janvier 2009 : que personne ne bouge, le président présente ses vœux


article de la rubrique justice - police > le tout-sécuritaire
date de publication : jeudi 24 septembre 2009
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La chaude ambiance de la campagne électorale était loin...

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Toulon, le 8 février 2007.

«  Chaque fois que je me déplace, il y a des manifestations » avait déclaré Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse télévisée du 5 février 2009. Il pourrait ajouter aujourd’hui que ces manifestations ont été accompagnées de condamnations : un syndicaliste enseignant présent à Saint-Lô le 12 janvier pour les voeux présidentiels au monde enseignant vient d’être condamné à 3 mois de prison avec sursis.

Ainsi que l’écrit la FSU, « Défendre les libertés publiques aujourd’hui peut coûter très cher. Les conditions dans lesquelles le président de la République organise chacun de ses déplacements sont désormais lourdes de menaces pour nos libertés constitutionnelles, notamment celle de manifester »

[Mise en ligne le 9 février 2009, mise à jour le 24 septembre 2009]



En janvier 2009, rupture oblige, Nicolas Sarkozy avait choisi de présenter ses voeux à différents “mondes”.

Saint-Lô, 12 janvier : vœux au monde de l’éducation

A Saint-Lô, incidents entre la police et 3000 manifestants venus siffler le chef de l'Etat.

Des échauffourées ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre qui bloquaient l’accès à la place du Champs-de-Mars où le président avait prévu un bain de foule. Au moins huit manifestants ont été légèrement blessés. Cinq de ces blessés, victimes notamment de grenades lacrymogènes, ont été transportés à l’hôpital de Saint-Lô. Les forces de l’ordre auraient, par ailleurs, procédé à au moins cinq interpellations de lycéens ou de militants syndicaux. [1]

Sur les images, on voit le cortège présidentiel traverser de larges avenues vides avec au loin, massés derrière des rangées de policiers, des manifestants munis de sifflets et des drapeaux des principales organisations syndicales de l’éducation nationale. [2]

Quelques temps plus tard, le préfet de la Manche, bientôt suivi du directeur départemental de la sécurité publique, était limogé pour n’avoir pas su prendre «  les mesures pour que l’ordre public soit respecté. [...] Cela a déclenché des brutalités, et je ne veux pas de brutalité. » [3]

Le préfet du Val d’Oise a su en tirer la leçon : grâce aux 600 policiers et gendarmes qui quadrillaient la zone jusqu’à plusieurs centaines de mètres, le président a pu rencontrer ses fidèles en toute sérénité dans la salle des fêtes de l’Isle-Adam le 3 février 2009 – il n’y a eu qu’une trentaine de manifestants...

Sarkozy à Saint-Lô : un syndicaliste condamné

[d’après France2.fr, le 23 septembre 2009]


Pascal Besuelle a été condamné mardi à trois mois de prison avec sursis pour violence contre un policier. Le militant FSU faisait partie du service d’ordre des syndicats.

L’homme, également militant du Réseau éducation sans frontières, qui écope d’une condamnation plus lourde que celle requise par le parquet, doit aussi acquitter 500 euros de dommages et intérêts et 1.000 euros de frais de justice.

Le procureur de la République de Coutances (Manche) François Gosselin avait requis deux mois de prison avec sursis, estimant que Pascal Besuelle était "un honorable professeur, honnête homme ... mais [qui] a agi pour éviter une arrestation [d’une tierce personne], ce qui est un obstacle au travail des forces de l’ordre", a-t-il ajouté.

Pascal Besuelle, qui avait été placé en garde à vue quelques jours après, répondant à une convocation de la police, affirme ne "pas [avoir] commis les faits" qui lui sont reprochés. Il va faire appel.
La défense avait fait citer plusieurs témoignages, dont celui du député-maire PS de Cherbourg, Bernard Cazeneuve, pour tenter de montrer que M.Besuelle était connu comme un militant non violent. Une pétition lancée pour le soutenir avait récolté plus de 3.700 signatures, dont celle de Bernard Thibault (CGT), Jean-Claude Mailly (FO), Gérard Aschieri (FSU) et Annick Coupé (Sud).

"La parole d’un policier assermenté reste en France un principe que rien ne semble pouvoir contester. Un pouvoir exorbitant qui contribue à une multiplication des outrages à agent", a réagi la FSU de la Manche. "Défendre les libertés publiques aujourd’hui peut coûter très cher. Les conditions dans lesquelles le président de la République organise chacun de ses déplacements sont désormais lourdes de menaces pour nos libertés constitutionnelles, notamment celle de manifester", a ajouté le syndicat.

Nîmes, le 13 janvier : vœux au monde de la culture

Nîmes, le 13 janvier.

Dans une ville quasiment en état de siège plus de 1 000 CRS et gardes mobiles ont bouclé l’ensemble du centre-ville (interdiction aux voitures, vélos, etc. et même de marcher à pied) de 6h à 14h15. Des tireurs d’élites ont été placés sur les toits du Carré d’Art et des bâtiments alentours ... [4].

Vesoul, le 15 janvier : vœux au monde du travail

Pour éviter toute mauvaise rencontre avec des ouvriers en colère de l’usine Peugeot, les équipes du matin avaient été priées de partir deux heures plus tôt et celles de l’après-midi d’arriver une heure et demie plus tard.
Dans l’intervalle, Sarko a pu visiter l’usine au pas de course, où il n’a croisé que des salariés triés sur le volet avant de présenter ses voeux aux “forces économiques de la nation”, devant des patrons et des militants UMP eux aussi bien choisis. [5]

Orléans, le 13 janvier : voeux au monde de la sécurité

Orléans, le 14 janvier (photo AFP).

Là, il n’y a pas eu de problème ...

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Ne serait-il pas plus simple pour tout le monde de recourir à la technique du « village Potemkine » :

En 1776, Grigori Alexandrovitch Potemkine, amant fastueux de Catherine II de Russie et gouverneur général d’Ukraine, avait imaginé d’implanter des villages factices en carton-pâte sur les rives du Dniepr et de recruter des figurants pour y tenir le rôle de « moujiks endimanchés », afin de dissimuler la réalité à la tsarine qui visitait ses nouvelles possessions.

Et il est facile de varier le décor ...

Notes

[1France 3, le 12 janvier.

[2« La leçon de Saint-Lô », par Franck Nouchi, Le Monde 2 du 6 février.

[3Nicolas Sarkozy, lors de sa conférence de presse télévisée du 5 février 2009.

[4Voir article 3097.

[5Le Canard Enchainé du 21 janvier 2009.


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