l’ANGVC répond à Philippe Vitel et Jacques Politi


article de la rubrique roms et gens du voyage > gens du voyage dans le Var
date de publication : samedi 29 juin 2013
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Le 20 mars dernier, le député du Var, Philippe Vitel s’était lâché sur son blog au sujet des gens du voyage. Nous lui avions répondu, relevant d’ailleurs un erreur factuelle : la communauté d’agglomération TPM n’est pas en règle avec son schéma départemental. Le texte de Philippe Vitel ne présentait pas grand intérêt en dehors du fait qu’il traduisait le désarroi d’un élu de la nation devant le comportement de son électorat : « Je suis hanté par ce tiers d’électeurs qui avaient voté pour moi en 2007 et ont voté pour le Front en 2012, avouait-il peu après. Qu’est-ce que je leur ai fait, moi ? Je suis Droite populaire. On tient pourtant des propos assez avancés. Visiblement, ça ne suffit pas. » [1]

Les propos de Philippe Vitel sur les gens du voyage ont été repris dans l’édition du 26 juin de l’hebdomadaire gratuit TelexVar, accompagnés d’un entretien avec Jacques Politi, maire de Hyères, sur ce même sujet – on rapprochera leurs déclarations de celles du préfet du Var.

Pour compléter ce petit dossier, nous reprenons la lettre adressée aux deux élus par le Délégué général de l’association nationale des gens du voyage catholiques (ANGVC), en espérant qu’ils en prendront connaissance.


Jacques Politi et les gens du voyage : « Je crains des actes irréparables ! »

par Gilles Carvoyeur, TelexVar, le 26 juin 2013


Jacques Politi, le maire de la ville d’Hyères, est très inquiet. Il lance un appel au calme aux Hyérois et aux Hyéroises. « Gardez votre calme ! Ne commettez pas d’actes préjudiciables. Je crains des débordements et que des actes irréparables soient commis car la population est excédée ».

Si la dernière arrivée massive de gens du voyage remonte à quelques jours, comme le Préfet l’annonce lui-même : « Le Var est un département très attractif et il n’est pas à l’abri d’une nouvelle arrivée massive de gens du voyage ». D’où l’inquiétude du maire de Hyères pour qui le problème est ailleurs. « La loi Besson de 2000 est inadaptée. Je note, une fois de plus la totale déconnexion des élus nationaux, quand ils ne sont pas maires. Je demanderai au conseil municipal de Hyères de voter une motion réclamant la modification de cette loi ».

Un constat partagé par Christian Simon, le maire de La Crau et François de Canson, maire de La Londe-les-Maures, deux communes également envahies par les gens du voyage. Jacques Politi rappelle son incessant combat depuis son élection en 2008 pour tenter de régler la question de l’accueil des gens du voyage. « Mais, les différents terrains qui ont été proposés ont tous été refusés par les gens du voyage ! J’ai écrit à M. Valls en proposant que chaque commune de TPM accueille, à tour de rôle, les gens du voyage. Cette proposition a été refusée ! », s’énerve le maire d’Hyères. L’an dernier, Hubert Falco a tapé du poing sur la table et exigé que TPM soit en règle. Selon le Préfet du Var, « TPM sera en conformité en 2014 ». Mais après, comment gérer l’arrivée massive d’une telle population. « La dernière attaque qu’a subie Hyères a été coordonnée. Les gens du voyage sont venus de partout. Hyères a été victime d’un attentat. J’ai l’impression que leur intention était de nuire à la municipalité », constate, avec un grand écoeurement le maire de la cité des palmiers.

Le Préfet réaffirme l’exigence de l’application de la loi. Mais il prévient : « l’illégalité des uns (les gens du voyage), n’autorisera pas l’illégalité des autres (les élus). Les maires du Var ont tout intérêt à se mettre en conformité avec la loi car, ainsi, ils pourront bénéficier du recours à la force publique. Je ferai respecter toute la loi, dans le respect de la loi ».

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Philippe Vitel et les gens du voyage : « Il faut les attaquer au portefeuille ! »

Pour Philippe Vitel, député du Var, la seule manière de régler le problème que pose les gens du voyage est de les attaquer au portefeuille en exigeant des pouvoirs publics, police justice et fisc, qu’ils enquêtent sur l’origine de leurs revenus.

Chacun a au moins entendu une fois cette remarque : « Mais comment font-ils pour se payer de si belles voitures et caravanes ? » Certains avouent le joli métier de vannier. « Si la vannerie paye autant, je commence demain » s’énerve Jacques, un ancien commerçant. Pour Philippe Vitel, il faut appliquer aux gens du voyage la technique d’Eliot Ness face à Al Capone. « Comme il était impossible à la police de démontrer le trafic d’alcool, le fisc américain a fait condamner l’illustre gangster pour fraude fiscale, ce dernier n’ayant jamais déclaré ses impôts. Il faut les attaquer au portefeuille, qu’ils nous expliquent comment ils font pour s’acheter des voitures et des caravanes que le Français moyen ne pourra jamais acquérir. Les lois françaises le permettent, notamment la saisie des véhicules. Mais, hélas, elle n’est pas appliquée. Si les gens du voyage réclament, fort justement, une reconnaissance de la République, il faut qu’ils respectent ses lois ! C’est du donnant – donnant ! C’est vrai que certains élus ne sont pas en règle par rapport aux terrains d’accueil. Ce n’est pas le cas à Toulon. Mais cela ne les autorise pas à s’installer n’importe où, à gêner leur voisinage ».

Gilles Carvoyeur


Lettre de l’ANGVC à Philippe Vitel, député du Var [2]

Monsieur,

Nous sommes alertés par certains de nos administrateurs de deux articles concernant les difficultés soulevées par l’arrivée « massive de gens du voyage » et publiés l’édition de TelexVar.com du 26 juin. M. Gilles Carvoyeur, leur auteur, y donne la parole, sous le titre « Jacques Politi et les gens du voyage : « Je crains des actes irréparables » », au Préfet du Var, à M. Politi, le maire d’Hyères, auxquels il prête le renfort de MM. Simon et de Canson, maires de La Crau et La Londe-les-Maures, et, dans un second article intitulé, « Philippe Vitel et les gens du voyage : « il faut les attaquer au portefeuille » », à vous-même. Aussi je m’adresse de façon indifférente à votre collègue le Maire d’Hyères et à vous-même, même si vos propos sont plus offensants que les siens à l’égard des gens du voyage.

Si nous ne nous postons pas en défenseurs de l’indéfendable ou du condamnable, toutes nos positions et actions l’attestent, nous sommes tout de même extrêmement surpris par l’absence de diversité des sources pour étayer ces articles et aborder une question si grave (qui nécessite un appel au calme) ! Les personnes mises en cause n’auraient-elles pas le droit de parole dans ces colonnes ?

Dans le premier article cité, il n’est question au fond que du « bras de fer » qui se joue dans le Var – depuis le premier jour de la promulgation de la loi du 5 juillet 2000 relative à l’accueil et l’habitat des gens du voyage – concernant l’obligation républicaine qui s’impose à tous de se conformer à la loi. En l’espèce, les communes qui, dans le Var, ont été complètement inefficaces parce qu’elles ont longtemps refusé de se plier à la loi ; l’Etat qui ne sait pas la faire respecter et enfin les familles de passages, le plus souvent organisées en grands groupes de plusieurs dizaines de caravanes, qui, d’année en année, certes attirés par le département (pourquoi leur serait-il refusé d’y venir ?), sont contraints de s’installer là où ils trouvent de la place, au prix souvent d’actes discutables.

Quel décalage entre le titre, l’introduction et le fond de l’article ! On croirait lire du Pagnol ! « Moi je te dis de... Et moi je pense que... ». Sauf que la réalité est grave et ne prête pas à sourire. Les termes sont pourtant choisis avec soin à l’adresse des lecteurs (vos électeurs) : arrivée massive, communes envahies, combat pour régler la question, taper du poing sur la table, attaque coordonnée, attentat, intention de nuire... A qui s’adressent donc les termes « inquiétude, appel au calme, débordements, actes préjudiciables ou irréparables » ? Et qui doit être inquiet après un tel langage digne d’un général en campagne ? Sachez, Monsieur le Maire, que rien ne sera résolu par de tels propos, si ce n’est détourner l’attention des responsabilités collectives qui ont abouti à de telles situations.

Le second article, qui vous concerne, enfonce la porte ouverte par son vis-à-vis et reprend un refrain bien connu de certains responsables politiques concernant l’origine de l’argent des gens du voyage : « comment font-ils pour se payer de si belles voitures et caravanes ? » (les photos qui accompagnent l’article en ligne sur le site de TelexVar.com ne montrent pourtant aucune des belles voitures en question mais essentielle-ment des camions qui leur servent d’outil de travail à leurs propriétaires).

Une question on ne peut plus intéressante, et qui mériterait une vraie enquête journalistique, si elle n’était empreinte d’une suspicion malveillante de son auteur qui y répond dans la foulée : pour régler le problème, il faut les attaquer au portefeuille... Dont acte !

En quoi d’abord répondre à cette question résoudra-t-il les problèmes de stationnement des grands groupes dans le Var, qui constituent la question centrale de l’article ? Vous vous gardez bien évidemment de le dire... mais vous laissez croire, par un détournement d’objet, que vous connaissez la recette miracle. Si c’est vrai, l’ensemble des maires du département et de la France entière sont prêts à vous écouter.

Depuis quand, particulièrement dans le Var, est-ce un problème que de posséder une « belle voiture » ? Ces « gens du voyage », que vous semblez connaitre pour les désigner ainsi à la vindicte des lecteurs, seraient-ils les seuls à en avoir ? Vous posez-vous la question de l’origine des revenus de tous les propriétaires de « belles voitures » dans votre département ou à Toulon ? Et souhaitez-vous leur appliquer à tous sans distinction – ce qui laisse supposer qu’ils seraient tous a priori, selon votre raisonnement, à considérer comme Al Capone – les méthodes d’Eliot Ness que vous préconisez ? Chiche ! Déclenchez les enquêtes sur tous les propriétaires de belles voitures du Var !

N’est-ce pas faire là feu de tout bois, et jouer un jeu politiquement dangereux, que de servir en pâture à l’opinion une toute petite minorité supposée « hors la loi » et jeter l’opprobre (« tous pourris ») sur « tous les gens du voyage » ? Vous suivant dans votre logique, remplacez ces termes par « tous les propriétaires de belle voitures » ou, l’actualité politique nous servant, « tous les responsables politiques »... A ce sujet, voterez-vous pour la transparence et le contrôle des élus et autres responsables que vous réclamez à d’autres ?
Vous oubliez un peu vite que quelques individus ne représentent pas l’ensemble, que toute l’année circulent, résident et travaillent « des gens du voyage », dans le Var et ailleurs – certains parfois avec des contrats avec des collectivités. C’est oublier trop vite qu’ils paient leurs charges, leurs impôts comme la grande majorité, selon leurs revenus. Cependant, à la différence de beaucoup d’autres citoyens, vous devriez savoir que le plus souvent les banques ne leur prêtent pas d’argent et qu’ils doivent payer leurs emprunts à des organismes qui leur appliquent des taux élevés ; qu’ils achètent des caravanes où ils vivent toute l’année – c’est leur logement, bien que non reconnu comme tel, dont la valeur est bien moindre qu’une maison ou un appartement dans votre département – pour lesquelles ils ne peuvent prétendre à aucune aide sociale ...

Enfin, dernier couplet ressassé, celui du donnant-donnant : messieurs « les gens du voyage », respectez les lois et vous serez des citoyens à part entière ! Une belle proclamation à l’attention de vos (é-)lecteurs sans doute... C’est encore vite oublier que ce sont les parlementaires qui les ont réduits depuis plusieurs générations à l’état de « sous-citoyens » français, d’« étrangers de l’intérieur », en adoptant des lois discriminatoires qui les ont exclus ! Alors qu’il s’agit de familles de citoyens français de longue souche, dont nombre de leurs aïeux ont défendu de leur sang leur patrie au fil des guerres de notre histoire, c’est aussi vite oublier que c’est au responsable politique qui sollicite le suffrage des citoyens, au décideur public, qu’il in-combe, avant toute exigence de ses concitoyens, d’être exemplaire en matière de respect des lois de la République. Concernant celui de la loi du 5 juillet 2000, y compris dans le Var et à Toulon, ce n’est pas encore le cas comme le souligne le Préfet.

Aussi, Monsieur, je ne peux que vous inciter à changer de posture car rien d’estimable ne peut émerger de votre agitation. Plutôt que chercher à prendre à partie des citoyens français ciblés contre d’autres, demandez-vous plutôt si vos propos peuvent résoudre concrètement et durablement, ou non, la question initiale-ment soulevée des grands passages des gens du voyage dans le Var ? J’en doute et je ne suis pas convaincu non plus, loin s’en faut, que votre contribution sur ce sujet particulier ait été remarquée jusque là pour son efficacité.

Si je respecte votre fonction de député, je ne peux cependant exprimer mon respect à celui qui l’incarne ainsi.

Saint-Ouen, le 28 juin 2013

Marc Beziat
Délégué Général de l’ANGVC


Notes

[1Référence : voir cette page.

[2Quasiment le même texte a été adressé à Jaacques Politi.


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