renaud Muselier, rappelle avoir soutenu la candidature Le Dissès contre le passé extrémiste de M. Simonpieri.

"La commission a duré une heure sur les Bouches-du-Rhône, dont 20 minutes rien que pour Marignane", souligne-t-il. "Gaudin se défausse sur un mensonge. Paris ne lui a rien imposé", dénonce M. Simonpieri.

Eric Le Dissès, lui, affirme qu’après avoir été un candidat sans étiquette, il sera, s’il est élu, un maire sans étiquette. "J’ai beaucoup fait pour l’UMP, l’UMP n’a rien fait pour moi". Selon un élu local, le mécontentement de l’électorat Simonpieri allait croissant ces derniers temps, sanctionnant une gestion délétère. Mais, poursuit-il, M. Gaudin a pensé jouer gagnant avec Simonpieri et s’assurer, en retour, de précieux soutiens aux sénatoriales et à la communauté urbaine Marseille Provence Métropole dont Marignane est la deuxième ville en nombre d’élus.

Le maire de Marseille estime désormais la cause perdue mais M. Simonpieri, deuxième au premier tour avec 28% des voix devant le socialiste Vincent Gomez (25%), a refusé de se désister. "Je n’ai pas du tout le sentiment d’avoir à me retirer", assure M. Simonpieri, mettant son score sur le compte d’une mauvaise communication et de la campagne électorale "au ras des pâquerettes" de ses adversaires.

P.-S.

Résultat des élections municipales à Marignane

La liste d’Eric Le Dissès remporte le second tour :

Eric LE DISSES (divers droite) : 7218 voix [ 51,13 % ] - 30 élus
Vincent GOMEZ (gauche) : 3604 voix [ 25,53 % ] - 5 élus
Daniel SIMONPIERI (UMP) : 3296 voix [ 23,35 % ] - 2 élus

[Ajouté le 18 mars 2008]

Notes

[1L’association MEMORIAL 98 a été créée en janvier 1998, lors du centenaire de l’affaire Dreyfus.
Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l’affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s’opposant à la propagande nationaliste et antisémite.

Son site en est l’expression dans le combat contre tous les négationnismes (Arménie, Rwanda, Shoah...)


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