l’Ecole des Beaux-arts de Paris doit respecter la liberté de création et les artistes


article communiqué de l’Observatoire de la liberté de création  de la rubrique libertés > censure
date de publication : lundi 15 février 2010
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Une victoire de la liberté de création : les bannières de l’artiste Ko Siu Lan ont été raccrochées sur la façade de l’Ecole des Beaux-arts de Paris samedi 13 février 2010. La direction de l’école les avait fait enlever mercredi précédent en estimant que l’oeuvre qui détournait le slogan du candidat Nicolas Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » pouvait porter “atteinte à la neutralité du service public”. L’artiste Ko Siu Lan avait dénoncé une “censure”.

[Mise en ligne le 12 février 2010, mise à jour le 15]




Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création

Paris, le 15 février 2010

L’Ecole des Beaux Arts de Paris doit respecter
la liberté de création et les artistes

L’Observatoire de la liberté de création dénonce la censure de l’œuvre de Siu Lan Ko par l’Ecole des Beaux Arts de Paris.

Si l’œuvre a été raccrochée samedi 13 février en fin d’après-midi, il a fallu pour cela une intervention du ministre de la Culture, dont les premières déclarations, la veille, renvoyaient dos-à -dos l’artiste et l’Ecole. L’artiste a reçu samedi les excuses du ministre, c’est bien.

La direction de l’école, responsable de la censure, qui a fait décrocher l’œuvre de Siu Lan Ko sans la prévenir, et qui a ensuite refusé de recevoir l’artiste, l’a traitée avec une violence et un mépris indignes et incompatibles avec ses fonctions.

Il ne suffit donc pas aujourd’hui de revenir en arrière, en raccrochant l’œuvre de Siu Lan Ko comme si de rien n’était. La direction de l’Ecole doit s’excuser et réparer le tort causé. Adresser des excuses publiques à cette artiste, ce sera aussi envoyer un message aux élèves que l’Ecole des Beaux Arts a vocation à former, et au-delà, au monde artistique dans son ensemble : contre toute censure, cette institution doit signifier avec force son engagement pour la liberté de création qui est inscrit dans sa mission.

Organisations membres de l’Observatoire

Acid, Association du cinéma indépendant pour sa diffusion
Aica France
CIPAC, Fédération des professionnels de l’art contemporain
Fraap, Fédération des réseaux et associations d’artistes plasticiens
Groupe 25 images
Ligue des droits de l’Homme
SFA, syndicat français des artistes interprètes
SGDL, Société des gens de lettre
SRF, Société des réalisateurs de films
UGS, Union Guilde des scénaristes

Communiqué

Une victoire pour la liberté de l’art !

Les deux bannières de Siu Lan Ko flottent à nouveau sur la facade de l’école des Beaux-Arts, quai Malaquais. C’est une victoire pour la liberté de l’art.

La pression exercée sur la direction de l’Ecole a porté ses fruits, le ministre de la culture ayant fini par intervenir samedi 13 février. Reste que l’artiste a été privée de vernissage, lequel avait lieu vendredi. Reste qu’elle a demandé en vain à être reçue par la direction de l’école. Reste qu’une institution artistique a censuré une artiste, et que c’est une très mauvaise nouvelle.

L’artiste et son conseil tiennent à remercier toutes les personnes et les institutions qui les ont assurées de leur soutien, saluent la presse qui a fait un remarquable travail de contre-pouvoir, et remercient les institutions culturelles qui ont proposé d’exposer l’oeuvre censurée.

Siu Lan Ko, artiste, et Agnès Tricoire, avocat


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Un détournement de l’oeuvre de Siu Lan Ko.

Communiqué de Maître Agnès TRICOIRE, avocat au barreau de Paris, et de l’artiste Siu Lan Ko [1]

L’Ecole des Beaux-arts de Paris ne doit pas censurer !

L’artiste Siu Lan Ko est l’auteur d’une œuvre composée de deux bannières noires sur lesquelles sont inscrits en blanc les mots "gagner", "moins", "plus" et "travailler". Cette oeuvre a été commandée par l’Ecole des Beaux-arts de Paris. Elle devait figurer dans l’exposition WEEK END DE SEPT JOURS dont le vernissage doit avoir lieu aujourd’hui. Le conseil de l’artiste, Maitre Agnès Tricoire, a mis en demeure hier soir la direction de l’Ecole de raccrocher les œuvres sur la façade de l’Ecole afin qu’elles soient parfaitement installées pour le vernissage.

Contrairement aux affirmations de la direction de l’Ecole, l’accrochage n’a pas eu lieu sans que la direction de l’établissement en soit informée, dans la mesure où l’œuvre a été proposée et acceptée par les services compétents de l’Ecole. L’œuvre figure en bonne place dans le catalogue réalisé pour l’exposition, et notamment à côté de la présentation de l’Ecole.

L’artiste, qui n’est pas une étudiante de l’Ecole, contrairement à ce qui a été affirmé, n’a pas à être la victime d’éventuels dysfonctionnement internes de l’Ecole.

L’artiste n’est pas non plus responsable des mentions relatives à son œuvre, mentions dont la responsabilité incombe entièrement à l’Ecole.

Enfin, l’argument de la neutralité du service public invoqué par la direction de l’Ecole est proprement scandaleux, s’agissant de la liberté d’expression et de création d’une artiste qui n’a à respecter aucun devoir de neutralité. Quant à l’argument de l’instrumentalisation, il est, dans ce contexte, purement diffamatoire. Une artiste chinoise est en droit d’attendre d’une grande institution culturelle française un comportement éthique conformes aux principes fondamentaux de la République.

L’Ecole s’est engagée, dès lors, l’œuvre commandée doit être exposée comme il a été convenu.
L’Ecole de Beaux-arts de Paris ne doit pas censurer les artistes, elle doit montrer l’exemple.

Paris le 12 février 2010

Les bannières de l’artiste chinoise Ko Siu Lan flottent à nouveau sur les Beaux-Arts

par Michel Guerrin, Le Monde, 16 février 2010


Les quatre bannières de l’artiste chinoise Ko Siu Lan, détournant le slogan du candidat Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, "Travailler plus pour gagner plus", dans un premier temps installées sur la façade de l’Ecole des beaux-arts de Paris, dans le cadre d’une exposition, puis démontées par l’école, ont été raccrochées, samedi 13 février, sur ordre du ministre de la culture, Frédéric Mitterrand.

Les quatre bannières, chacune comportant un mot - "travailler", "moins", "gagner" et "plus" -, avaient été retirées, mercredi 10 février, par la direction de l’école, au motif que l’oeuvre allait à l’encontre de la "neutralité" du service public. Selon l’endroit où il se trouve, sur le quai Malaquais, le passant peut lire "gagner plus" ou "travailler moins". Frédéric Mitterrand a annoncé qu’"après avoir pris connaissance de l’incident", il avait demandé que l’oeuvre soit réinstallée "dans les délais les plus brefs". L’Ecole est sous la tutelle de son ministère.

Ko Siu Lan, 32 ans, qui menaçait de déposer un recours en justice contre cette "censure", a salué la "victoire de la vérité et de la liberté d’expression". Elle a confié à l’AFP que M. Mitterrand l’a appelée pour lui dire qu’il était "désolé de cette histoire idiote". Cette oeuvre fait partie d’une exposition collective à voir jusqu’au 21 février.

Reste à savoir pourquoi l’expérimenté directeur de l’Ecole des beaux-arts de Paris, Henri-Claude Cousseau, 64 ans, conservateur général du patrimoine, en poste aux Beaux-Arts depuis 2000, a censuré une oeuvre aussi anodine alors qu’aucune tutelle ne lui demandait rien. Comme souvent, les projecteurs se sont focalisés sur une oeuvre qui serait passée grandement inaperçue, d’autant que Ko Siu Lan, née en Chine, pays en pointe en matière de censure, a très bien su médiatiser son combat en alertant par courriels la planète artistique.

Dans le passé, au Musée de l’abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne (Vendée), de 1976 à 1982, puis au Musée des beaux-arts de Nantes, de 1985 à 1994, Henri-Claude Cousseau a été un bon directeur. Il a monté des expositions de qualité sur les débuts de la modernité et sur les artistes Joan Mitchell ou Pierre Soulages.

Sans doute M. Cousseau, qui n’a pas répondu à notre demande d’entretien, reste-t-il marqué par une affaire qui remonte à 2000, alors qu’il dirigeait le CAPC-Musée d’art contemporain de Bordeaux. Son établissement présentait alors l’exposition "Présumés innocents", qui traitait de la représentation de l’enfant dans l’art actuel. Jugeant certaines oeuvres choquantes, une association avait saisi la justice. En 2006, M. Cousseau, ainsi que les deux organisatrices de l’exposition, Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon, étaient mis en examen [2]. En juin 2009, tous trois furent renvoyés devant le tribunal correctionnel de Bordeaux - contre l’avis du procureur de la République, qui sollicitait un non-lieu. L’affaire est dans l’attente de jugement. Défendu à Bordeaux par le monde artistique, au nom de la liberté de création, M. Cousseau est devenu, à Paris, le censeur. Une position aussi paradoxale qu’intenable.

Pour en savoir plus, voir Une artiste chinoise censurée par les Beaux-arts de Paris sur Rue89.


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