internement de Roland Veuillet : la LDH dénonce « l’utilisation de la psychiatrie à des fins répressives »


article communiqué de la LDH  de la rubrique droits sociaux > santé
date de publication : dimanche 18 février 2007
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Après qu’un médecin psychiatrique ait reconnu que son état de santé mental ne nécessitait pas une hospitalisation en milieu psychiatrique, Roland Veuillet est sorti de l’hôpital du Vinatier dans l’après-midi de jeudi 15 février.

La veille, Roland Veuillet, conseiller principal d’éducation en grève de la faim depuis cinquante-trois jours, avait été interné d’office dans l’hôpital psychiatrique de Lyon. Ce militant syndical de 51 ans protestait contre la décision du recteur de Nîmes de le muter, il y a quatre ans, à Lyon, après une grève dans son lycée nîmois.

Epuisé à l’extrême, après 56 jours de jeûne, à deux doigts du coma, Roland Veuillet a cessé la grève de la faim, dimanche matin, sur le conseil de ses amis.

[Première mise en ligne, le 14 février,
mise à jour le 18 février 2007.]

Communiqué de la LDH

Roland Veuillet interné : de l’utilisation de la psychiatrie à des fins répressives

Paris, le 14 février 2007

Roland Veuillet, conseiller principal d’éducation et syndicaliste, a été muté de Nîmes à Lyon en 2003. Le Conseil supérieur de la Fonction publique d’Etat a rendu le 25 janvier 2005 un avis favorable au retrait de toute sanction à son encontre. Mais la Cour administrative d’appel de Lyon a rejeté sa demande d’annulation le 7 novembre 2006, malgré les conclusions contraires de son « commissaire du gouvernement » qui estimait que toute sanction devait être annulée.

Alors que Roland Veuillet avait entamé une grève de la faim de longue durée devant le siège du tribunal administratif de Lyon, il vient d’être interné d’office dans un hôpital psychiatrique à la demande du préfet du Rhône.

Au moment où s’achève la discussion au Parlement d’un projet de loi qui va donner à tout maire le pouvoir de décider, sans certificat médical, de faire interner n’importe lequel de ses administrés, la décision du préfet illustre d’une part un nouveau durcissement de la réponse répressive au mouvement social, d’autre part une régression de la liberté individuelle qui aurait été impensable il y a quelques années encore.

La LDH considère que la responsabilité du gouvernement, et en particulier du ministre de l’Intérieur, est pleinement engagée par cette violation des libertés publiques et des principes de l’état de droit. Elle appelle les citoyens à prendre en compte, dans leurs choix à venir, la nécessité de mettre fin à la contradiction entre les discours républicains et les actes qui portent atteinte aux valeurs fondamentales de la République.

Roland Veuillet, franc tireur et cible idéale

par Marie-Noëlle Bertrand, [L’Humanité, le 14 février]

Le conseiller principal d’éducation entame son 53e jour de grève de la faim. Le ministère refuse toujours de lever la sanction.

Combien de temps encore ? Roland Veuillet, conseiller principal d’éducation (CPE) sanctionné suite à un mouvement de grève, entame aujourd’hui son 53e jour sans manger. Hospitalisé samedi, il a perdu plus de 20 kilos et refuse toute perfusion. Son état est jugé « inquiétant » par les médecins. Ses proches s’alarment. Sud-éducation, dont il est membre, dénonce les mensonges « assassins » du ministère. Hier, des représentants de la FSU et de la FERC-CGT organisaient un point presse rue de Grenelle pour alerter. Marie-George Buffet, députée communiste de Seine-Saint-Denis, a, elle, posé une question écrite à Gilles de Robien afin qu’il dise s’il entend débrouiller cette histoire avant qu’elle ne vire au drame.

Seul le silence leur fait écho, exception faite d’un communiqué ministériel, jeudi dernier, indiquant que la sanction prononcée en juin 2003 ne sera pas levée. Cette même année, en janvier, les surveillants de Nîmes entament une lutte contre l’extinction de leur statut
 [1]. Dans le lycée où exerce Roland Veuillet, le proviseur fait appel à des élèves de terminale pour remplacer les grévistes. Seul titulaire à participer au mouvement, Roland Veuillet joue de sa fonction afin de s’y opposer. Le ton monte, la direction entame une procédure disciplinaire pour « atteinte au fonctionnement de l’établissement ainsi qu’à la sécurité des personnes ».

En avril, sans avoir eu connaissance des griefs qui lui sont reprochés, Roland Veuillet est convoqué devant le conseil de discipline aca-démique. Outre d’avoir contrecarré le dispositif » mis en place, on lui reproche son « agressivité » à l’égard de collègues. Finalement, ni le délibéré, ni les votes ne tranchent en faveur d’une sanction. Elle tombe pourtant en juin, sur la seule décision du recteur de l’académie de Montpellier-Nîmes : Roland Veuillet est muté dans celle de Lyon, à 300 kilomètres de chez lui. Père de trois enfants, il dispose de 48 heures pour être à son poste. [2]

Les syndicats sont unanimes : le CPE est victime d’une répression antisyndicale. « Le rapport du recteur lui reproche des faits militants », explique Laurence Pennequin, cosecrétaire nationale de Sud éducation. Marathonien, Roland, lui, va courir en guise de protestation : 16 500 kilomètres en trois ans. En 2004, il entame une première grève de la faim. Elle durera trente-neuf jours.

Il dépose également un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif de Lyon, qui rejette sa requête. Et saisit le Conseil supérieur de la fonction publique. Le 14 mai 2005, celui-ci rend son avis : favorable à Veuillet, il plaide pour la levée de la sanction. En octobre 2006, le commissaire du gouvernement rend la même conclusion. Sans effet sur Gilles de Robien, qui se contente d’autoriser le CPE à demander sa mutation vers son académie d’origine. Sans garantie de réintégrer son établissement. Et sans levée de la sanction administrative. Veuillet refuse. Reprend sa course. Et, depuis le 24 décembre, une grève de la faim. Jusqu’au-boutiste à souhait et un brin franc-tireur. Le genre à s’isoler. La cible idéale.

Marie-Noëlle Bertrand

Notes

[1Il s’agissait des aides-éducateurs (emplois-jeunes)
et des MI-SE, maîtres d’internat-surveillants d’externat, deux statuts mis
à bas par le gouvernement Raffarin.

[2Le 21 septembre 2004, Michel Tubiana, président de la LDH avait écrit au ministre de l’Education nationale : http://roland-veuillet.ouvaton.org/....


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